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Frederick Gage Todd : un architecte paysagiste montréalais

13 mars 2018
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En 1900, un jeune Américain, apparemment le premier architecte paysagiste installé à Montréal, se lance dans l’aventure : créer d’inspirants havres de nature dans une trépidante ville moderne.

Frederick Gage Todd - Lovell

Détail d'une page de l'annuaire Lovell mentionnant Frederick G. Todd
Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
En 1900, un Américain de 24 ans arrive à Montréal. Frederick Gage Todd. Il s’annonce comme « architecte-paysagiste », une nouvelle profession. Il vient de passer quatre années d’apprentissage dans la firme d’architecture de paysage fondée par Frederick Law Olmsted, désormais dirigée par ses fils, après avoir étudié la botanique, la biologie, l’agriculture et l’aménagement à l’Agricultural College de Amherst au Massachusetts. Envoyé par la firme pour participer à la mise en œuvre de plans d’aménagement du parc du Mont-Royal à Montréal, Todd décide de s’y installer. Il s’y marie même dès l’année suivante avec la Montréalaise Beatrice Evelyn Pinkerton.

Ville grise et ville verte

Todd arrive dans une ville en forte croissance où la pollution et le bruit s’intensifient, où l’urbanisation s’étend rapidement et où les grands espaces de refuge naturels tendent à s’amenuiser. Cet homme discret va passer sa vie à réfléchir à comment préserver des espaces de nature dans les villes, et, comme urbaniste, il va concevoir des villes où la nature fait partie du tissu urbain. Ses projets, dont celui de l’île Sainte-Hélène, contribuent au mieux-vivre des Montréalais et des Montréalaises. La réputation de l’architecte paysagiste croît avec les divers projets qu’il réalise à travers le Canada. Il devient l’un des plus importants architectes paysagistes de sa génération au Canada et vraisemblablement le premier à s’établir à Montréal.

Ville de Mont-Royal

Illustration colorée de la ville de Mont-Royal et du mont Royal comme de luxuriant havres de nature.
Archives de Ville Mont-Royal. 1912.017.4.

Todd réfléchit sur l’apport esthétique et utilitaire de la nature dans l’espace urbain au fil de ses expériences et de ses projets. Il s’inspire en partie des concepts du City Beautiful propulsés par l’Exposition universelle de Chicago (1893), un mouvement qui prône une ville planifiée, ordonnée, prospère, mais aussi belle et saine. Il dessine les plans de la ville modèle de Mont-Royal (1910-1914), une banlieue-jardin où les rues mènent à un parc central. Il compte aussi d’illustres clients privés comme les Montréalais Richard Bladworth Angus du Canadien Pacifique et Louis-Joseph Forget, sénateur. Les gouvernements fédéral et provinciaux, ainsi que plusieurs grandes villes canadiennes, entre autres Vancouver (Colombie-Britannique, 1907), St. John’s (Terre-Neuve, 1913) et Québec pour les plaines d’Abraham (1909), font appel à ses services. À Montréal, il collabore au grand rêve du frère Marie-Victorin, le Jardin botanique de Montréal. Son crayon s’aiguise pour concevoir le lac aux Castors en forme de trèfle (1936), le cimetière Parc commémoratif de Montréal et le Jardin du chemin de la croix près de l’Oratoire Saint-Joseph. De tous ses projets, Todd déclare que c’est celui du parc de l’île Sainte-Hélène qui lui a apporté le plus de « satisfaction pour l’âme » (traduction libre).

L’île Sainte-Hélène : lieu de nature et de loisirs

Frederick G. Todd - île Sainte-Hélène

Esquisse des aménagements planifiés pour l’île Sainte-Hélène à partir du plan de Frederick C. Todd.
Archives de la Ville de Montréal. VM6-D1901-17-5-A-001.
C’est en bateau vapeur que les familles des quartiers populaires se rendent avec bonheur dans le parc de l’île Sainte-Hélène inauguré en 1874. L’ouverture du pont Jacques-Cartier en 1930 en facilite grandement l’accès, un critère essentiel pour un parc public selon Todd. Pour contrer le chômage lié à la crise économique, la Ville met en place dans les années 1930 un vaste chantier d’infrastructures publiques. Ainsi sont entrepris les travaux du chalet du Mont-Royal, du lac aux Castors et du parc de l’île Sainte-Hélène; ces derniers débutent en 1936. Todd cherche à restaurer l’esprit du lieu. Inspiré par la beauté intrinsèque de l’île, il protège des zones sauvages, crée des percées visuelles pour mettre en valeur la présence du fleuve, le patrimoine historique, culturel et naturel du site. Ce paradis boisé et insulaire, prédit Todd, influencera la santé et le bonheur de la population et des générations futures, et deviendra une attraction touristique! Les foules qui déferlent sur les îles lors de l’Exposition universelle et internationale de 1967 lui donnent raison. L’élargissement des îles qu’il avait envisagé est aussi réalisé lors de cet évènement. Frederick Todd avait depuis longtemps compris l’importance de cette île dans le cœur des Montréalais et des Montréalaises.

Un citoyen engagé

Frederick G. Todd

Photo noir et blanc de Frederick G. Todd, conseiller municipal
Archives de la Ville de Montréal. VM094-Y-1-17-D1041.
À Montréal, il s’implique aussi dans la vie associative citoyenne et professionnelle, s’engageant notamment dans la Ligue du progrès civique créée par l’Association des architectes de la province de Québec en 1909. Todd participe à la première Commission d’urbanisme de la Ville de Montréal en 1930 et siège comme conseiller municipal de Montréal dans les années 1940. Il est aussi directeur de la Parks and Playgrounds Association et de la Community Garden League de Montréal avec divers groupes de la société civile.