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L’église St. Michael the Archangel et la présence irlandaise

03 septembre 2019

La communauté irlandaise est peu associée au Mile End. Pourtant, ce quartier lui doit un de ses imposants symboles, l’église St. Michael the Archangel, une des plus singulières de Montréal.

Église St. Michael the Archangel

Vue à vol d’oiseau montrant une partie du Mile End avec l’église St. Michael the Archangel au centre.
Photo de Serge Raymond, Centre d’histoire de Montréal.
Bien que les passants identifient souvent l’église Saint-Michel et Saint-Antoine à une église orthodoxe, voire une mosquée, un observateur attentif peut deviner la nature de l’édifice et l’origine de ceux qui l’ont construit. Dans le détail de sa décoration extérieure et intérieure, de nombreux trèfles, symboles de l’Irlande, ornent l’église. Pourtant, on associe peu la communauté catholique irlandaise au Mile End. Lorsqu’on pense à cette population, ce sont les quartiers de Griffintown et de Pointe-Saint-Charles qui viennent à l’esprit. La présence irlandaise dans le Mile End a presque été oubliée. Il en reste aussi la Luke Callaghan Memorial School, au 5611, rue Clark, occupée entre autres par un centre de la petite enfance en 2018, une école qui avait été construite pour la communauté irlandaise.

La création d’une paroisse catholique anglophone dans le Mile End

Le village de Saint-Louis-du-Mile-End, devenu ville de Saint-Louis en 1895 puis annexé à Montréal en 1910, se transforme rapidement en banlieue urbaine. Il s’agit en fait d’une banlieue à deux visages : à l’ouest du boulevard Saint-Laurent, un quartier cossu et, à l’est, un quartier ouvrier et manufacturier. Mais, même pour les ouvriers, déménager vers ce qu’on appelait alors The North End est un signe d’ascension sociale. Il nous manque aujourd’hui des éléments pour expliquer l’installation d’une importante communauté irlandaise dans le Mile End. Les Irlandais étaient-ils suffisamment nombreux sur le territoire de ville Saint-Louis pour qu’une paroisse soit créée ou bien la paroisse a-t-elle été créée en vue d’inciter le déménagement d’une partie de la communauté dans des habitations neuves et plus salubres? Les deux hypothèses ont été émises. Nous savons qu’en 1902, une nouvelle paroisse catholique romaine irlandaise est fondée : la paroisse Saint-Michael’s. Jusque-là le territoire de la ville de Saint-Louis ne comportait qu’une paroisse catholique, celle de Saint-Enfant-Jésus du Mile End.

Les offices destinés aux Irlandais ont d’abord lieu dans une salle au-dessus d’une caserne de pompiers au coin nord-ouest de la rue Saint-Denis et de l’avenue Laurier, dans l’édifice qui avait servi de maison municipale au village voisin de Côte-Saint-Louis avant son annexion à Montréal en 1893. Une première église est construite à l’intersection des rues Boucher et Drolet en 1904 ainsi qu’une école en 1907. Tous ces édifices ont aujourd’hui disparu, bien que le presbytère, au 5294, rue Saint-Denis, soit toujours là.

Cet emplacement s’avère peu pratique pour les Irlandais qui, signe d’ascension sociale, s’installent de plus en plus nombreux dans l’Annexe, c’est-à-dire l’ouest de la ville de Saint-Louis, et à Outremont. Par ailleurs, rapidement, les paroissiens se trouvent à l’étroit dans cette petite église. Sous l’impulsion du nouveau curé, l’énergique père Luke Callaghan, on décide de construire une église plus vaste sur un terrain resté vacant à l’angle des rues Saint-Urbain et Saint-Viateur. Elle est nommée St. Michael the Archangel. La paroisse prospère entre les deux guerres. Dans les années 1920, elle est considérée comme la plus importante paroisse catholique de langue anglaise au Québec. À partir des années 1960, comme de nombreuses autres communautés du Mile End, les habitants d’ascendance irlandaise quittent le secteur pour les nouvelles banlieues. La paroisse Saint-Michael’s décline. Aussi, à partir de 1964, elle partage l’église avec la mission polonaise Saint-Antoine-de-Padoue et devient en 1969 la Communauté catholique de St. Michael’s and St. Anthony’s. Aujourd’hui, les messes sont données en anglais et en polonais.

