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Monseigneur Ignace Bourget, un évêque ultramontain

12 février 2018
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Nommé deuxième évêque de Montréal en 1840, Ignace Bourget nourrit l’espoir de raviver la ferveur religieuse des fidèles de son diocèse.

Ignace Bourget succède à Jean-Jacques Lartigue à l’évêché de Montréal en 1840. Pendant son épiscopat, il cherche à affirmer l’influence de l’Église romaine dans la société montréalaise.

L’ultramontanisme

Ignace Bourget - palais épiscopal

Gravure du palais épiscopal Saint-Jacques vers 1850
Bibliothèque et Archives Canada. C-104609.
Au début des années 1840, le prosélytisme protestant s’affirme à Montréal. La French Canadian Missionary Society, fondée en 1839, ambitionne de convertir les Canadiens français au protestantisme. Ignace Bourget est déterminé quant à lui à contrer ce mouvement et il rêve d’une Église montréalaise forte. Ultramontain, il est favorable à l’autorité absolue du pape et du clergé sur la société civile et défend l’idée que la religion catholique doit être au cœur de la culture canadienne-française. Il souhaite que le clergé, les liturgies et les pratiques religieuses du diocèse suivent le modèle culturel romain. L’évêque fait la promotion d’une pratique religieuse émotive et mise sur des célébrations catholiques festives, comme celle de la Fête-Dieu, pour entretenir la dévotion des fidèles. Peu après l’incendie de la cathédrale Saint-Jacques, en 1852, Ignace Bourget décide de reconstruire sa cathédrale dans l’ouest de la ville. Construite à l’image de Saint-Pierre de Rome, la nouvelle cathédrale Saint-Jacques illustre l’ambition de l’évêque de renforcer l’influence de l’église de Rome dans la vie des fidèles montréalais.

Le démembrement des paroisses

Ignace Bourget

Ignace Bourget, assis à son bureau, un livre est posé sur le bureau.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec. ID 2521.
Dès le début de son épiscopat, Ignace Bourget entretient des relations tendues avec les Sulpiciens. Ces derniers, curés perpétuels de la paroisse Notre-Dame, avaient accueilli avec méfiance la création du diocèse de Montréal en 1836. Ils craignent que leur autorité sur la paroisse ne soit contestée. Afin d’affirmer leur indépendance, ils nomment de nouveaux curés pour desservir les banlieues sans consulter l’évêque. Mgr Bourget veut quant à lui établir son autorité diocésaine et n’entend pas la partager avec les Sulpiciens. L’évêque démembre la paroisse Notre-Dame et en crée 15 nouvelles. L’autorité spirituelle des Sulpiciens s’en trouve considérablement réduite et ils contestent cette décision pendant plusieurs décennies. La reconnaissance civile des paroisses n’est pas complétée au moment où l’évêque démissionne de sa charge.

L’encadrement social

Déterminé à renforcer l’influence de l’Église sur ses diocésains, l’évêque encourage l’établissement de nouvelles congrégations qui lui procurent un personnel religieux nombreux. Ces nouvelles congrégations prennent en charge écoles, couvents, établissements de charité et institutions spécialisées. Elles jouent un rôle de protection sociale dans la ville, tout en affirmant la présence catholique. Malgré leurs différends, Mgr Bourget s’allie avec les Sulpiciens afin de dispenser une meilleure formation aux prêtres.

La dispute universitaire

Ignace Bourget

Ignace Bourget en vêtement liturgique
Service central des Archives des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie
Les préoccupations de l’évêque en matière d’éducation ne se limitent pas aux religieux. Il souhaite inculquer aux jeunes une culture catholique. Si le réseau des collèges classiques est bien développé, la formation des jeunes professionnels n’est pas assurée convenablement à Montréal selon Bourget. Il tente d’obtenir l’établissement d’une première université catholique francophone à Montréal et souhaite ainsi faire contrepoids à l’Université McGill, établissement protestant, ainsi qu’à l’Institut canadien qui diffuse des idées libérales. Lorsqu’il démissionne de sa charge d’évêque de Montréal en 1876, Bourget n’a pas réussi à obtenir l’université qu’il souhaitait. Les cardinaux avaient accepté qu’une succursale de l’Université Laval soit ouverte à Montréal, aux frais de l’archevêché, mais Bourget souhaitait un établissement autonome. Lorsque la décision des cardinaux parvient à l’évêque, il écrit l’accepter en toute humilité, mais il présente sa démission.

Édouard-Charles Fabre succède à Bourget comme évêque de Montréal et la succursale de l’Université Laval, qui deviendra l’Université de Montréal en 1919, ouvre ses portes en 1878. Ignace Bourget est, quant à lui, nommé par le Vatican archevêque honorifique de Martianopolis (aujourd’hui en Bulgarie) et prend sa retraite au Sault-aux-Récollet. Il décède quelques années plus tard, le 8 juin 1885.

Références bibliographiques

PERIN, Roberto. Ignace de Montréal : Artisan d’une identité nationale, Montréal, Boréal, 2008, 300 p.

PERRON, Normand. « Déploiement et influence de l’Église catholique montréalaise » dans Dany FOUGÈRES (dir.), Histoire de Montréal et de sa région. Des origines à 1930, t. 1, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2012, p. 717-743.