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Le Kon Tiki, restaurant pop-polynésien

09 septembre 2019
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Au courant des années 1950, le style « pop-polynésien » gagne Montréal. Dans un décor inspiré du Pacifique, le restaurant Kon Tiki offre l’illusion de l’exotisme à ses clients.

Kon Tiki

Carte postale présentant l’entrée du restaurant Kon Tiki, avec un couple marchant sur le trottoir.
Collection du Centre d’histoire de Montréal. 1349.
« Monsieur, madame, bienvenue au Kon Tiki! » Situé au 1455, rue Peel, le restaurant Kon Tiki, aujourd’hui disparu, ouvre ses portes en 1958 au rez-de-chaussée de l’hôtel Mont-Royal Sheraton. L’entrée affiche un style « pop-polynésien ». Bien connu pour avoir popularisé ce style partout en Amérique, l’Américain Stephen Crane — un acteur devenu homme d’affaires et restaurateur —a élaboré cette façade exubérante.

Née aux États-Unis, la fièvre du Tiki (du nom des sculptures polynésiennes) gagne le Québec à la fin des années 1950. Pour les contemporains, le Kon Tiki, c’est du jamais vu! Après l’austérité et les restrictions de la Deuxième Guerre mondiale, les Montréalais commencent à profiter de la vie alors que leur pouvoir d’achat s’accroît. Manger dans un restaurant exotique à une époque où voyager est encore un luxe, voilà ce qu’offre aussi Montréal, ville ouverte à tous les plaisirs. Dans un lieu où tout rappelle l’océan Pacifique et les tropiques, comment résister à l’envie d’un cocktail exotique au milieu des masques maoris, des lances de Nouvelle-Guinée et des statues Tiki? Dans un décor polynésien inspiré des productions hollywoodiennes South Pacific (en 1949) et Blue Hawaii (en 1961), sous l’effet d’un drink coloré et de l’éclairage tamisé des lampes en osier suspendues, l’illusion est garantie.

Si on cherche une Asie réelle au Tiki, propriété d’Occidentaux, c’est dans son personnel de service qu’on la trouve. Des arrivants issus de l’immigration chinoise, vietnamienne, japonaise et, plus rarement, polynésienne, y travaillent. À la fermeture du Kon Tiki en 1981, c’est un ancien serveur, Douglas Chan, arrivé de Chine dans les années 1950, qui acquiert certains décors et fonde un restaurant, le Jardin Tiki, sur la rue Sherbrooke.

Kon Tiki 1966

Photographie en noir et blanc de deux couples attablés. Le couple à l’avant est servi par un cuisinier et de la fumée s’échappe des verres sur la table.
Archives de la Ville de Montréal. VM94-A0292-007.
Alors que l’intérêt pour la mode du style pop-polynésien décline en Amérique du Nord, le flamboyant Jardin Tiki accueille les Montréalais à sa table jusqu’à sa fermeture en mars 2015. Des traces Tiki perdurent néanmoins au Québec, comme en témoignent l’Hôtel-Motel Coconut (datant de 1963) à Trois-Rivières et le restaurant Luau (datant de 1972) à Sainte-Adèle : deux établissements « tiki-esques » toujours existants.

Cet article est paru dans la chronique « Montréal, retour sur l’image », dans Le Journal de Montréal du 19 avril 2015, et dans le livre Promenades historiques à Montréal, sous la direction de Jean-François Leclerc, aux Éditions du Journal, en 2016. Il a été modifié légèrement pour la parution dans Mémoires des Montréalais.

Le pop-polynésien

Le style « pop-polynésien » n’est pas exclusif à la Polynésie, mais s’inspire de tout le monde Pacifique : de l’Océanie, à la Nouvelle-Guinée, en passant par les côtes hawaïennes. Quelques éléments caractérisent les établissements adoptant ce design : pignons élevés, ambiance feutrée, décoration dépaysante chargée regroupant filets de pêche, casiers à homards, lampes aux formes diverses, animaux naturalisés, aquariums, etc. Un des éléments décoratifs les plus importants est toutefois le pont de bois qui permet de faire le lien entre la réalité extérieure et l’exotisme intérieur.

La statue Tiki est un incontournable et est souvent de dimensions considérables. On la retrouve même reproduite sur des verres de céramique dans lesquels sont servis des cocktails aussi sucrés qu’alcoolisés. Ananas et noix de coco sont aussi des récipients de choix pour le Zombie, le Jungle Fever ou encore le Coconut Kiss.

Comme l’indique Roxanne Arsenault dans son mémoire de maîtrise, « l’important [n’est] pas l’authenticité dans ces univers oniriques, mais bien l’illusion d’exotisme ».

Référence bibliographique

ARSENAULT, Roxanne. Les commerces kitsch exotiques au Québec : reconnaissance et sauvegarde d’un nouveau patrimoine, Mémoire (M.A.) (étude des arts), Université du Québec à Montréal, 2011, 180 p. [En ligne].
https://archipel.uqam.ca/4403/1/M12174.pdf