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L’histoire de Vasilka

09 mars 2020
Temps de lecture

Née en Macédoine en 1932, Vasilka immigre au Québec en 1968. Son histoire, qui croise la grande histoire et révèle une facette de l’immigration vers Montréal, a été le sujet d’un film souvenir.

Histoire de Vasilka

Un homme et une femme sont assis sur des chaises de bois. Devant eux, deux femmes les filment, debout derrière une caméra.
Collection de la famille Delev

En 2018, le docteur Gligor Delev a voulu produire un film souvenir, un portrait de sa mère Vasilka, alors âgée de 86 ans, afin que la famille se souvienne de son histoire et des choix qu’elle a faits par amour pour ses proches.

Gligor Delev habite alors à Montréal depuis 30 ans. Il s’y est installé au lendemain de ses études universitaires, avec sa femme et ses enfants, après avoir passé plus de 20 années dans la ville de Québec. Sa mère, qui vivait à Québec, l’a rejoint à Montréal au début des années 1990, après le décès de son fils cadet Constantin, enterré dans un cimetière du mont Royal.

Le réalisateur, Giovanni Princigalli, a souhaité aller au-delà du film de famille pour réaliser L’histoire de Vasilka, une œuvre cinématographique narrative, qui s’enrichit d’images d’archive de la famille et de la cinémathèque de Macédoine.

L’histoire de Vasilka

L’histoire de Vasilka

Écriture et réalisation : Giovanni Princigalli Production : Gligor Delev Image : Sarah Salem, Marilee Goulet et Émile Desroches Montage : Jordan Valiquette Son : Camille Salvetti et Jordan Valiquette Durée : 37 min 31 s Année : 2018

Réalisation : 
Giovanni Princigalli

L’arrivée et la vie à Québec

Vasilka

Une femme agenouillée nourrit les oiseaux.
Collection de la famille Delev
Née en Macédoine en 1932, Vasilka a été le témoin involontaire des bouleversements dans ce pays au XXe siècle. Fuyant la Yougoslavie du général Tito, Vasilka arrive dans la ville de Québec avec son mari Risto et leur fils Alexandre en 1968. Ils louent un appartement dans le quartier Giffard, aujourd’hui situé dans l’arrondissement de Beauport. Le couple suit des cours de français. Un an plus tard, Gligor et Slobodan, leurs deux garçons alors âgés de 8 et 9 ans les rejoignent. Une surprise les attend à leur arrivée : ils ont un nouveau petit frère, Constantin! La famille s’installe alors à Sainte-Foy.

Les premières années à Québec sont difficiles. Au courant de l’année qui suit l’arrivée de Gligor et de Slobodan, Vasilka et son mari se séparent. Risto éprouve des problèmes de santé mentale et doit être hospitalisé. Vasilka et ses quatre garçons déménagent dans le quartier Duberger, dans la Basse-Ville de Québec. À cette époque, Vasilka obtient des contrats de traduction à temps partiel. Elle traduit des textes rédigés en langues slaves vers le français pour des organismes gouvernementaux, avec l’aide de ses plus grands. Les garçons veulent retourner en Yougoslavie où la vie leur semblait meilleure. Vasilka réalise aussi que Constantin est malade : il ne parle pas et nécessite beaucoup d’attention. Lorsque son plus jeune fils a quatre ans, Vasilka retourne seule dans le pays qu’elle a quitté pour rendre visite à sa mère qui est malade. Elle réfléchit à la possibilité d’y revenir définitivement avec ses enfants. Sa famille et des médecins de Yougoslavie l’encouragent à rester au Québec. La qualité des soins dont pourra bénéficier Constantin y étant meilleure.

Histoire de Vasilka - enfants

Une femme est assise dans l’herbe. Un jeune garçon est assis à ses côtés. Deux garçons sont debout derrière. On voit les montagnes en arrière-plan
Collection de la famille Delev

Gligor, Slobodan et Alexandre fréquentent l’école à Québec. Leur réussite scolaire est une grande source de fierté pour Vasilka. Malgré l’apprentissage d’une nouvelle langue, les garçons s’illustrent et sautent même des années scolaires. Selon Gligor Delev, le programme scolaire yougoslave est alors en avance sur le programme québécois, ce qui les a avantagés à leur arrivée. Mais la situation de Constantin devient très difficile et il est finalement placé dans une institution spécialisée à Lévis, où Vasilka le visite très souvent.

Les repères

Histoire de Vasilka - anniversaire

Trois adultes et quatre enfants sont autour d’une table où se trouve un gâteau d’anniversaire et des jus.
Collection de la famille Delev
Vasilka et sa famille rencontrent peu d’immigrants de Yougoslavie pendant leurs années à Québec. Gligor Delev raconte : « À Québec, il n’y avait pas beaucoup de personnes de Yougoslavie. À l’époque, c’était la Yougoslavie. Ce n’était pas la Macédoine, la Croatie, la Serbie, la Slovénie. On était des Yougoslaves. Ma mère avait une amie de Slovénie. Il y avait deux familles de Croatie. C’était tout. On n’était pas très nombreux de l’ancienne Yougoslavie. Il y en a beaucoup plus à Toronto. C’étaient donc les seuls [qu’on connaissait]. On les voyait de temps en temps. Surtout, les deux familles croates. Quelques années après, ils ont déménagé à Montréal. »

N’étant pas très religieuse, la famille ne fréquente pas d’église orthodoxe, Vasilka encourage plutôt ses garçons à fréquenter les mêmes églises catholiques que leurs camarades de classe pour pouvoir répondre en classe aux questions sur l’homélie du curé. La famille se lie d’amitié avec deux familles de Québec, les Lyonnais et les Dionne, qui leur sont d’un grand soutien pendant leurs années à Québec. La famille Dionne a des enfants des mêmes âges avec qui les garçons jouent.

S’établir à Montréal

Histoire de Vasilka - anniversaire Vasilka

Un homme joue de l’accordéon dehors devant trois personnes attablées.
Collection de la famille Delev
En 1988, Gligor Delev déménage à Montréal, rejoint peu après par sa femme et leurs deux enfants. Il y rencontre davantage d’immigrants macédoniens, dont plusieurs sont arrivés dans les années 1990, pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Plusieurs d’entre eux se connaissaient en Yougoslavie et continuent de se côtoyer à Montréal. Mais les Macédoniens de Montréal sont très peu nombreux en comparaison avec la communauté torontoise. En effet, la forte majorité des 37 055 Macédoniens recensés au Canada en 2006 réside dans les environs de Toronto, ou ailleurs en Ontario.

Alexandre et Slobodan Delev habitent pendant un moment dans la région de Gatineau, où ils ont étudié puis travaillé. Vasilka reste à Québec jusqu’au décès de Constantin, puis elle déménage à Montréal en 1993. Elle s’installe dans l’arrondissement de Verdun et se rapproche ainsi de ses enfants qui vivent à Montréal et à Gatineau. Elle habite depuis quelques années dans une résidence pour personnes âgées d’origines slaves à Verdun.

Le film L’histoire de Vasilka a été présenté au festival du film macédonien de Toronto, au Mediterraneo Video Festival ainsi qu’au International Festival of Ethnological Film à Belgrade.

Merci à Gligor Delev pour l’entrevue réalisée en vue de l’écriture de cet article.