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Albert Langlois, un chef de la police controversé

09 septembre 2019

Nommé chef de la police de Montréal en 1947, Albert Langlois a été condamné et déclaré inapte à occuper des charges municipales à la suite de l’enquête Caron. Mais il a fait appel.

 « Y’avait peut-être été un peu tolérant… Mais vous savez, c’est une époque où les chefs de police étaient discutés et discutables. » — Jérôme Choquette, avocat et ancien ministre du gouvernement du Québec

Albert Langlois

Photographie en noir et blanc d’un homme en plan rapproché taille qui est vêtu d’un uniforme de policier.
Archives de la Ville de Montréal. VM94, SY, SS1, SSS17, Z859-2.

Contrairement à son prédécesseur à la tête de la police de Montréal, Albert Langlois est un policier de carrière. Né en 1899, il devient agent de police à Montréal en 1923, est promu sergent en 1929, puis lieutenant en 1930 et capitaine en 1938. La Deuxième Guerre mondiale déclarée, il s’enrôle dans l’Aviation royale canadienne au sein de laquelle il est commandant d’escadre. Il reçoit plusieurs décorations et est nommé membre de l’Ordre de l’Empire britannique pour services exceptionnels.

En 1945, Albert Langlois reprend du service à titre de capitaine dans Griffintown, puis gravit rapidement les échelons de l’institution. Il est promu inspecteur peu après et, en mars 1947, devient le 16e chef de la police de Montréal , alors que le nombre de policiers est en pleine croissance. Une des premières réalisations du nouveau directeur est la création de la fonction de femme constable, dès 1947, avec l’embauche de 20 recrues. On lui doit aussi la modernisation du système de radiocommunication et l’augmentation du parc automobile.

Albert Langlois succède à Fernand Dufresne à la tête de la police, après un intérim de quelques mois au cours duquel le nom de Pacifique Plante a aussi été évoqué pour occuper ce poste de dirigeant. Peu de temps après son arrivée à la direction, Langlois, qui n’apprécie pas les méthodes de Plante à l’escouade de la moralité, le démet pour cause d’insubordination et de « publicité non autorisée »; il lui reproche ses contacts fréquents avec les journaux.

Le directeur Langlois est solidement en selle quand, en 1950, le Comité de moralité publique demande, par la voix de ses avocats Me Jean Drapeau et Me Pacifique Plante, une enquête sur la police de Montréal qu’on accuse d’avoir toléré la prostitution et les maisons de jeu, activités alors appelées « vice commercialisé ». La Commission royale d’enquête sur la moralité publique, créée pour résoudre ce problème, est présidée par le juge François Caron de la Cour supérieure.

Un directeur dans la tourmente

Albert Langlois 1958

Signature du livre d’or à l’hôtel de ville de Montréal. Le maire Sarto Fournier et une femme sont debout, alors que le chef de police est assis, crayon en main pour signer.
Archives de la Ville de Montréal. VM094-Y-1-17-D0705.
Tête de Turc des réformateurs, Langlois est accusé, durant l’enquête Caron, d’avoir protégé le crime organisé. La Commission siège du 11 septembre 1950 au 2 avril 1953. Le 8 octobre 1954, le juge Caron présente son rapport blâmant une soixantaine de policiers, dont le directeur Langlois, qui est destitué. Condamné à une amende de 500 dollars, déclaré inapte à occuper des charges municipales, Langlois porte sa cause en appel. Clamant son innocence, Albert Langlois gagne finalement sa cause. Réhabilité par la Cour supérieure, il reprend ses fonctions de directeur le 14 mars 1957. Selon le journal La Patrie du 16 avril 1957, il a été accueilli joyeusement par une foule de 1000 policiers, venus lui témoigner leur confiance. Il retrouve ainsi son poste sous l’administration de Drapeau, mais la situation tendue avec Drapeau — qui était le procureur des requérants devant la Commission —, dure peu de temps. En effet Sarto Fournier est élu à la fin octobre 1957.

Toutefois, le 24 octobre 1960, Jean Drapeau redevient maire de Montréal. Dès le 1er décembre 1960, le comité exécutif de la Ville de Montréal accorde au directeur Langlois un congé avec traitement pour la période du 1er janvier 1961 au 14 décembre de la même année. Le 15 décembre 1961, le directeur Langlois démissionne et prend sa retraite. Il se recycle dans l’hôtellerie et meurt dans un accident de la route à l’âge de 62 ans.

Cet article est extrait du texte de Maryse Bédard tiré du livre Scandale! Le Montréal illicite 1940-1960, sous la direction de Catherine Charlebois et Mathieu Lapointe, Montréal, Cardinal, 2016, p. 217, et du texte Le directeur Albert Langlois, M.B.E., un chef dans la tourmente, de Robert Côté, O.C., inspecteur-chef retraité et membre du Musée de la police, dans la collection Notre mémoire collective de la SPVM.

Références bibliographiques

BRODEUR, Magaly. Vice et corruption à Montréal, 18921970, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2011, 129 p.

CHARLEBOIS, Catherine, et Mathieu LAPOINTE (dir.). Scandale! Le Montréal illicite 1940-1960, Montréal, Cardinal, 2016, 272 p.

LAPOINTE, Mathieu. Nettoyer Montréal : les campagnes de moralité publique, 1940-1954, Québec, Septentrion, 2014, 395 p.

TURMEL, Jean, et Yolande FRENETTE. Le Service de police de la cité de Montréal (1909-1971) : étude rétrospective sur son organisation, Montréal, s. é., 1974, 271 p.