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Les cuisines collectives : l’autonomie alimentaire dans la dignité et le plaisir

26 février 2018
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Se regrouper pour faire à manger offre de nombreux avantages. Les cuisines collectives permettent à leurs membres de cuisiner ensemble dans le plaisir, tout en faisant des économies.

Jacynthe Ouellette

Jacynthe Ouellette reçoit le prix Thérèse-Daviau dans le hall d’honneur de l’hôtel de ville
Photo de Denis Labine. Ville de Montréal.
Jacynthe Ouellette. Ce nom ne vous dit probablement rien; pourtant, cette mère de famille est à l’origine d’un mouvement qui a amélioré les conditions de vie de milliers de personnes au Québec. Dans les années 1980, la pauvreté est monnaie courante dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Les revenus sont si maigres qu’il n’est pas rare que plus de la moitié du budget familial passe dans le logement. Les mères, souvent isolées, se débrouillent comme elles peuvent pour nourrir leur famille.

En 1986, trois intervenantes du Carrefour familial du quartier font du porte-à-porte pour cerner les besoins des femmes et tenter de créer des réseaux de soutien. C’est ainsi qu’elles rencontrent Jacynthe Ouellette. D’abord réticente à parler de sa situation difficile, elle finit par expliquer comment elle a eu l’idée de s’organiser avec sa sœur pour acheter des aliments et cuisiner des plats pour leurs familles chaque mois. Une voisine se joint parfois à elles.

Les intervenantes, certaines que cette bonne idée mérite d’être mise à profit, réussissent à convaincre Jacynthe Ouellette de parler aux femmes du Carrefour familial et du centre La Marie Debout. C’est à partir de cette rencontre que la première cuisine collective voit le jour. Elle est rapidement suivie de plusieurs autres.

Un mouvement qui fait vite son chemin

Regroupement des cuisines collectives du Québec

Deux femmes tiennent une bannière du Regroupement des cuisines collectives du Québec lors d'un événement
Facebook Regroupement des cuisines collectives du Québec
Après Hochelaga-Maisonneuve, d’autres quartiers emboîtent le pas. Un article de la critique gastronomique Françoise Kayler, paru dans La Presse en 1989, fait découvrir au grand public cette pratique alternative qui permet de « faire échec à la faim dans la dignité ». Les demandes de participation affluent, les cuisines collectives se multiplient. Afin de préserver leur philosophie de base et de répondre aux besoins croissants en formation et en développement, la centaine de groupes existants en 1990 forme le Regroupement des cuisines collectives du Québec (RCCQ). L’objectif du mouvement est clair : viser l’autonomie alimentaire tout en représentant une solution de rechange aux méthodes caritatives. En 2000, l’organisme adopte une base d’unité politique qui met de l’avant les valeurs suivantes : solidarité, démocratie, équité et justice sociale, autonomie, prise en charge, respect de la personne et dignité.

En 2015, 25 ans après sa création, le regroupement compte près de 1400 cuisines collectives et plus de 9800 participants, qui préparent plus de 1 million de portions cuisinées par année.

Regroupement des cuisines collectives du Québec

Six hommes et femmes préparent des pâtés à la viande dans une cuisine
Facebook Regroupement des cuisines collectives du Québec
Si, au départ, les cuisines collectives étaient essentiellement une affaire de femmes mères de famille, elles ouvrent maintenant leurs portes à des groupes d’hommes seuls, d’adolescents ou de personnes âgées. Plusieurs sont intergénérationnelles et interculturelles. Les nouveaux arrivants n’y sont pas rares. Certaines se consacrent à la nourriture pour bébés, d’autres aux plats santé ou végétariens. Une telle diversité devient possible grâce à la prise en charge des cuisines par des groupes d’individus dont les réalités et les besoins varient, mais les principes de base restent les mêmes.

L’impact des cuisines collectives sur les participants est tangible et prend de multiples formes. En plus de permettre des économies substantielles, ces rencontres brisent l’isolement, développent une autonomie en cuisine, favorisent l’intégration des individus de toutes origines et permettent les échanges de trucs et astuces, sans compter les nombreuses amitiés qui s’y développent. Oui, c’était une bonne idée de se regrouper pour cuisiner : une idée qui aide à changer le monde!

Une cuisine collective, comment ça fonctionne?

Une cuisine collective est formée par un petit groupe de personnes qui se rencontrent régulièrement pour préparer des plats à emporter nourrissants, économiques et savoureux. L’activité se déroule en quatre étapes:

  • la planification, qui sert à choisir les recettes, à calculer le nombre de portions et à faire le budget;
  • les achats, qui tiennent compte des rabais offerts en épicerie et des produits de saison;
  • la préparation des plats, qui se passe toujours en groupe; 
  • l’évaluation, qui permet de commenter les recettes, d’ajuster le déroulement des rencontres et d’améliorer l’esprit d’équipe.

Le Regroupement des cuisines collectives du Québec offre de nombreuses ressources pour faciliter le démarrage et la gestion d’une cuisine collective.