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Aller au restaurant à Montréal (1940-1960)

09 septembre 2019

Au milieu du XXe siècle, Montréal a déjà établi sa réputation de ville gastronomique. À toute heure, elle peut satisfaire tous les palais et tous les portefeuilles.

Ruby Foo’s

Photographie en noir et blanc d’un bâtiment le jour. À gauche, l’enseigne mentionne le nom du restaurant.
BAnQ Vieux-Montréal. E6, S7, SS1, P78636.
Les nuits montréalaises se vivent dans la lumière des néons colorés annonçant des spectacles et des concerts, mais aussi des endroits où se restaurer. La réputation de la ville comme lieu gastronomique ne date pas d’hier. Avec plus de 150 restaurants seulement sur la rue Sainte-Catherine en 1960, les gens qui passent par la métropole ont l’embarras du choix. Du quick lunch dans les grands magasins au comptoir à bonbons des cinémas en passant par les tables à saveurs exotiques et le grand restaurant de cuisine classique, il y a de quoi plaire à tous les palais… et à tous les portefeuilles!

Les restaurants, cafés et clubs prennent des noms exotiques et ouvrent les portes au voyage : l’El Morocco, l’Hawaiian Lounge, le Ruby Foo’s, le Kon Tiki… Et, quelle que soit l’heure où s’achève la soirée, on peut la finir en beauté avec un snack au Montreal Pool Room, chez Dunn’s et chez Ben’s, où se côtoient dans un joyeux vacarme les oiseaux de nuit, toutes classes et origines confondues.

L’American Spaghetti House

American Spaghetti House

Photographie en noir et blanc montrant les décombres d’un édifice après un incendie. Des camions de pompier sont visibles sur la droite de la photographie.
Collection du musée des pompiers auxiliaires de Montréal
L’American Spaghetti House est un lieu connu par tous les Montréalais dans les années 1950. Situé au cœur du Red Light, le « Roi du spaghetti » est le voisin des cabarets bien en vue de l’époque : Au Faisan Doré, le Casa Loma, la Ceinture fléchée, etc. La popularité de l’établissement est également tributaire de la réputation sulfureuse de ses propriétaires. Il faut dire qu’Angelo et Lucie Bisante font régulièrement la manchette pour leurs liens avec la pègre. « La Bisante » est connue comme l’une des plus importantes tenancières du Red Light. Le 24 février 1959, le restaurant est la proie des flammes. Vu la réputation des Bisante, il est peu étonnant que les rumeurs courent sur les causes du sinistre dès le lendemain de l’incendie! Angelo Bisante clame que le coffre-fort de l’établissement a été retrouvé forcé et que 6500 dollars ont été volés. Après quelques jours de tergiversations dans les journaux, l’enquête écarte officiellement l’hypothèse d’un incendie d’origine criminelle.

Le Normandie Roof

Normandie Roof

Carte postale colorisée montrant l’intérieur d’un restaurant.
Collection personnelle de John Gallop
De 1922 à 1982, l’hôtel Mont-Royal Sheraton accueille ses clients au pied de la montagne dans son luxueux établissement du 1455, rue Peel. Doté de 1046 chambres, l’hôtel de style Beaux-Arts est l’un des endroits les plus chics de Montréal. Le 17 juin 1937, une somptueuse salle de danse est inaugurée sur le toit : le Normandie Roof ou la Terrasse Normandie. Les chanteurs, musiciens et danseurs à la mode s’y produisent, notamment l’excentrique pianiste de music-hall, Liberace. Les tables aménagées en demi-cercle devant la scène permettent aux clients d’assister au spectacle tout en dégustant leur repas. En soirée, l’orchestre entame des valses et des fox-trot et, à l’occasion, des danseurs d’expérience donnent des leçons de danses latines. La musique des orchestres est souvent diffusée sur les ondes de la radio CKAC jusqu’à la fermeture du Normandie Roof dans les années 1950. Le Sheraton ayant déménagé en 1982, l’édifice restauré devient les Cours Mont-Royal, une luxueuse galerie marchande.

Le Chic-n-Coop

Situé sur la rue Sainte-Catherine, près de la rue Stanley, le Chic-n-Coop est un restaurant très populaire dans les années 1940 et 1950 auprès des fêtards et des employés de cabarets, qui s’y rendent après la fermeture des clubs pour déguster son fameux poulet et ses côtes levées. Frank Sinatra s’y est même arrêté en 1953 après sa prestation au cabaret Chez Paree! Et pour ceux qui ont envie d’un souper un peu plus chic, l’Indian Room se trouve juste à l’étage. Le Chic-n-Coop ferme malheureusement ses portes en 1962 à la suite d’un important incendie.

L’El Morocco

Photo souvenir El Morocco

Pochette de carton dont la couverture est ornée d’un homme en habits arabes. À l’intérieur, une photo en noir et blanc montre un groupe de personnes assises autour d’une table.
Collection personnelle de John Gallop
L’El Morocco séduit les Montréalais et les touristes par son ambiance exotique. Dans les années 1940, le promoteur de lutte américaine Eddie Quinn est l’un des fiers propriétaires du club, et le gérant du cabaret n’est nul autre que le joueur de hockey Jimmy Orlando, qui fut d’ailleurs l’un des nombreux amants de la belle Lili St‑Cyr. Selon les critiques de l’époque, il s’agit de l’une des meilleures boîtes de nuit à Montréal, sans oublier la qualité de la nourriture qui y est servie! Situé dans l’ouest du centre-ville, le cabaret déménage à deux reprises. Il ferme définitivement dans les années 1970.

Références bibliographiques

American Spaghetti House

Publicité de l’American Spaghetti House montrant une illustration d’un plat de spaghetti.
Centre d’histoire de Montréal

CHARLEBOIS, Catherine, et Mathieu LAPOINTE (dir.). Scandale! Le Montréal illicite 1940-1960, Montréal, Cardinal, 2016, 272 p.

LINTEAU, Paul-André. La rue Sainte-Catherine : au cœur de la vie montréalaise, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 2010, 240 p.