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L’Expo 67 de Michel Rivard

15 septembre 2017

Michel Rivard passe à l’Expo une grande partie de l’été 1967 qui devient une fête sans fin. Habité par un sentiment de liberté et de dépaysement, l’adolescent y amorce son passage à l’âge adulte.

Il y a deux Expo 67.

Tout d’abord celle inscrite dans le grand livre d’histoire, qui se décline en statistiques et fait partie du passé.

Puis l’autre, plus intime qui, malgré son 50e anniversaire, n’a pas pris une seule ride. Cette Expo-là vit toujours dans le cœur de ceux et celles qui l’ont visitée. Dès que la porte de la mémoire s’entrouvre, les visages s’animent, les yeux s’enflamment.

Chacun a son histoire. Chacun a son souvenir. Chacun a son Expo.

Prenez Michel Rivard par exemple. Il avait 15 ans, les cheveux longs, un premier emploi, plein de filles dans le viseur et... un beau passeport avec une belle photo! L’Expo 67, qui était pour lui une bonne excuse pour sortir tous les soirs, a nourri son été de musique, de rencontres et de découvertes.

Très tôt, Michel Rivard sait que l’Expo 67 s’avérera pour lui une expérience hors du commun. Si bien qu’il fait partie des 407 500 visiteurs qui franchissent ses tourniquets dès le premier jour, le 28 avril 1967.

Expo 67 - spectacle 3's a Crowd

Une foule assiste à un spectacle du groupe 3's a Crowd à l'extérieur du pavillon de l'Ontario
Collection personnelle Roger La Roche
Avec trois amis du collège, Michel arrive sur le site en matinée. Première destination : le Labyrinthe, pavillon de l’Office national du film, vers lequel les trois jeunes courent, littéralement. « Nous avions entendu parler d’une projection utilisant une toute nouvelle technologie et nous étions très excités d’y assister. Nous n’avons pas été déçus. Les écrans multiples permettaient des trucs incroyables pour l’époque : je me souviens d’une scène où un caillou lancé dans un premier écran tombait dans un second écran. Ce transfert d’images dépassait notre imagination. »

Cette première visite à l’Expo sera suivie de nombreuses autres escapades. « Difficile d’isoler un souvenir précis relié à l’Expo tellement cet été-là a été extraordinaire, raconte-t-il. J’avais mon premier emploi d’été, ainsi que l’argent et la liberté qui venaient avec! Je travaillais dans un motel de Brossard, dans lequel mon père [le comédien Robert Rivard] avait investi. Aussitôt le travail terminé, je filais au métro Longueuil pour me diriger vers l’Expo. »

Voir ses idoles sur scène

Expo 67 - Pavillon de la jeunesse

Jeunes femmes qui dansent devant le groupe rock les Sinners au pavillon de la jeunesse
Archives de la Ville de Montréal. P132-2_021-011.
Comme beaucoup d’adolescents de son âge, Michel Rivard se passionne pour la musique. Réalise-t-il l’immense chance qu’il a de voir en spectacle les artistes dont il écoute la musique en extase devant son pick-up? Oui! « Quel bonheur de voir mes idoles sur scène. Je me souviens d’un spectacle d’un groupe que j’adorais, les Lovin Spoonful, et aussi de ceux de Simon and Garfunkel, Ravi Shankar, Herp Albert, Telonious Monk. Il y avait aussi l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles qui tournait en boucle : tout arrivait en même temps cet été-là. »

« Tout », cela comprend aussi les rencontres, les amitiés avec les gars, les flirts avec les filles. « On se pointait au pavillon de la Jeunesse et la gang était toujours là. On écoutait de la musique, on dansait, on jasait. C’était un party sans fin. Dans ma tête, c’est un gros été coming of age, comme on dit en anglais. »

Pour Michel et ses amis, la magie se poursuit à quelques pas du pavillon de la Jeunesse, que ce soit au spectacle Laterna Magika ou dans « la bonne vieille Pitoune », qui procure les sensations fortes de l’époque, à mille lieues des manèges extrêmes de La Ronde d’aujourd’hui.

Le plaisir du jeune Michel passe aussi par les papilles gustatives. « On buvait des jus de fruits cubains, jus de mangue, de corossol, de goyave, on mangeait des bobo-balls et des saucisses allemandes, c’était totalement dépaysant. »