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Les Européens de l’Ouest et du Sud : petite histoire d’une immigration séculaire

02 juin 2017
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Qu’ils soient parmi les fondateurs de la ville ou arrivés au XXIe siècle, les immigrants de l’Ouest et du Sud de l’Europe colorent Montréal de leur présence séculaire.

Port 1830

Bateaux dans le port de Montréal en 1830, dont un canot et un voilier
Archives de la Ville de Montréal. BM7-2_14P058_C14-42541.
Les immigrants français, qui s’établissent aux côtés des populations amérindiennes, ont un impact historique sur le peuplement de Montréal et, plus largement, du Québec et du Canada. Les historiens et démographes estiment que sur les 32 000 immigrants français qui débarquent en Nouvelle-France, environ 9000 auraient fait souche dans la vallée du Saint-Laurent et engendré une descendance.

Après avoir contribué de manière indélébile à établir une population en Amérique du Nord, l’immigration française est interrompue par la prise de pouvoir anglaise (1763). Aux côtés des Français se trouve une immigration marginale principalement composée de gens de souches européennes, dont des Portugais, Allemands, Irlandais et Écossais. Montréal, qui n’est alors qu’une petite ville coloniale, est composée de ces migrants qui restent ou qui passent.

Les îles Britanniques à l’honneur

Inondation Griffintown 1873

Inondation du printemps dans le quartier Griffintown à Montréal.
Canadian Illustrated News, vol. VII, no 17, page 261, 26 avril 1873. Bibliothèque et Archives Canada.
Après la conquête anglaise, l’immigration prend une ampleur considérable. Au XIXe siècle, les Britanniques viennent à leur tour marquer la composition démographique d’un pays en devenir. À Montréal, entre 1831 et 1866, ils forment le groupe majoritaire.

Les Irlandais se démarquent particulièrement par leur arrivée massive à partir de 1815. En 1831, ils représentent le quart de la population de Montréal. Majoritairement catholiques et d’origine modeste, ils s’installent dans les quartiers ouvriers de l’ouest et de l’est de Montréal, comme Goose Village, Griffintown, Pointe-Saint-Charles et Frontenac.

Une minorité d’Irlandais, souvent de confession protestante, vit aux côtés des Écossais et des Anglais qui appartiennent généralement aux classes plus aisées, allant de l’ouvrier qualifié au grand commerçant. Plusieurs se démarquent par leur héritage, tels que l’Écossais James McGill qui lègue un terrain et l’argent nécessaires à la construction d’un collège appelé à devenir une université de renom.

McGill 1871

Photographie composite montrant James McGill et M. J. W. Dawson, de même que l'Université McGill
Musée McCord. i63563.
À l’aube de la Confédération (1867), l’île de Montréal est composée à 98 % de Britanniques et de Canadiens français, sa population totale est de plus de 118 000 habitants. Pour le reste, la diversité montréalaise se limite à quelques germanophones ou Italiens, majoritairement des soldats ou des mercenaires ayant combattu durant les guerres de Sept Ans (1756) et anglo-américaines (1812).

Boum industriel et migratoire

À la fin du XIXe siècle, le Canada connaît un boum industriel et une expansion territoriale sans précédent. Face au besoin de main-d’œuvre, le gouvernement fédéral met en place un vaste programme d’immigration et élargit son bassin d’immigrants à certains pays européens, tout en conservant une préférence assumée pour les régions à prédominance caucasienne. Entre 1896 et 1914, le Canada accueille plus de trois millions d’immigrants. Durant cette période, les nouveaux arrivants gagnent par milliers le port de Montréal. Beaucoup sont de passage, en attendant de continuer leur voyage vers l’ouest, mais plusieurs décident de s’établir sur l’île.

Travailleurs 1913

Groupe de travailleurs : Canadiens, Américains, Suédois, Italiens et Écossais dans un baraquement de chantier des Chemins de fer nationaux du Canada.
Collège Frontière. Bibliothèque et Archives Canada. C-046150.
Ce sont désormais les gens d’origine autre que britannique et française qui se démarquent. Outre les juifs d’Europe de l’Est qui sont de loin en tête de liste, les Italiens et les Grecs arrivent en nombre considérable à Montréal. Quelques centaines en 1880, les Italiens sont plus de 7000 en 1911. Nombreux sont recrutés à même leur village pour un travail saisonnier sur les chantiers de construction, ou encore, parrainés par leur famille déjà établie. Ils s’installent d’abord près des gares et du port, puis créent quelques enclaves dont la plus significative se trouve dans le secteur des rues Saint-Laurent et Jean-Talon. Les Grecs viennent également comme ouvriers saisonniers et habitent, pour leur part, les environs du boulevard Saint-Laurent au coin de René-Lévesque. À la veille de la Première Guerre mondiale, ils dépassent le millier de résidants. D’autres groupes arrivent plus discrètement, comme les Scandinaves, les Belges et les Français.

