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Érable à sucre

Arbre remarquable

Credit : Suzanne Hardy, Enracinart, 2011.

Groupe d'onglets

Informations générales

Nom de la propriété

Cimetière Mont-Royal

Période de développement

Description de l'espèce

Très répandu, l’érable à sucre constitue la base de la forêt feuillue permanente du nord-est de l’Amérique du Nord. Ce grand arbre feuillu au coloris d’automne spectaculaire caractérise les forêts du sud du Québec, des Maritimes et du sud de l’Ontario. Affectionné pour son ombrage, il est surtout connu pour sa sève qui sert à la production de sirop d’érable, fierté des Québécois. Pouvant vivre 250 ans, l’érable à sucre peut atteindre 45 mètres de hauteur. D’abord emblème des canadiens-français, il est devenu l’arbre emblème du Canada et apparaît, de manière stylisée, sur le drapeau du Canada. L'érable à sucre préfère particulièrement un sol riche, profond et assez frais. Très rustique, il peut être planté jusqu'à 1 000 m d'altitude selon la latitude.

Énoncé d'intérêt

Valeurs dendrologiques

Cet érable à sucre (Acer saccharum) est situé près du premier crématorium au Canada construit en 1901 dans l’extrémité nord-est du cimetière. Il aurait plus de 160 ans.  On ne peut être qu’impressionné par la taille et la beauté de cet érable. Son diamètre atteint 124 cm, alors que le diamètre maximal généralement observé pour l’espèce au Canada est de 90 cm. L’envergure de sa cime qui occupe plus de 26 m de diamètre est aussi phénoménale et contribue fortement à créer une ambiance ombragée cohérente avec ce lieu commémoratif. La présence et l’ampleur de cet arbre génèrent un véritable microclimat dans cet îlot ancien aménagé au début du siècle dernier.

Valeurs culturelles

Cet arbre semble être originaire du peuplement forestier antérieur à l’aménagement du cimetière, une érablière à caryer cordiforme. Il s’agit d’un vestige de l’écosystème présent avant l’aménagement du cimetière. Il se situe au cœur d’une aire boisée dans la section juive du cimetière. Son environnement immédiat est dégagé et composé d’un alignement de monuments funéraires. Ce contraste contribue à l’originalité du paysage dans lequel se trouve cet érable.

Critères de remarquabilité

Volet dendrologique

  • Âge : un arbre vétéran dont l’âge est relativement avancé par rapport aux autres spécimens de même espèce présents dans la région de Montréal.
  • Dimension : un arbre dont la hauteur ou le diamètre fait de lui un individu volumineux et imposant, par rapport aux autres arbres de son espèce.
  • Forme : un arbre peut être remarquablement beau s’il présente une structure parfaite, c’est-à-dire exempte de malformations , en bonne santé et sans trop de branches
  • Rareté : un arbre indigène, naturalisé ou introduit dont l’espèce est inhabituelle sur l’Île de Montréal et dont la dimension et/ou l’état de santé est appréciable.

Volet culturel

  • Artistique : Contribution remarquable à un effet visuel ou une ambiance recherchée par un concepteur.
  • Historique : arbre témoin de l’évolution de la société montréalaise et de ses institutions, des pratiques culturelles et horticoles anciennes, d’un événement historique, etc. Arbre témoin d’un structure territoriale ancienne devenue rare ou même disparue.
  • Paysagère : Arbre contribuant fortement à une composition paysagère significative. Repère visuel marquant dans le paysage urbain.
  • Symbolique et/ou commémorative : Symbole d’un événement significatif, parfois accompagné d’une plaque commémorative. L’endroit de la plantation peut contribuer au caractère symbolique.

Documentations

Références bibliographiques

LES AMIS DU CIMETIÈRE MONT-ROYAL. The Trees of Mont-Royal Cemetery « A Public Treasure ».

COMMISSION DES BIENS CULTURELS DU QUÉBEC. Étude de caractérisation de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal. Décembre 2005.

FARRAR, John Laird. Les arbres du Canada. Service canadien des forêts, Ressources naturelles Canada, 1996, 502 pages.

FRÈRE MARIE-VICTORIN. Flore laurentienne. Les Presses de l’Université de Montréal, 3e édition, 1995, 1083 pages.

