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Expo 67. Habitat 67

17 mai 2017

Conçu pour l’Expo, Habitat 67 est une œuvre emblématique de l’architecture montréalaise contemporaine, alliant densité et intimité dans un ensemble résolument avant-gardiste, aux portes de la ville.

Habitat 67 - construction

Deux ouvriers et une grue sur le chantier de construction du complexe Habitat 67.
Collection personnelle Guy Vanier
Chargé du plan directeur d’Expo 67, l’urbaniste Daniel Van Ginkel invite en 1963 le jeune architecte Moshe Safdie, âgé alors de seulement 25 ans, à développer un projet d’habitation pour l’Expo. Dans le cadre de la thèse en architecture qu’il venait de déposer à l’Université McGill, Safdie avait proposé un complexe d’habitation permettant une occupation à haute densité tout en offrant la tranquillité et l’intimité aux résidants.

Intitulée A Three-Dimensional Modular Building System, sa thèse proposait un concept qui se voulait une solution de rechange économique à la maison unifamiliale de banlieue, alors très en vogue à travers l’Amérique du Nord. Réalisée à partir d’un assemblage d’éléments préfabriqués, sa construction serait rapide et peu coûteuse, ce qui permettrait de loger des ménages à revenus modestes.

C’est ce projet architectural que Van Ginkel souhaite voir se réaliser pour l’Expo. En raison de limites budgétaires, Safdie doit toutefois soumettre une nouvelle proposition de taille beaucoup plus modeste. Alors que le projet initial devait comprendre 950 appartements, répartis sur 22 étages, la nouvelle mouture n’en comptera que 158, sur 12 étages. Aussi, alors qu’il devait au départ inclure des commerces et une école, le nouveau projet n’abritera finalement que des appartements privés.

Habitat 67

Vue d’ensemble du complexe Habitat 67
1967. Collection personnelle Joseph Aspler.
Érigé à la Cité du Havre, à l’est des pavillons L’Homme dans la cité et L’Homme et la santé, le complexe comprend 15 types de logements, dotés de 1 à 4 chambres. Constitués par 354 modules préfabriqués en béton, ces appartements sont regroupés en trois pyramides irrégulières, dotées chacune de deux ascenseurs. N’offrant aucune vue sur l’intérieur des appartements voisins, les fenêtres sont disposées de façon à garantir l’intimité des résidants. De plus, chaque logement bénéficie d’une terrasse privée, aménagée sur le toit d’une autre unité.

Habitat 67 ouvert aux visiteurs d’Expo 67

Habitat 67 - salon

Vue, de jour, du salon d’une unité d’Habitat 67.
Collection personnelle Guy Vanier
Financée par la Société canadienne d’hypothèque et de logement (SCHL), la construction d’Habitat 67 débute en 1965. C’est August Komendant, proche collaborateur de l’architecte américain Louis Kahn, qui en est l’ingénieur en structure. Une usine est construite à environ 300 m du site pour faciliter le transport des unités préfabriquées qui y sont moulées. Lors de l’inauguration de l’Expo, en avril 1967, le complexe n’est que partiellement complété en raison de retards dans les travaux. Seuls 89 appartements sont mis en location et 26 autres sont réservés pour des invités de l’Expo. Safdie occupe lui-même deux appartements. La partie nord du complexe ne sera achevée qu’en 1970.

Tout au long de l’Expo, des unités d’Habitat 67 sont ouvertes aux visiteurs. Le mobilier qui y est exposé est pour l’essentiel l’œuvre de designers canadiens. Le milieu de l’architecture accueille très favorablement Habitat 67, soulignant sa façon novatrice de marier densité et espaces de vie et son utilisation inusitée du béton armé. Cependant le grand public tend à se montrer plus perplexe, y voyant une infrastructure froide et excessivement moderne.

Habitat 67 et Expo Express

Vue d’ensemble du complexe Habitat 67 avec le train Expo Express devant.
Collection personnelle Roger La Roche

Bien qu’il ait été d’abord pensé pour loger des familles de classe populaire, Habitat 67 devient vite un complexe immobilier de prestige. Dès la première année, le loyer mensuel pour les unités disponibles varie de 330 $ à 750 $, ce qui représente un coût considérable pour l’époque. Les logements sont loués par le gouvernement fédéral, jusqu’à ce que des locataires se regroupent pour transformer leurs appartements en copropriété en 1985.

Seule construction d’Expo 67 à avoir conservé sa fonction d’origine, Habitat 67 est devenu une icône de Montréal. Classé en 2009 monument historique par le gouvernement du Québec, il attire toujours de nombreux visiteurs et reste un lieu de résidence très prisé. Les unités se vendent en 2017 autour d’un million de dollars.

 

Référence bibliographique

LA ROCHE, Roger. Expo 67. Pavillons thématiques : Habitat 67, Villes-éphémères – Terre des Hommes (Expo 67-1984), 2013, 41 p. [En ligne].
http://www.villes-ephemeres.org ou https://dl.dropboxusercontent.com/u/13503829/Fiche%20Habitat%2067_Final_...