Place à la diversité

Les deux conflits mondiaux, accompagnés de crises économiques, ralentissent l’immigration. Il faut attendre la période de prospérité de l’après Seconde Guerre mondiale pour observer une reprise substantielle des arrivées. Les pays européens, souvent dévastés par la guerre, représentent toujours la source principale d’immigrants au Canada, spécialement l’Europe du Sud.

Vasilios Karagiannidis

Vasilios Karagiannidis dans sa boulangerie
Photo de Antonio Pierre de Almeida, Centre d’histoire de Montréal.
L’Italie et la Grèce alimentent particulièrement la métropole en ouvriers. Leur présence est exponentielle, on compte 109 000 Italiens et 80 000 Grecs en 1971. Ils s’étendent à travers l’île, notamment à Saint-Léonard et à Ville LaSalle pour les premiers, et vers Parc-Extension pour les seconds. À la même époque, les Portugais font une entrée remarquée et, comme beaucoup d’autres, s’installent aux pourtours de la Main. Les Français redeviennent, quant à eux, un des plus importants groupes à émigrer vers Montréal.

Dans les années 1960 et 1970, le Canada et le Québec modifient leurs politiques discriminatoires au profit d’une plus grande ouverture sur le monde. Les immigrants européens sont alors détrônés en faveur des nouveaux arrivants des pays du Sud, comme Haïti, de l’Afrique du Nord, particulièrement les régions du Maghreb, ou de l’Orient, comme les Vietnamiens. Bien que moins importantes, les arrivées en provenance d’Europe demeurent stables. Au début des années 2000, les pays affligés par la crise ou le recul économique, tels que la Grèce, le Portugal et la France, connaissent un regain d’émigration vers le Canada et ses grands centres urbains.

Les Montréalais d’Europe de l’Ouest et du Sud en chiffres

En 2011, le gouvernement du Québec a réalisé une enquête auprès des ménages de la province. Sur une base volontaire, les gens ont témoigné de leur origine. Selon les résultats de cette enquête :

  • environ 78 500 Montréalais se déclarent d’origine allemande;
  • environ 29 000 Montréalais se déclarent d’origine belge;
  • environ 114 000 Montréalais se déclarent d’origine écossaise;
  • environ 63 000 Montréalais se déclarent d’origine espagnole;
  • environ 7500 Montréalais se déclarent d’origine galloise;
  • environ 67 000 Montréalais se déclarent d’origine grecque;
  • environ 224 000 Montréalais se déclarent d’origine irlandaise;
  • environ 264 000 Montréalais se déclarent d’origine italienne;
  • environ 15 000 Montréalais se déclarent d’origine néerlandaise;
  • environ 4000 Montréalais se déclarent d’origine norvégienne;
  • environ 48 000 Montréalais se déclarent d’origine portugaise;
  • environ 4000 Montréalais se déclarent d’origine suédoise;
  • environ 12 000 Montréalais se déclarent d’origine suisse;
  • environ 46 540 Montréalais sont dénombrés à titre d’immigrants nés en France;
  • environ 11 740 Montréalais sont dénombrés à titre d’immigrants nés au Royaume-Uni.
Références bibliographiques

BERTHIAUME, Guy et al. (dir.). Histoires d’immigrations au Québec, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2012, 256 p.

BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA. « Histoire de l’immigration : groupes ethniques et culturels », [En ligne], 13 novembre 2015. (Consulté le 06 juin 2016).
http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/immigration/histoire-ethniques-cu...

LINTEAU, Paul-André. Histoire de Montréal depuis la Confédération, 2e édition, Montréal, Boréal, 2000, 627 p.

LINTEAU, Paul-André. « Quatre siècles d’immigration française au Canada et au Québec », dans JOYAL, Serge, et Paul-André LINTEAU, (dir.), France-Canada-Québec. 400 ans de relations d’exception, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2008, p. 165-181.

LINTEAU, Paul-André. « Les grandes tendances de l’immigration au Québec (1945-2005) », Migrance, no 34, 2009, p. 30-42.