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Obélisques et pyramides dans l’architecture montréalaise

13 janvier 2020
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Artistes et architectes montréalais se sont inspirés de l’Égypte ancienne pour créer des monuments funéraires ou commémoratifs comme des pavillons éphémères ou un gratte-ciel pérenne.

Obélisque - cimetière

Vue du cimetière protestant du Mont-Royal vers 1905 présentant l’obélisque de la famille Howard. Le monolithe, qui sert ici de monument collectif pour la famille Howard, trône au centre de la concession; les pierres tombales entourent son piédestal quadra
Musée McCord. VIEW-8763.
L’Égypte ancienne a longtemps influencé les civilisations postérieures, depuis les Grecs et les Romains jusqu’à nos sociétés contemporaines. À Montréal, cette influence égyptomanique s’exprime sous plusieurs formes architecturales et artistiques, comme les obélisques et les pyramides, relativement inusitées dans le paysage urbain insulaire.

Parmi les différents monuments inspirés par l’Égypte ancienne, l’obélisque est le plus répandu à Montréal. Entre le milieu du XIXe et le début du XXe siècle, de nombreux Montréalais provenant des strates socio-économiques supérieures se font inhumer sous des obélisques de marbre. Cet élément est particulièrement populaire parmi les élites anglo-protestantes en Europe comme en Amérique du Nord. Les monuments funéraires de John Redpath (1796-1869) ou de Hugh Allan (1810-1882) dans le cimetière protestant du Mont-Royal en témoignent. L’obélisque réussit à transcender les clivages religieux, se retrouvant également dans les sanctuaires montréalais juifs et catholiques.

Spirituellement, les lignes épurées de l’obélisque guident l’âme du défunt vers les cieux, le rapprochant, selon la conception judéo-chrétienne du paradis et de l’immortalité. L’imposant monolithe de marbre, dont la couleur varie du blanc au noir, est un monument ostentatoire et onéreux. Visible de loin et surplombant ses voisins, il renforce symboliquement pour l’éternité le statut social du défunt. La comparaison des différents obélisques funéraires montréalais démontre qu’une certaine rivalité existait entre les artistes-sculpteurs pour fournir le plus beau monument aux élites insulaires. Généralement monument funéraire individuel, l’obélisque peut également servir collectivement comme cénotaphe dans une concession familiale.

Un obélisque pour les premiers colons français

Place d’Youville vers 1930

Photographie d’une peinture montrant l’obélisque commémorant la fondation de Montréal par Chomedey de Maisonneuve sur la place D’Youville vers 1930.
Archives de la ville de Montréal. CA M001 VM094-Y-1-17-D1650.
Dans la sphère publique, l’obélisque est un support important pour la mémoire collective, dont un bon exemple trône sur la place D’Youville. À quelques pas de l’actuel musée Pointe-à-Callière, le « Monument des pionniers de Montréal » est inauguré le 17 mai 1894 pour le 250e anniversaire (1642-1892) de la fondation de Ville-Marie. Érigé en 1893 pour le compte de la Société historique de Montréal, cet obélisque de granit gris de Stanstead (en Estrie), culminant à neuf mètres de haut, commémore les premiers colons français installés définitivement sur l’île. Les noms des pionniers, comme Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, et Jeanne Mance, sont gravés sur des plaques de bronze apposées sur un piédestal de trois mètres de haut. Symboliquement, l’impressionnant monolithe de la place d’Youville s’inscrit, comme ceux qu’il commémore, autant dans l’espace urbain montréalais que dans l’intemporalité de la mémoire collective insulaire.

La pyramide s’affirme comme la deuxième forme égyptienne la plus rencontrée à Montréal. Les plus anciennes pyramides sont probablement érigées dans le cadre de l’Exposition universelle de 1967. Parmi les 90 pavillons construits pour l’Expo 67 par les plus grands architectes du moment, trois figurent des pyramides.

Katimavik - Lucie Laporte

Photo couleur montrant le pavillon du Canada en arrière-plan. En avant-plan, un jeune couple est assis dans l'herbe.
Collection personnelle de Lucie Laporte
Haute de 30,48 m (100 pieds), la pyramide inversée nommée « Katimavik » (« lieu de rencontre » en inuktitut) formait la plus imposante structure didactique de l’Expo 67 et l’élément majeur du pavillon du Canada. Véritable vitrine nationale, la pyramide est construite pour commémorer le centenaire de la Confédération (1867), en présentant la modernité du pays et son ouverture au monde. Munie d’un chemin de ronde de 234 mètres surplombant les autres pavillons voisins, la pyramide inversée domine également l’ensemble complexe du pavillon du Canada d’où émergent plusieurs structures quadrangulaires et pyramidales plus petites. Si la pyramide a disparu depuis plusieurs décennies, le centre d’art du pavillon existe toujours, abritant la Société du parc Jean-Drapeau et une salle de réception nommée « La Toundra ». Cette salle conserve une partie des décorations et des bas-reliefs originaux représentant les Inuits.

Symbolisant une forêt verdoyante, le pavillon des pâtes et papiers du Canada se composait de nombreuses structures pyramidales. Fortement aiguës, ces structures représentant originellement des conifères peuvent également rappeler les tombeaux pyramidaux nubiens de Nouri et de Méroé, au Soudan, construits entre le VIIe siècle avant Jésus-Christ et le IVe siècle de notre ère.

Voyage spatial dans une pyramide blanche

Gyrotron

Vue extérieure du lac des Dauphins et de l’attraction nommée Gyrotron de l’Expo 67, avec sa pyramide blanche et le volcan à droite de la photographie. Le Minirail rejoignant les deux structures est également visible.
Archives de la Ville de Montréal. VM94-EXd281-074.
Le parc d’attractions de La Ronde a été inauguré comme la composante récréative de l’Expo 67. Parmi les attractions présentées figure le Gyrotron, un incroyable manège composé d’une grosse pyramide blanche de 66 mètres de hauteur (217 pieds), enchâssée dans une structure métallique légère, et d’un volcan, relié par un rail. À replacer dans son contexte historique entre le premier vol spatial habité de Youri Gagarine en avril 1961 et le premier alunissage d’Apollo 11 en juillet 1969, le parcours scénique du Gyrotron proposait à l’été 1967 une expérience simulant un voyage spatial de six minutes. L’attraction marquera durablement les visiteurs, petits et grands, comme certains s’en souviennent encore.

Un édifice unique à Montréal combine ces deux formes architecturales typiquement égyptiennes. Inaugurée en 1992, la Tour McGill (1501, rue McGill College), haute de 158 mètres, est un imposant obélisque de verre surplombé par une pyramide ajourée à quatre étages, qui rappelle la pyramide à degrés du complexe funéraire du pharaon Djéser à Saqqarah. Le pyramidion qui couronne la tour montréalaise est, comme un phare d’Alexandrie moderne, muni d’un système d’éclairage visible dans toute la partie sud de la métropole québécoise. Selon les saisons et la réussite de l’équipe de hockey des Canadiens, les couleurs des lumières varient, entourant d’une aura romantique les cieux de Montréal.

À Montréal, l’Égypte ancienne a ainsi inspiré les artistes comme les architectes, influençant autant la construction monumentale funéraire que la sphère publique, commémorative, récréative et privée. Si les formes restent typiques des périodes pharaoniques, elles servent aujourd’hui des pratiques bien plus contemporaines.