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Jacques Normand et le Faisan Doré

09 septembre 2019
Maryse BédardMaryse Bédard
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Possédant des talents d’animateur, comédien et chanteur, Jacques Normand a été la vedette de plusieurs cabarets montréalais. Il a aussi connu le succès à la radio et à la télévision.

« Ça prenait quelqu’un qui avait du pouvoir, du charisme, et Jacques Normand, lui, il l’avait l’affaire! »
– Thérèse Vallée-Fiorilli, cigarette girl

Jacques Normand, l’animateur vedette

Jacques Normand

Les animateurs Jacques Normand et Roland Bayeur discutent avec le pianiste accompagnateur Billie Munroe dans un studio d'enregistrement de la station radio CKVL à Montréal.
BAnQ Vieux-Montréal. P48,S1,P23381.
Véritable touche-à-tout, Raymond Chouinard, mieux connu sous le pseudonyme de Jacques Normand, commence sa carrière sur les ondes de la radio à Québec. Sur la proposition d’Henry Deyglun, il déménage à Montréal et accepte un rôle dans la série radiophonique Mariages de guerre, diffusée à Radio-Canada. En 1944, ce talentueux animateur et comédien, aussi chanteur à ses heures, se rend à New York et anime les soirées du Bal Tabarin au grand plaisir des francophiles. À son retour dans la métropole, il travaille pour la radio locale de Verdun et, en 1947, il devient l’animateur du très célèbre cabaret Au Faisan Doré. Alternant chansonnettes et numéros de divertissement, cette nouvelle formule de spectacle qui se déroule entièrement en français plaît au public, qui en demande toujours plus. Avec deux représentations chaque soir et trois le samedi, l’horaire de Jacques Normand est alors bien rempli!

Après la fermeture du Faisan Doré en 1950, Normand devient l’animateur-vedette du Saint-Germain-des-Prés, qui ouvre ses portes rue Saint-Urbain, près de Sainte-Catherine. À la même époque, il prête sa voix à la chanson composée par Jean Rafa, Les nuits de Montréal, qui deviendra culte au Québec. Il fait son entrée à la télévision en 1952 avec l’émission Café des artistes, qui présente les artistes québécois au grand public. Ses grands talents d’animation lui valent d’être à la barre de différentes émissions de divertissement au fil du temps, comme Music-Hall et la très populaire Les couche-tard dans les années 1960.

Son sens de l’humour, son charisme et son charme auprès des femmes, sa répartie légendaire et son côté parfois provocateur valent à Jacques Normand le surnom d’« enfant terrible » de Montréal. Il décède en 1998 à l’âge de 76 ans d’un cancer, trois ans après avoir été reçu chevalier de l’Ordre national du Québec.

Travailler au Faisan Doré

Thérèse Vallée-Fiorilli

Thérèse Vallée-Fiorilli

Durée : 5 min 54 s

Extrait de l’entrevue réalisée dans le cadre de l’exposition Scandale! Vice, crime et moralité à Montréal, 1940-1960, présentée au Centre d’histoire de Montréal du 15 novembre 2013 au 2 avril 2017. Mme Vallée-Fiorilli y parle de son embauche au Faison Doré et du cabaret.

Réalisation : 
Antonio Pierre de Almeida

Au Faisan Doré

Dix hommes et femmes souriant font la farandole sur une scène de spectacle.
Collection personnelle d’Evelyne Febbrari.
Thérèse Vallée-Fiorilli est un témoin précieux de la vie dans les cabarets. Toute jeune, elle est engagée par La Poune (Rose Ouellette) pour travailler au Théâtre National, dont elle est la directrice. C’est même cette dernière qui fait le costume de scène de la jeune Thérèse! De ce théâtre que monsieur et madame Tout-le-Monde fréquente, elle passe Au Faisan Doré non plus comme danseuse, mais bien comme cigarette girl. À 17 ans, une amie de Thérèse la recommande pour une audition où l’apparence physique compte pour beaucoup. Les cigarette girls doivent être bien mises, avenantes et courtoises. Les cigarettes et les cigares vendus sont souvent beaucoup plus chers qu’au dépanneur du coin alors il faut également avoir un certain talent pour la vente! Dans sa jupe courte et ses manches bouffantes, la jeune Thérèse apprend aussi à se servir d’un appareil photo. En effet, nombre de couples et de groupes souhaitent immortaliser leur sortie Au Faisan Doré, l’un des cabarets les plus fréquentés de Montréal.

Embauchée par Jacques Normand, Thérèse commence sa journée de travail à 19 h et la termine au petit matin. Alors qu’elle est à l’emploi du Faisan Doré, la jeune femme gagne 17 sous par heure en plus des pourboires qui sont souvent très généreux. Il y a chaque soir au cabaret une deuxième cigarette girl, en plus des filles et des garçons de table qui font le service auprès des 500 personnes pouvant assister aux différents spectacles de vedettes locales et internationales, comme Michel Louvain, Charles Aznavour ou Charles Trenet.

Le Faisan Doré bien connu et apprécié des Montréalais et des touristes grâce à ses spectacles haut de gamme est la propriété de la famille Cotroni. Polis et tranquilles, Vic Cotroni et ses acolytes viennent souvent prendre un verre et sont servis par Thérèse, qui ne voit et n’entend rien de ce qui se passe à table. Après une longue soirée de travail, elle se déplace au mythique Montreal Pool Room pour se restaurer d’un hot dog sur la Main.

Ce texte de Maryse Bédard est tiré du livre Scandale! Le Montréal illicite 1940-1960, sous la direction de Catherine Charlebois et Mathieu Lapointe, Montréal, Cardinal, 2016, p. 37.

Référence bibliographique

CHARLEBOIS, Catherine, et Mathieu LAPOINTE (dir.). Scandale! Le Montréal illicite 1940-1960, Montréal, Cardinal, 2016, 272 p.