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L’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End

21 janvier 2019
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L’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End est exceptionnelle à plusieurs titres : son architecture, sa décoration, sa qualité de témoin de l’urbanisation et de l’emprise de l’Église sur la société.

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Carte postale colorisée montrant la façade de l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End
Collection du Centre d’histoire de Montréal. 455.
L’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End se trouve aujourd’hui à l’intersection de deux des plus importants boulevards de Montréal, le boulevard Saint-Laurent et le boulevard Saint-Joseph, et le parc Lahaie, qui lui fait face, bouillonne de vie. Il est par conséquent difficile d’imaginer que la construction de l’église se fit en plein champ, loin du centre d’un village. L’édification de l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End, en 1857 et 1858, est en effet le point de rencontre d’une stratégie de développement foncier menée par une famille de grands propriétaires terriens, la famille Beaubien, et du programme de développement d’une société catholique organisé par l’évêque de Montréal, monseigneur Bourget.

L’église sera érigée sur des terrains donnés par la famille Beaubien qui possède de vastes propriétés dans l’est de l’actuel Mile End. Peu propice à l’agriculture, ce territoire est criblé de marécages et de carrières dont est extraite la pierre calcaire qui alimente la construction de Montréal alors en pleine expansion. Pierre Beaubien (1796-1881), médecin de profession, est animé d’une vision à long terme pour le développement du patrimoine familial. Il comprend que la ville va croître en direction du nord, le long de ce qui est alors le chemin Saint-Laurent, un axe de communication nord-sud déjà très important, et il détecte là une occasion de valoriser ses terres. Mais, comme la concrétisation de cette vision semble improbable à court terme, le docteur va devoir un peu forcer le destin et, pour cela, il trouve un précieux allié en la personne de l’évêque.

Une nouvelle paroisse pour un futur village

Mile End 1886

Photographie en noir et blanc représentant une série de petites maisons bordant un chemin de campagne, recouvert de neige.
Musée McCord
Bourget s’inquiète, en particulier, du sort des milliers de paysans qui viennent s’établir en ville et dans les villages et hameaux périphériques. Il considère qu’une paroisse et les services sociaux qu’elle offre sont les moyens de faciliter l’intégration des nouveaux venus et de leur donner les balises nécessaires dans un environnement urbain potentiellement corrupteur, selon le prélat.

Monseigneur Bourget crée des dessertes dépendant de la paroisse Notre-Dame pour servir les populations installées dans les villages autour de Montréal. En avril 1848, Pierre Beaubien annonce qu’il va faire don au diocèse d’un terrain où l’on prévoit d’ériger une nouvelle église. À l’automne 1849, sur ce terrain, à l’actuel coin sud-est des voies Laurier et Saint-Dominique, monseigneur Bourget fait d’abord construire un édifice en pierre grise pour accueillir l’Institution des Sourds-Muets. La bâtisse héberge aussi l’école du village de Côte-Saint-Louis et une chapelle pour les offices religieux en attendant la construction d’une église digne de ce nom.

Le nouvel édifice se trouve au milieu de nulle part, battu par les vents, entouré de carrières. Certes, le curé s’est rapproché de ses ouailles, mais la chapelle et l’école sont encore loin des villageois qu’elles servent. Car le gros du village de Côte-Saint-Louis est alors situé plus à l’est, près de l’intersection des actuelles voies Laurier et Berri.

Monseigneur Bourget confie l’administration de l’Institution des Sourds-Muets à une congrégation religieuse qu’il a fait venir de France, les Clercs de Saint-Viateur. Il lui donne également le mandat d’édifier une nouvelle église pour servir la future paroisse. Sa conception est confiée à l’architecte Victor Bourgeau (1809-1888), architecte de monseigneur Bourget. La pierre angulaire de la future église est bénie le dimanche 14 juin 1857, et la première messe est donnée le jour de Noël 1858 dans une église à l’architecture romane, sobre.

