Un site du Centre d'histoire de Montréal

L’inauguration du Festival mondial à la Place des Arts

13 août 2018
Denise MelilloDenise Melillo
Autres collaborateurs

Grand dossier

Temps de lecture

La critique qualifie de triomphe le gala d’inauguration du Festival mondial d’Expo 67 à la Place des Arts de Montréal le 29 avril 1967. En effet, la soirée a été grandiose et riche en émotion.

Expo 67 : Place aux arts!

Entrée de l’exposition Expo 67 : Place aux arts! mettant en espace des archives journalistiques, photographiques, audiovisuelles et sonores sur le Festival mondial des arts
Photo : Caroline Martel
La Place des Arts a présenté l’exposition Expo 67 : Place aux arts! du 15 septembre au 22 octobre 2017 dans la salle d’exposition de l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme. Cette exposition a rappelé au grand public et à ceux qui ont pris part au Festival mondial l’effervescence exceptionnelle de l’époque par la présentation d’archives journalistiques, photographiques, audiovisuelles et sonores. Ce texte est tiré de l’exposition, avec l’aimable autorisation de la Place des Arts.

En début de programme, l’homme de théâtre français Jean-Louis Barrault et l’acteur et réalisateur britannique sir Laurence Olivier récitent un poème de Son Excellence Pierre Dupuy, commissaire général de l’Exposition universelle de Montréal.

Festival mondial - Inauguration

Sortie de scène sous les ovations d'André Prévost et Michèle Lalonde
Archives de la Ville de Montréal. VM94-X003-051.
Moment très attendu pour les 3000 personnes présentes dans la salle, celui de la présentation de Terre des Hommes, une œuvre pour grand orchestre, chœurs, deux récitants, du compositeur québécois André Prévost, sur un poème de l’écrivaine québécoise Michèle Lalonde. Première pièce musicale au programme, l’œuvre est interprétée par l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction du chef d’orchestre québécois Pierre Hétu avec la participation des chœurs du Festival mondial dirigés par Marcel Laurencelle. Les récitants sont les comédiens bien connus Albert Millaire et Michelle Rossignol.

La seconde partie du concert fait entendre l’Ode à la joie de la Neuvième symphonie de Beethoven, interprétée par quatre des plus grandes voix canadiennes, la soprano Pierrette Alarie, la contralto Maureen Forrester, le ténor Léopold Simoneau et la basse Joseph Rouleau, avec le concours de l’Orchestre symphonique de Montréal sous la baguette du maestro Wilfrid Pelletier et par le chœur de l’université de Rutgers, de l’État du New Jersey aux États-Unis, sous la direction de F. Austin Walter.

La mise en scène de cette soirée mémorable est signée Michael Tabbitt.

Terre des Hommes : la critique est élogieuse

Festival mondial - Inauguration

Pierre Dupuy, Pierre Hétu, André Prévost et Michèle Lalonde
Archives de la Ville de Montréal. VM94-X003-056.
La critique est unanime : Terre des Hommes, texte de Michèle Lalonde et musique d’André Prévost, s’impose par son audace et conquiert le public dès les premières mesures. L’œuvre est écrite en trois parties de 45 minutes qui s’enchaînent sans pause : Aliénation, Identification, Humanisation. L’exécution requiert les services de 110 musiciens, 3 chœurs regroupant 150 chanteurs, 2 récitants qui déclament un texte de plus de 400 vers. Autant de monde sur une même scène est rarement vu, soulignent les critiques.

« C’est l’œuvre d’un poète inspiré et d’un habile constructeur de la matière sonore », écrit Jacques Thériault dans Le Devoir au lendemain du gala. Il ajoute : « Sous la direction attentive de Pierre Hétu, l’Orchestre symphonique de Montréal joue avec une clarté, une transparence et une puissance expressive; de leur côté, les chœurs du Festival mondial dirigés par Marcel Laurencelle et les récitants s’imposent sans heurts […] puis la noblesse avec laquelle les récitants, Michelle Rossignol et Albert Millaire, échangent les vers. Ils ont donné à chaque phrase son sens profond, un sens où l’intelligence va de pair avec l’émotion, laquelle était fort communicative. »

Une œuvre fortement inspirée

Recueil Terre des Hommes

Recueil du poème pour deux récitants Terre des Hommes de Michèle Lalonde
Collection personnelle Roger La Roche
Avec Terre des Hommes, deux artistes, alors dans la jeune trentaine, créent une œuvre magistrale, très contemporaine et fortement inspirée. La réalisation de cette œuvre fut faite selon les termes d’une collaboration à parts égales entre le compositeur André Prévost et l’écrivaine Michèle Lalonde. L’un apportant constamment à l’autre, la musique étant faite en fonction du texte, les paroles en fonction des notes. Dans La Presse du 29 avril 1967, Claude Gingras relate : « Terre des Hommes n’est pas de la musique sur un texte, confie l’auteure du poème, mais un contrepoint constant entre la musique et les textes. »