Une église au style architectural unique

Dôme église St. Michael the Archangel

Fresque circulaire avec, au centre, un personnage ailé entouré d’une multitude d’anges.
Photo de Justin Bur, 2011.
Que l’église St. Michael the Archangel, ou Saint-Michel-Archange, soit devenue un symbole du Mile End n’est pas un hasard. Construite en 1914 et 1915, cette église est, en effet, remarquable par son ingénierie, son style architectural et sa décoration intérieure. Saint-Michel-Archange est unique dans le paysage montréalais en raison de son style architectural. C’est le style néo-byzantin qui a été adopté. Ce choix, au premier abord incongru pour une paroisse irlandaise, s’explique par le retour à la pureté des origines de l’Église promu par le pape Pie X (1903-1914). L’architecte Aristide Beaugrand-Champagne (1876-1950) s’est inspiré du joyau de l’Empire byzantin : la basilique Sainte-Sophie construite à Constantinople (Istanbul) en 537, qui à la prise de la ville par les Ottomans en 1453 deviendra la mosquée Ayasofya (Sainte-Sophie) et se verra flanquée ultérieurement de minarets. Tout comme le dôme de Sainte-Sophie, celui de Saint-Michel-Archange défie les lois de la pesanteur. Saint-Michel-Archange a elle aussi une tour qui ressemble à un minaret. Ou doit-on y voir un rappel des tours rondes irlandaises (cloigthithe) construites au Moyen Âge près des églises et des monastères?

Même si les paroissiens irlandais ne fréquentent plus depuis longtemps Saint-Michel-Archange, une statue de Saint-Patrick témoigne de l’identité originelle de la paroisse. Après la fusion de la paroisse avec la mission franciscaine polonaise Saint-Antoine de Padoue, saint François d’Assise et saint Maximilien Kolbe se sont joints au saint patron irlandais. En 1968, l’église accueille un nouveau saint : San Marziale. Il est le saint patron d’un petit village de Calabre, Isca sullo Ionio, dont est originaire une partie de la communauté italienne du Mile End, qui elle n’a pas d’église. Le premier dimanche du mois de juillet a lieu la fête de la San Marziale : le saint est mené en procession sur la rue Saint-Viateur. L’année suivante, l’église prend le nom de St. Michael’s and St. Anthony’s.

En raison de son histoire, de sa valeur symbolique, de son architecture et de sa décoration intérieure, le Conseil du patrimoine religieux du Québec a reconnu à l’église Saint-Michel et Saint-Antoine une valeur patrimoniale exceptionnelle, lui attribuant la cote B sur une échelle de A à F.

Cet article est un extrait du texte Église St. Michael the Archangel, rédigé en 2016 et accessible sur le site Internet de Mémoire du Mile End.

Références bibliographiques

GILBERT, Sarah. « Cymbales et moulinets », [En ligne], Mémoire du Mile End, 2010.
http://memoire.mile-end.qc.ca/fr/cymbales-et-moulinets/

LAUZON, Gilles. Pointe-Saint-Charles : l’urbanisation d’un quartier ouvrier de Montréal, 1840-1930, Québec, Les éditions du Septentrion, 2014.

McDONNELL, Kate. « L’église St. Michael : un écho de Sainte-Sophie », [En ligne], Mémoire du Mile End, 2008.
http://memoire.mile-end.qc.ca/fr/leglise-st-michael-un-echo-de-sainte-so...

POITRAS, Claire. « Sûreté, salubrité et monolithisme : l’introduction du béton armé à Montréal, de 1905 à 1922 », [En ligne], Urban History Review/Revue d’histoire urbaine, vol. 25, n° 1, 1996, p. 19-35.
https://www.erudit.org/fr/revues/uhr/1996-v25-n1-uhr0618/1016094ar/

SIMON, Sherry « Hybridity revisited: St. Michael’s of Mile End », [En ligne], International Journal of Canadian Studies/Revue internationale d’études canadiennes, n° 27, printemps 2003, p. 107-119.
https://yorkspace.library.yorku.ca/xmlui/bitstream/handle/10315/1448/CRL...

SIMON, Sherry. L’hybridité culturelle, Collection Les élémentaires - Une encyclopédie vivante, [En ligne], Montréal, L’île de la tortue éditeur, 1999. [https://spectrum.library.concordia.ca/974982/1/Simon_hybridite_culturell....