Localisation

Arrondissement/ville

Ensemble de bâtiments

Paysage

Paysage du Cimetière Mont-Royal

La place du secteur dans le paysage

Un cimetière protestant au cœur du mont Royal

Le cimetière Mont-Royal se situe dans l’unité topographique de l’entre-monts dont les vastes espaces occupent tout le bassin central de la montagne, délimité par la ligne de crête reliant les trois sommets. L’entre-monts est une vaste zone arborée où se trouvent les cimetières Notre-Dame-des-Neiges et Mont-Royal, ainsi que le parc du Mont-Royal. L’accès au cimetière Mont-Royal s’effectue selon une approche pittoresque à partir du chemin de la Forêt au nord-est (dans la continuité du boulevard Mont-Royal) ou de la voie Camillien-Houde au sud-ouest. Les cimetières de la montagne se partagent les hauteurs de la colline d’Outremont, mais seulement un accès piétonnier permet de passer d’un cimetière à l’autre.

La topographie du terrain est un facteur majeur dans l’organisation spatiale du cimetière Mont-Royal. Le site est entièrement vallonné avec des contours assez escarpés, formant une dépression en cuvette. La voie Camillien-Houde, le mont Murray (autre nom donné au sommet Outremont) et la frontière longeant le cimetière Notre-Dame-des-Neiges sont des parties surélevées, alors que le cœur du cimetière est en pente douce en direction de l’accueil. Le chemin principal, au caractère romantique, suit la topographie du site et permet de découvrir les lieux de manière progressive. Cette configuration géographique confère un caractère intimiste au cimetière. Un important ruisseau traversait à l’époque le cimetière et les eaux de ruissellement parcouraient le site. Actuellement, la source du ruisseau Outremont se situe à proximité du complexe funéraire.

Situé au cœur du fond de la vallée de la montagne, le cimetière Mont-Royal a été fondé en 1852 par la communauté protestante de Montréal. Son aménagement paysager et la plantation d’espèces très variées répondent au concept de cimetière-jardin. Il est l’un des premiers cimetières ruraux d’Amérique du Nord et est reconnu aujourd’hui pour son caractère pittoresque exceptionnel. Les cimetières Mont-Royal et Notre-Dame-des-Neiges proposent, du point de vue paysager, deux visions distinctes face à la mort. Le premier relève du cimetière-jardin où le cadre naturaliste prédominant représente une allégorie du paradis terrestre et une vision romantique de la mort. Le second, un lieu urbain naturalisé où prédominent les monuments et les symboles religieux, traduit une conception de la mort associée au jugement suprême et une conviction de rédemption après la mort.

Un cimetière-jardin

Le Rural Cemetery Movement, qui naît au début du 19e siècle, est d’abord philosophique. Il enseigne que la mort n’est pas seulement synonyme de destruction, mais plutôt de participation au cycle biologique du retour à la terre. Ce mouvement vise à aménager des lieux de repos pour les morts et de recueillement pour les vivants, en créant un espace social en harmonie avec la nature environnante. Le cimetière porte aussi des vertus patriotiques et civiques, car il doit donner le sens de la continuité historique et des racines sociales. Le précurseur de cette approche est le Mount Auburn Cemetery de Cambridge (Massachusetts) aménagé en 1831. Le cimetière rural se distingue d’abord par sa topographie irrégulière et ses chemins sinueux. Ensuite, le paysage est fragmenté dans le but de multiplier les points de vue qui se succèdent à la manière d’un tableau.

Le cimetière-jardin du Mont-Royal est conçu en 1852 par l’ingénieur et architecte paysagiste américain James C. Sidney et son associé P. W. Neff. Planifié comme « cimetière et jardin publics », il est marqué par sa composition organique et verdoyante au sein d’un paysage naturel. Le tracé d’implantation des sépultures dans les îlots varie selon l’aménagement paysager et les monuments artistiques. Les sépultures sont au cœur d’îlots arrondis traversés par des allées sinueuses et au cœur de vallons irréguliers. Le cimetière est aujourd’hui un véritable arboretum grâce à ses nombreuses essences d’arbres diverses, ses stèles funéraires fleuries et ses mausolées intégrés à la topographie du mont Royal.