Le compositeur André Prévost écrit au sujet de son œuvre Terre des Hommes : « Terre des Hommes signifie à mon sens Terre de l’Homme, l’homme canadien-français et anglais, autant que l’homme de tout pays et de toute race. Ces trois mots impliquent l’universalité et je sens le besoin impérieux de traduire celle-ci dans une œuvre peut-être ambitieuse mais certainement logique et justifiable, surtout lorsque l’on réalise que jamais peut-être les hommes n’ont tant désiré se rapprocher et s’unir, et ce malgré leur mésentente et leur haine; peut-être justement sont-ce là les principaux mobiles et la raison profonde de leur nostalgie d’un paradis perdu et de leur amour déçu par tant de déchirements et d’humiliations. »

Pour sa part, l’écrivaine Michèle Lalonde présente ainsi son poème : « C’est en référence aux grandes préoccupations qui hantent la conscience contemporaine que j’ai été tentée d’interpréter le thème Terre des Hommes, en m’efforçant de traduire en images contrastantes, tout au long du récitatif qui devait s’intégrer à la partition musicale d’André Prévost, cette idée fondamentale d’une sorte d’opposition dialectique des forces de vie et de mort qui, décuplées par la prodigieuse machinerie du siècle, se disputent l’avenir de l’homme. »

André Prévost

André Prévost est né en 1934 à Hawkesbury, en Ontario. Établi très jeune au Québec, il fait ses études primaires à Saint-Jérôme et ses études classiques au séminaire de Sainte-Thérèse et au Collège de Saint-Laurent.

En 1951, il entre au Conservatoire de musique de Montréal où il travaille l’harmonie et le contrepoint avec Isabelle Delorme et Jean Papineau-Couture ainsi que la composition avec Clermont Pépin. Grâce à une bourse, il s’inscrit au Conservatoire de Paris dans la classe d’analyse d’Olivier Messiaen. Il étudie aussi la musique électronique à l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) avec Michel Phillipot.

André Prévost enseigne, de 1964 à 1996, au Séminaire de Joliette, au Collège des Eudistes de Rosemont et à l’Université de Montréal.

À la fin des années 1980, Prévost a composé plus de 50 œuvres dont la majorité provient de commandes de divers orchestres et organismes. L’une d’elles est la Cantate pour cordes écrite à la demande de Yehudi Menuhin. Ses œuvres sont exécutées notamment en France, en Angleterre, en Suisse, en Yougoslavie, en Nouvelle-Zélande, en Corée ainsi qu’aux États-Unis. Radio-Canada International lui consacre un volume de sa collection Anthologie de la musique canadienne, paru en 1987.

Il a reçu de nombreux prix et distinctions et a été investi officier de l’Ordre du Canada.

André Prévost est décédé en 2001 à Montréal, au Québec.

Michèle Lalonde

Michèle Lalonde est une écrivaine, poète, dramaturge et essayiste née à Montréal en 1937. Titulaire d’une licence en philosophie de l’Université de Montréal, elle est surtout connue pour sa poésie engagée et ses positions politiques sur le Québec et la question de la langue.

Son œuvre compte deux pièces de théâtre Ankrania ou Celui qui crie (1957) et Dernier recours de Baptiste à Catherine (1977) ainsi que plusieurs recueils de poésie : Songe de la fiancée détruite (1958), Geôles (1959), Terre des Hommes (1967), Portée disparue (1979), L’Île (1983) et Terra nostra desolata (1995). Mais c’est le poème Speak White, récité en 1970 dans le cadre de spectacles de chansons et de poèmes donnés au profit des prisonniers politiques québécois, et publié en 1974, qui est son texte le plus célèbre.

Elle collabore activement à la revue Liberté et à quelques autres publications littéraires québécoises. Elle fait également partie de l’équipe de rédaction de Maintenant.

Michèle Lalonde reçoit, en 1979, le prix Ludger-Duvernay, de la Société Saint-Jean-Baptiste, pour l’ensemble de son œuvre. En 1984, elle est nommée présidente de la Fédération internationale des écrivains de langue française.

Référence bibliographique

DUVAL, Laurent. L’étonnant dossier de la Place des Arts 1956-1967, Montréal, Louise Courteau éditrice, 1988, 427 p.