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La Petite-Bourgogne et le jazz

08 septembre 2017

À partir des années 1920, Montréal a vécu à l’heure du jazz. La Petite-Bourgogne, alors surnommée le « Harlem du Nord », lui a donné des salles et des musiciens de renommée internationale.

1925 : Naissance d’Oscar Peterson dans un bâtiment adjacent à la Union United Church.

La Petite-Bourgogne et le jazz - 1964

Un contrebassiste sur scène
Archives de la Ville de Montréal. VM94,SY,SS1,SSS14,S1-052.
À la fin du XIXe siècle, la Petite-Bourgogne héberge une population aux origines variées : majoritairement canadienne-française, elle vient aussi d’Angleterre, d’Irlande et de bien d’autres pays européens. De nouveaux arrivants, eux aussi attirés par les usines du quartier, y apportent alors une toute autre culture. Une culture, notamment musicale, qui participera à la notoriété de Montréal au siècle suivant.

La Petite-Bourgogne, au tournant des XIXe et XXe siècles, accueille une nouvelle immigration : plusieurs travailleurs noirs y trouvent embauche et logement. Les hommes sont souvent employés comme porteurs ferroviaires, les femmes sont principalement engagées comme travailleuses domestiques. Cette communauté noire naissante est constituée d’Afro-Canadiens venus de l’Ontario et des Maritimes, d’Afro-Américains et d’immigrants antillais.

La Petite-Bourgogne et le jazz - Cab Calloway

L'orchestre de Cab Calloway devant une salle comble
Avec l'aimable autorisation d'Armand Samson. Fonds John Gilmore. Service des archives de l’Université Concordia. P004-02-005.

De 1920 à 1940, la communauté noire de Montréal passe de 1000 à 2000 personnes. Les Noirs anglophones s’installent en grand nombre dans la Petite-Bourgogne, qui demeure cependant à majorité canadienne-française. Progressivement, ce groupe s’implante dans le quartier et y fonde plusieurs organisations et institutions au début du XXe siècle : le Coloured Women’s Club of Montreal (1902), la Union Congregational Church (1907), plus tard connue sous le nom de Union United Church, le Negro Community Centre (1927).

Jazz et prohibition

La Petite-Bourgogne et le jazz - Oliver Jones et musiciens

Oliver Jones au piano entouré de ses musiciens
Photo Ed Bermingham. Avec l'aimable autorisation d'Oliver Jones. Fonds John Gilmore. Service des archives de l’Université Concordia. P004-02-054.
Dans le même temps, le quartier du Sud-Ouest va indirectement être affecté par une nouvelle loi adoptée aux États-Unis. Dans les années 1920, l’interdiction de la vente et de la consommation d’alcool dans divers États américains nuit gravement aux soirées de jazz. Cette musique, développée par la communauté noire de la Nouvelle-Orléans au début du XXe siècle, est en effet associée à la danse et à l’alcool.

Montréal est alors une ville ouverte et tolérante. Des musiciens noirs américains commencent donc à venir se produire dans la nouvelle capitale de la vie nocturne en Amérique du Nord. L’industrie du disque est déjà florissante, la radio vient de naître, les musicals américains et la danse connaissent un grand succès. Attirés par la manne, des musiciens américains s’installent à Montréal et influencent les musiciens locaux qui se mettent au jazz à leur tour.

Le jazz s’invite dans la Petite-Bourgogne

La Petite-Bourgogne et le jazz - Steep Wade

Steep Wade et son orchestre sur la scène du Club St-Michel
Photo Jack Markow. Avec l'aimable autorisation de Evelyn Sealey. Fonds John Gilmore. Service des archives de l’Université Concordia. P004-02-073.

Durant cette période, les nombreux musiciens américains de passage à Montréal apportent la musique jazz jusque dans le quartier du Sud-Ouest. À proximité de la Petite-Bourgogne, trois clubs présentent des musiciens noirs devant une clientèle majoritairement blanche : le Terminal, le Café Saint-Michel et le Rockhead’s Paradise. Non loin de là, se trouvent d’autres célèbres cabarets qui ont contribué à l’essor du jazz, tels que le Bottom et le Latin Quarters.

Les organisations liées à la communauté noire favorisent aussi l’épanouissement de la musique dans la Petite-Bourgogne. Le Negro Community Centre a longtemps organisé des activités culturelles, telles que des cours de danse et des performances musicales, tandis que des légendes du jazz ont débuté à la Union United Church. Parmi elle, le célèbre pianiste Oscar Peterson.

De la Petite-Bourgogne à la scène jazz internationale

La Petite-Bourgogne et le jazz

Oscar Peterson au piano en duo avec Johnny Holmes à la trompette
Service des archives de l’Université Concordia. Fonds John Gilmore. P004-02-174.

Né près de l’église Union United Church, à la frontière des quartiers Saint-Henri et Petite-Bourgogne, en 1925, Oscar Peterson est issu d’une famille anglophone originaire des Antilles. Jeune pianiste prodige, il est le soliste vedette et le seul musicien noir du populaire Johnny Holmes Orchestra, de 1943 à 1947. Puis il se produit au sein d’un trio dans le cabaret montréalais l’Alberta Lounge. Il ne tarde pas à être invité à participer à un concert du Jazz at the Philharmonic au Carnegie Hall de New York. Cette prestation lancera sa carrière internationale.

Le jazzman montréalais connait une carrière florissante : il crée des œuvres phares, se produit à travers le monde, enregistre plus de 130 albums et se consacre aussi à l’enseignement. Son parcours est parsemé de nombreux honneurs et prix. On se rappelle notamment qu’un parc de l’arrondissement du Sud-Ouest et qu’une salle de concert de l’Université Concordia portent son nom. Et, depuis 1989, le Festival international de Jazz de Montréal décerne annuellement le prix Oscar Peterson.

Avec son fameux festival, ses nombreux lieux de rendez-vous jazz et ses musiciens toujours inventifs, Montréal a indéniablement sa place parmi les villes de jazz. Elle le doit en partie à la Petite-Bourgogne : c’est dans ce Harlem du Nord que sont nés des salles de spectacle jazz renommées et des artistes d’envergure internationale, comme Oscar Peterson et Oliver Jones.

Contribution à la recherche : Société historique de Saint-Henri. 

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