Trois grands types de regroupement de la végétation sont visibles dans le cimetière. Les espaces les plus densément boisés sont les pourtours du cimetière et le mont Murray. Puis, des arbres isolés parsèment les îlots de recueillement. Enfin, de petits massifs arbustifs ainsi que des plantations horticoles encadrent les monuments et édifices. Le mont Murray, situé sur les contreforts du sommet Outremont, est composé de deux terrasses séparées par une pente abrupte et boisée, et offre une vue panoramique sur le cimetière. La terrasse sud-ouest longeant la frontière avec le cimetière Notre-Dame est surélevée et accueille des tombes en rangées. La terrasse est, le long de la voie Camillien-Houde, est marquée par des îlots longitudinaux et offre des vues sur l’intérieur du cimetière.

Une expérience paysagère romantique

Accueillant près de 200 000 pierres tombales au style très varié et situé au cœur d’un cadre paysager pittoresque, le cimetière a été désigné comme Lieu historique national du Canada. Les sentiers sinueux, l’abondance de végétation, la quiétude générale qui y règne et l’équilibre entre les monuments et le cadre naturel participent à la création d’un cadre paysager d’exception, traduisant la volonté des concepteurs d’aménager un cimetière-jardin.

C’est dans ces paysages pastoraux que se trouvent de nombreux arbres remarquables. Ils y sont dispersés et visibles sur de longues distances. C’est d’abord par l’emprunt de chemin et de sentier sur ce territoire en déclivité que l’on peut contempler la richesse arboricole indigène et exotique de ce cimetière-jardin. On peut observer ces arbres majestueux au fil d’une succession paysagère variée : portail d’entrée finement aménagé et ornementé, forêt pentue aux parois rocheuses, plan-pelouse à l’américaine, jardins à l’anglaise, etc. Outre la richesse arboricole, la qualité du paysage inerte du cimetière Mont-Royal mérite d’être soulignée. Elle se manifeste par une architecture funéraire considérable ainsi qu’une grande variété de monuments (cippes, stèles, obélisques, plaques, mausolées, etc.) qui contribuent à l’élaboration d’un récit historique et social. On peut y lire la généalogie des familles et parfois comprendre le contexte de l’implantation des arbres remarquables à proximité.

Des arbres remarquables au cœur du cimetière

Parmi les 10 000 arbres inventoriés, 20 ont été qualifiés d’arbres remarquables issus de trois origines différentes. Six d’entre eux sont très anciens et proviennent du peuplement forestier initial du site, une érablière à caryer cordiforme : un caryer cordiforme (Carya cordiformis), un frêne blanc (Fraxinus americana), trois érables à sucre (Acer saccharum) et un chêne rouge (Quercus rubra). Présents avant la création du cimetière en 1852, ils auraient fait partie du boisé Outremont. Le septième, un chicot févier (Gymnocladus dioicus), serait le témoin le plus inattendu d’anciens campements autochtones sur le mont Royal. Quatre autres arbres remarquables ont été plantés dans la volonté de commémorer des défunts. Deux métaséquoias de Chine (Metasequoia glyptostroboides) datant de 1949 sont les premiers plantés au Canada. Les deux autres arbres, un érable à sucre (Acer saccharum) et un frêne blanc (Fraxinus americana), sont situés à proximité des tombes et leurs dates de plantation correspondent aux dates d’inhumation. Enfin, les neuf derniers arbres remarquables sélectionnés s’inscrivent dans le projet de cimetière-jardin souhaité par les administrateurs : un érable de Norvège (Acer platanoides), un bouleau à papier (Betula papyrifera), deux érables à sucre (Acer saccharum), un if japonais (Taxus cuspidata), un cerisier tardif (Prunus serotina), un micocoulier occidental (Celtis occidentalis), un hêtre européen (Fagus sylvatica « Pendula ») et enfin un ginkgo bilobé (Ginkgo biloba). Ils témoignent des volontés des premiers aménagements paysagers du site.

