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Lili St-Cyr, stripteaseuse reine de Montréal

09 septembre 2019

Dans les années 1940, l’Américaine Lily St-Cyr, véritable légende du striptease, considère Montréal comme sa « vraie patrie ».

« Sex is currency! What is the use of being beautiful if you can’t profit from it? »
[« Le sexe, c’est monnaie courante! À quoi cela sert-il d’être belle si on ne peut pas en tirer avantage? »]
– Lily St-Cyr

Lili St-Cyr

Une femme blonde se tient debout, de profil, les bras relevés derrière la tête et une jambe repliée. Elle porte un costume de scène deux pièces avec un long voile à l’arrière, allant de la taille jusqu’aux pieds.
Centre d’histoire de Montréal. 1454.
Lily St-Cyr, de son vrai nom Marie Van Schaak, foule le sol montréalais pour la première fois à l’âge de 26 ans, en 1944. C’est le coup de foudre instantané entre Montréal et cette belle Américaine née à Minneapolis! Spectacle après spectacle, durant près de sept ans, cette « reine du striptease » présente ses numéros au Théâtre Gayety de la rue Sainte-Catherine devant une salle bondée. Son ami, le journaliste Al Palmer, écrit d’ailleurs avec humour qu’elle « déclenche une épidémie de striptocoques plusieurs fois par année quand elle se produit ici ». Lili a le sens du spectacle et de la mise en scène et use de beaucoup de créativité pour élaborer des numéros qui ont du panache. Plus coquins et recherchés les uns que les autres, ses scénarios laissent chaque fois le public ébloui. Elle se fait aussi plaisir et fascine ses spectateurs en incarnant des personnages mythiques comme Cléopâtre, Salomé et Carmen.

La flamboyante artiste de la scène est une véritable légende du striptease à l’échelle nord-américaine. Ses tournées de spectacles l’entraînent un peu partout sur le continent, mais elle revient toujours avec plaisir à Montréal, qu’elle considère à l’époque comme sa « vraie patrie ». Elle profite également de la vie nocturne montréalaise et fréquente les cabarets en vue, comme l’El Morocco, le Samovar, le Normandie Roof et le Faisan Doré.

Lili épargnée, mais blessée

Théâtre Gayety

Un théâtre est illuminé. Sur la marquise, un spectacle de Lili St-Cyr est annoncé.
BAnQ Vieux-Montréal. MSS461, S8, D2.
Sa présence dans la métropole ne fait toutefois pas l’unanimité et certains citoyens dénoncent avec véhémence ses spectacles. En 1951, le Comité de moralité publique de Montréal l’accuse d’indécence, mais Lili s’en tire indemne, le juge estimant qu’elle ne contrevient à aucune loi puisqu’elle ne se présente jamais complètement nue devant le public. Cet incident blesse toutefois Lili, qui cesse de se produire à Montréal, sauf en de rares occasions, et poursuit sa carrière aux États-Unis, où elle obtient aussi des rôles au cinéma, notamment dans le film Son of Sinbad (1955) et The Naked and the Dead (1958).

L’énigmatique effeuilleuse fait tourner bien des têtes durant sa carrière et dit « oui » à la grande question pas moins de six fois durant sa vie. Dans les années 1970, elle ouvre une boutique de lingerie à Los Angeles, mais sa dépendance à l’héroïne l’entraîne peu à peu dans la pauvreté. Elle décède d’une crise cardiaque dans son appartement en 1999 à l’âge de 81 ans, non sans avoir laissé sa marque dans l’histoire des nuits de Montréal.

Ce texte de Maryse Bédard est tiré du livre Scandale! Le Montréal illicite 1940-1960, sous la direction de Catherine Charlebois et Mathieu Lapointe, Montréal, Cardinal, 2016, p. 35.

Références bibliographiques

BOURASSA, André-Gilles, et Jean-Marc LARRUE. Les nuits de la « Main » : cent ans de spectacles sur le boulevard Saint-Laurent (1891-1991), Montréal, VLB éditeur, 1993, 361 p.

CHARLEBOIS, Catherine, et Mathieu LAPOINTE (dir.). Scandale! Le Montréal illicite 1940-1960, Montréal, Cardinal, 2016, 272 p.

DiNARDO, Kelly. Gilded Lili: Lili St.Cyr and the Striptease Mystique, New York, Back Stage Books, 2007, 234 p.

ST-CYR, Lili. Ma vie de stripteaseuse, Outremont, Les Éditions Québec-Livres, 1996, 301 p.

WEINTRAUB, William. City Unique: Montreal Days and Nights in the 1940s and ‘50s, Toronto, McClelland & Stewart, 1996, 332 p.