Sur le plan immobilier, Pierre Beaubien finit par gagner son pari. Ce qui n’était qu’un noyau paroissial excentré du cœur du village de Côte-Saint-Louis s’est transformé au fil des années en un véritable village revendiquant sa propre identité et son autonomie. En 1878, l’ouest de Côte-Saint-Louis fait sécession et un nouveau village est créé, Saint-Louis-du-Mile-End. Le village prospère et, en 1895, il obtient le statut de ville et devient la ville de Saint-Louis (annexée en 1910 par Montréal). Cette ville nourrit de grandes ambitions et souhaite se doter d’une église digne du statut de banlieue bourgeoise et moderne auquel elle aspire. On décide d’agrandir l’église et de la doter d’une nouvelle façade.

Une église majestueuse et richement ornée

Parc Lahaie 1898

Photographie en noir et blanc représentant un groupe d’enfants marchant dans un parc, avec à l’arrière-plan une église.
Archives de la Ville de Montréal
Les travaux, qui ont lieu entre 1898 et 1903, sont confiés à l’architecte Joseph Venne, auquel on doit également l’église Saint-Denis de l’avenue Laurier (1911). La nouvelle façade de Saint-Enfant-Jésus est de style néo-baroque. À cette ornementation exubérante, qui en fait la façade la plus richement ornée des églises du Québec, on ajoute, en 1909, trois statues du sculpteur Olindo Gratton : l’Enfant Jésus au centre et des scènes avec des anges sur les côtés. En 1978, les anges sont retirés en raison de dégradations. Grâce à un projet de restauration porté par la paroisse Saint-Enfant-Jésus et la Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal, ils retrouvent leur place en juin 2015.

La décoration intérieure de l’église est, elle aussi, exceptionnelle. Les vitraux sont signés Delphis-Adolphe Beaulieu (en 1916), et une partie de la décoration intérieure est confiée à un des plus célèbres peintres québécois, Ozias Leduc. On lui doit les quatre toiles entourant la coupole ainsi que les décorations de la chapelle du Sacré-Cœur qui rendent hommage aux travailleurs des carrières et cultivateurs à l’origine du village de Saint-Louis-du-Mile-End (les œuvres sont réalisées entre 1917 et 1919). Les toiles du chœur, de la voûte et du transept sont de la main du peintre Louis Saint-Hilaire.

Bien que l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End soit un témoin remarquable du développement des paroisses du Plateau-Mont-Royal et que de grands artistes québécois aient contribué à en faire une église unique dans le paysage architectural québécois, le Conseil du patrimoine religieux du Québec ne lui a reconnu que la cote C pour sa valeur patrimoniale sur une échelle de A à F. Ceci s’explique par des travaux de rénovation malheureux qui ont altéré l’intégrité de l’église : les décorations de la chapelle du Sacré-Cœur réalisées par Ozias Leduc ont été irréversiblement endommagées par des restaurations maladroites et, après l’affaissement du plancher en 1963 lors d’une cérémonie de confirmation, l’église a été modernisée et dépouillée d’une grande partie de sa décoration intérieure.

Cet article est un extrait du texte Église Saint-Enfant-Jésus, rédigé par Christine Richard en 2016 et disponible sur le site Internet de Mémoire du Mile End.

Références bibliographiques

BERNIER, Jacques. « Beaubien, Pierre », [En ligne], Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003. (Consulté le 17 août 2016).
http://www.biographi.ca/fr/bio/beaubien_pierre_11F.html 

DESJARDINS, Yves. Histoire du Mile End, Québec, Septentrion, 2017, 355 p.

Paroisse Saint-Enfant-Jésus du Mile-End et Société d’histoire du Plateau-Mont-Royal, Saint-Enfant-Jésus du Mile-End : église mère du Plateau mont-Royal, juin 2015. [Dépliant de visite disponible à l’entrée de l’église]

ROBERT, Jean-Claude. « Catholicisme et urbanisation au Canada français, 19e et 20e siècle », dans AUDRÈRE, Philippe (dir.), Pour une histoire sociale des villes, Presses Universitaires de Rennes, 2006.