Credit : Cha, J. 2014

Histoire de l'aménagement du secteur

Du centre-ville à la montagne : un cimetière reflet de la société victorienne

L’expansion constante de la ville et les préoccupations sanitaires d’une époque marquée par des épidémies ont soulevé au milieu des années 1840 la question des cimetières à Montréal. Une première proposition amenée par les syndics du Protestant Burial Ground en 1846 envisageait un cimetière universel sur la montagne, partagé entre catholiques, protestants et juifs. En l’absence d’un consensus sur la gouvernance, deux cimetières ont finalement été créés. Le premier, en 1852, est le cimetière Mont-Royal (protestant avec des sections juives) dans la côte Sainte-Catherine, sur le flanc nord de la montagne près du sommet Outremont. En 1854, le cimetière de Notre-Dame-des-Neiges (catholique) le rejoint dans la côte des Neiges, du côté ouest de la colline d’Outremont.

Le cimetière protestant a toujours été géré par un conseil d’administration regroupant des représentants des principales confessions protestantes. Le souci hygiéniste, l’éloignement de la ville et la beauté naturelle orientent le choix du lieu d’implantation. Son aménagement initial reflète les attributs victoriens par l’intérêt décoratif, l’excentricité horticole et le goût de l’exotique. Dans sa structure, il est le prolongement des quartiers de l’élite anglophone de Montréal.

Montréal au fait des meilleures pratiques paysagères nord-américaines

Le terrain du cimetière protestant est acheté au docteur Michael McCulloch, un professeur de médecine à l’Université McGill. Le nouveau cimetière doit alors suivre les meilleures pratiques américaines et anglaises. Pour cette raison, sa conception est confiée à James C. Sidney, qui avait été recommandé par le célèbre cimetière-jardin Laurel Hill de Philadelphie. Celui-ci ainsi que le cimetière Mount Auburn à Cambridge sont les modèles que les fondateurs du cimetière Mont-Royal ont l’ambition d’émuler. Ils s’inscrivent dans cette tendance prônant la création de cimetières éloignés de la ville selon des principes d’aménagement paysager romantiques.

Le cimetière Mont-Royal est plus qu’un lieu utilitaire; il en est maintenant un de contemplation et de réconfort, l’un des premiers sites de promenade de la métropole. Il est aussi un lieu prestigieux et respectable, un endroit où les dames victoriennes apprécient se retrouver. L’ambition est d’en faire l’un des plus beaux cimetières d’Amérique, d’exalter la grande beauté naturelle de la montagne et d’en tirer profit.

Le poste de surintendant est, depuis l’ouverture du cimetière, confié à une dynastie familiale : d’abord la famille Sprigings, ensuite les Roy. Ormiston Roy, surintendant à partir de 1898 et employé du cimetière jusqu’à son décès en 1958, a le plus marqué ce paysage. Celui qui entretenait des relations directes avec Ossian Cole Simonds, le célèbre architecte paysagiste du Graceland Cemetery de Chicago, était qualifié de « naturaliste et de gardien de la beauté ». Roy se distance des préceptes victoriens en privilégiant le plan-pelouse, soit les vastes étendues gazonnées libres de maçonnerie. Durant son demi-siècle de service, il s’attellera à réduire l’impact des extravagances décoratives, des monuments (stèles, urnes, clôtures, etc.) et des compositions horticoles pour libérer l’espace, les vues et les arbres, et ainsi créer un caractère harmonieux. Cette approche et sa collaboration avec Henry Teuscher, architecte paysagiste et concepteur du Jardin botanique de Montréal, lui permettent de faire du cimetière un véritable arboretum. La plupart des arbres remarquables, dont plusieurs essences d’arbres rares et exotiques, ont été plantés pendant ses années de service.

Les plus anciens, des arbres indigènes, pourraient bien faire partie du boisé d’origine de la montagne, surtout ceux qui précèdent la création du cimetière. Quelques autres font partie des aménagements paysagers réalisés par le cimetière à la fin du 19e siècle. Au début du 20e siècle sont aménagés un observatoire sur le mont Murray, le crématorium et les premières sépultures militaires. En 1979 a lieu la célèbre coupe à blanc qui dénude le mont Murray, entraînant une forte réaction chez les Montréalais qui se regroupent sous le nom Les amis de la montagne. Cet organisme contribuera activement à la protection du site patrimonial du Mont-Royal.

Espèce (latin)

Acer saccharum

Nom anglais

Sugar Maple

Diamètre à hauteur poitrine (DHP) (cm)

124

Diamètre à la souche (cm)

153

Unité topographique

  • Le flanc nord, quartiers Outremont et Côte-des-Neiges