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Au Ruby Foo’s, pour voir et être vu

09 septembre 2019

Réputé pour son service exemplaire, sa fine cuisine et ses cocktails chics, le Ruby Foo’s était fréquenté par les célébrités et les quidams en quête de faste.

Ruby Foo’s - soir

Photographie de soir de l’extérieur du restaurant. Les enseignes au néon à gauche et au fond de l’image sont illuminées. À droite, un couple sort du stationnement.
Bibliothèque et Archives Canada. e005477035.
Ce n’est pas d’hier que les couples sortent au restaurant pour célébrer une occasion spéciale. Pour aller au Ruby Foo’s, un des restaurants les plus fréquentés de la métropole dans les années 1950, madame revêt son manteau de fourrure, ses gants et son sac en cuir assortis ainsi que ses escarpins à bout ouvert. Quant à monsieur, son nœud papillon, son manteau long et son chapeau fedora lui confèrent un look de gangster bien élevé. Accueilli par le voiturier du restaurant du boulevard Décarie, le couple en tenue élégante franchit le portique de style sino-américain.

Rendez-vous galant ou tête-à-tête entre amants, l’ancien barman du Ruby, « Benny » Lajoie, a été témoin de bien des rencontres amoureuses lors de ses 33 ans de carrière, qu’il a décrite dans un article de ScottishVoice.org. En voyant un habitué passer la porte du restaurant au bras de sa maîtresse, Benny raconte qu’il s’est précipité pour l’avertir que son épouse était assise au bar!

Renommé pour son service exemplaire, sa fine cuisine et ses cocktails chics, le Ruby Foo’s était le lieu idéal pour impressionner sa cavalière. « On ne compte plus le nombre de vedettes qui ont daigné y poser leurs fesses célèbres », clame le guide Optimun en 1980. Avec un peu de chance, vous pouviez voir à la table voisine des acteurs hollywoodiens comme Edward G. Robinson, bien connu pour ses rôles de gangster, ou encore la blonde actrice, Zsa Zsa Gabor. Même le hockeyeur Maurice Richard, ayant coutume d’entrer par la porte arrière pour passer inaperçu, y avait ses habitudes. Quant à Pierre Elliott Trudeau, il allait y manger le fameux canard à l’orange presque tous les dimanches. Malgré plusieurs requêtes, le chef ne lui donna jamais le secret de sa recette!

Des plats chinois à la cuisine française

Ruby Foo’s - intérieur

Photographie en noir et blanc représentant un couple à table, de dos, devant lequel se tient un chef chinois qui s’apprête à leur servir un plat.
Archives de la Ville de Montréal. VM94-A0657-008.
Plusieurs centaines de convives pouvaient se restaurer au Ruby Foo’s. Les cuisiniers y travaillant proposaient un vaste éventail de plats aux ingrédients de qualité. Un ancien menu du Ruby Foo’s, tiré des archives du Centre d’histoire de Montréal, donne un aperçu des plats offerts, allant des mets chinois à l’américaine à la cuisine française. On y trouve soupe aux huit trésors, bouillabaisse marseillaise, filet mignon à la béarnaise, homard cantonais, bœuf « Marco Polo », et même des éclairs au chocolat! Pourtant, dans ce menu éclectique, ce sont les egg rolls frais et la légendaire sauce des spare ribs à l’ail qui ont laissé le meilleur souvenir aux habitués du Ruby Foo’s!

Dans un décor rouge et noir, les cigarettes girls en kimono circulaient dans le lounge où la clientèle écoutait musiciens et chanteurs, tels que Charles Aznavour. Ouvert en 1945 dans un ancien bar laitier, le restaurant gagne rapidement en popularité. « Succès oblige, on n’en finit plus depuis 25 ans d'agrandir ce labyrinthe sino-décarien », peut-on lire dans le guide Optimum en 1980. Lors de sa fermeture en 1984, le restaurant de 6000 pieds carrés pouvait accueillir jusqu’à 1300 personnes! Démoli en 1988, le restaurant a été remplacé par un complexe qui  perpétue le nom de Ruby Foo’s, évoquant ainsi encore ce lieu gastronomique qui attirait aussi bien les vedettes que les foodies de son époque. Quant au motel ouvert dans les années 1960, il est agrandi et rénové au même moment, devenant un hôtel quatre étoiles de 200 chambres. 

Cet article est paru dans la chronique « Montréal, retour sur l’image », dans Le Journal de Montréal du 14 février 2016.

Référence bibliographique

ARSENAULT, Roxanne. Les commerces kitsch exotiques au Québec : reconnaissance et sauvegarde d’un nouveau patrimoine, Mémoire (M.A.) (étude des arts), Université du Québec à Montréal, 2011, 180 p. [En ligne].
https://archipel.uqam.ca/4403/1/M12174.pdf