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Al Palmer, chantre de Montréal

09 septembre 2019

Journaliste, chroniqueur, écrivain, spécialiste de la scène nocturne, Al Palmer a participé à la légende de Montréal, la ville dont il était amoureux.

« Back in those days, in the late 1940s, I used to look at Al Palmer with awe and envy. Al Palmer was a star — a journalist with a column, a friend of celebrities, a man who knew all of Montreal’s secrets.

He helped give Montreal its reputation of being a scandalous place. He always presented himself as a big shot from New York wearing a nice Fedora hat. He was part of the atmosphere. »

[« À cette époque-là, à la fin des années 1940, je regardais Al Palmer avec une admiration mêlée de respect et de jalousie. Al Palmer était une vedette : journaliste chroniqueur, ami des célébrités, un homme pour qui Montréal n’avait aucun secret. 

 

Il a contribué à donner à Montréal sa réputation de ville à scandales. Il se présentait toujours comme un gros bonnet de New York, coiffé d’un beau chapeau de feutre. Il se fondait dans l’ambiance. »]

– William Weintraub, journaliste et auteur

Al Palmer

Un homme est assis. Il porte un manteau de drap et un chapeau de feutre, et a un verre à la main.
Concordia University Libraries Special Collections, Fonds Al Palmer.
Né en 1913, Al Palmer développe très tôt un intérêt pour le journalisme et commence sa carrière dès les années 1920, notamment comme messager de copie et journaliste sportif pour La Presse Canadienne. Durant la Deuxième Guerre mondiale, il s’enrôle dans l’armée canadienne et travaille comme journaliste pour le Maple Leaf, le journal de l’armée. À son retour au Canada, il est engagé par le Montreal Herald comme journaliste policier. Il commence à la même époque sa chronique Man About Town, où il décrit de façon colorée la vie nocturne et endiablée de Montréal. Grand amoureux de la ville, il est inspiré par Montréal, qui vit son âge d’or des cabarets, et publie en 1950 deux livres avec la métropole comme toile de fond : Montreal Confidential et Sugar-Puss on Dorchester Street.

Le Montreal Confidential d’Al Palmer accompagne les néophytes à travers les coulisses de la vie nocturne montréalaise. L’auteur décrit, avec un vocabulaire coloré, les particularités de la ville, conseille les touristes sur les meilleurs endroits où sortir et explique les bonnes manières à adopter à Montréal. Avec ce guide en poche, impossible de ne pas passer une belle soirée dans la métropole. Paru la même année que Montreal Confidential, le roman noir Sugar-Puss on Dorchester Street raconte les mésaventures de la jeune et naïve Gisèle Lépine, qui troque sa vie à la campagne pour les lumières de la ville.

Montreal Confidential

La couverture du livre Montreal Confidential qui illustre plusieurs scènes de la vie nocturne montréalaise.
Collection Will Straw
Après un bref séjour en Floride, où il couvre les événements policiers pour le Key West Citizen, en plus d’écrire des articles pour l’Associated Press et la Florida Daily Newspaper Association, Al Palmer revient au Québec en 1952 et reprend son poste de journaliste policier au Montreal Herald, au plus grand bonheur des lecteurs. Homme du monde et fin connaisseur de la faune des cabarets, il est un personnage incontournable de la scène nocturne montréalaise des années 1940 et 1950, tant et si bien qu’il rédige aussi à cette époque une chronique appelée Cabaret Circuit. À la fermeture du Montreal Herald en 1957, il travaille pour The Gazette et publie une autre chronique sur la vie nocturne montréalaise, intitulée Our Town. Atteint d’un cancer du poumon, il s’éteint à 57 ans le 28 mars 1971.

Ce texte de Maryse Bédard est tiré du livre Scandale! Le Montréal illicite 1940-1960, sous la direction de Catherine Charlebois et Mathieu Lapointe, Montréal, Cardinal, 2016, p. 33.

Montréal, ville ouverte!

« Some cities are merely blots on the landscape with the approved collection of steel and stone buildings and the ever-present supermarkets. Most have absolutely nothing to distinguish them from thousand similar cities.

Some, notably New York, New Orleans and San Francisco, have certain characteristics which set them apart from the other cities.

And then there’s Montreal.

There is little doubt but that our home town has developed into the most colourful community on the continent. Nothing which New York, New Orleans or San Francisco — or any other city for that matter — can offer that Montreal hasn’t more of.

It is a helluva town to visit, a helluva town to live in and a helluva town to come back to.

We love every grimy square foot of it. »

[« Certaines villes ne sont qu’une tache dans le paysage, avec leurs bâtiments en acier et en pierre et leurs supermarchés omniprésents. Rien, pour la plupart, qui ne les distingue de milliers d’autres villes.

Quelques-unes, en particulier New York, La Nouvelle-Orléans et San Francisco, possèdent des caractéristiques qui leur permettent de se démarquer.

Puis il y a Montréal.

Notre ville est sans doute devenue l’agglomération la plus pittoresque du continent. Tout ce que nous offrent New York, La Nouvelle-Orléans, San Francisco — ou n’importe quelle autre ville, à bien y penser —, Montréal le possède, et plus encore.

Une sacrée ville à visiter, une sacrée ville où vivre, une sacrée ville où revenir.

Nous en aimons chaque recoin crasseux. »]

– Al Palmer, journaliste (1950)

Références bibliographiques

CHARLEBOIS, Catherine, et Mathieu LAPOINTE (dir.). Scandale! Le Montréal illicite 1940-1960, Montréal, Cardinal, 2016, 272 p.

PALMER, Al. Sugar-Puss on Dorchester Street, Montréal, Véhicule Press, 2013 [1949], 146 p.

PALMER, Al. Montreal Confidential, Montréal, Véhicule Press, 2009 [1950], 165 p.

WEINTRAUB, William. City Unique: Montreal Days and Nights in the 1940s and ‘50s, Toronto, McClelland & Stewart, 1996, 332 p.