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Mouvements de femmes et organismes communautaires à Montréal

14 juin 2021

Depuis le début du XXe siècle, de multiples associations puis organismes communautaires ont joué un rôle crucial pour accompagner les femmes montréalaises dans différents aspects de leur vie.

CFIQ 7

Plus de vingt femmes assises dans une salle de classe.
Collectif des femmes immigrantes du Québec
Au tournant du XXe siècle, plusieurs associations portent des revendications pour améliorer la situation des femmes. En 1893, le Montreal Local Council of Women voit le jour. Constituée de femmes anglophones et francophones, l’association allie action sociale et revendications. En 1907, Marie Gérin-Lajoie et Caroline Béique fondent la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, qui reprend l’idéologie de la femme au foyer, mais milite pour une meilleure éducation des femmes.

Les milieux francophones, plus influencés par l’idéologie cléricale nationaliste, sont alors moins revendicateurs. À partir de 1913, les revendications pour le droit de vote sont portées par différents groupes dont la Montreal Suffrage Association, puis par le Comité provincial pour le suffrage féminin (1921). Les femmes obtiennent le droit de vote en 1918 pour les élections fédérales et en 1940 au niveau provincial. Pendant les guerres, elles entrent de plus en plus nombreuses sur le marché du travail. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, toutefois, alors que l’Église et les élites intellectuelles et bourgeoises voudraient voir les femmes retourner à leur rôle de mères de famille, celles-ci ne veulent pas perdre les droits acquis au courant des dernières années.

Dans les années 1960, des groupes de femmes montréalaises font entendre leurs demandes pour un meilleur respect de leurs droits. Moins influencés par des considérations religieuses, ces groupes visent à permettre aux femmes une plus grande autonomie. Des groupes de régulation des naissances voient le jour dans la ville pendant cette période, permettant aux femmes de mieux s’informer sur la contraception et de mieux planifier leurs grossesses. En 1966, la Fédération des femmes du Québec est fondée pour coordonner les activités de différents groupes de femmes dans le domaine de l’action sociale. Les actions de la Fédération se concentrent dans les champs de l’éducation et de la pression.

Les revendications des années 1970

Mouvements de femmes 1

Des dizaines de personnes marchent dans la rue. Des manifestants tiennent une affiche pour le regroupement des garderies sans but lucratif.
BAnQ Vieux-Montréal. E6,S7,SS1,D790277-790278.
Au tournant des années 1970, le mouvement des femmes à Montréal devient résolument militant et féministe. Il est fortement marqué par l’émergence de collectifs inspirés des discours anticolonialistes et marxistes. Le Montreal Women’s Liberation Movement, fondé en 1969 par des étudiantes de l’Université McGill, propose entre autres du soutien aux femmes qui désirent obtenir un avortement. En décembre 1969, le Front de libération des Femmes (FLF) est créé. Il regroupe des femmes qui dénoncent l’oppression nationale du peuple québécois, l’exploitation de la classe ouvrière et celle des femmes. Le Front travaille aussi sur les questions des garderies, du salaire pour le travail ménager, de l’avortement libre et gratuit, de la conscientisation des femmes. Il veut créer de nouvelles images de femmes pour le futur et construire de plus grandes solidarités. Le groupe disparait en 1971 à la suite de divisions idéologiques internes. Deux de ses anciennes militantes comptent parmi les fondatrices du Centre des femmes en 1972, où elles militent pour l’avortement et pour la contraception et offrent un service de référence aux femmes qui veulent avoir recours à une interruption de grossesse. En 1972, les premières garderies populaires ouvrent leurs portes. Des comités de condition féminine voient le jour dans les organisations syndicales pour défendre les droits des femmes en emploi.

Diversification des organismes de services et de revendications

Mouvements de femmes 2

Deux femmes sont assises devant une table basse. Autour d’elles, on voit des affiches sur la contraception et sur l’Année internationale de la femme.
BAnQ Vieux-Montréal. E6,S7,SS1,D790250-790250.
À partir de 1975, les groupes de femmes diversifient leurs champs d’action. L’Intergroupe réunit plusieurs collectifs de femmes militantes. De nombreuses luttes sociales se côtoient et se soutiennent. On compte parmi celles-ci, les luttes contre la violence faite aux femmes et contre le viol et l’inceste, pour le droit à l’avortement, pour la reconnaissance du travail ménager, pour la santé des femmes, pour soutenir les femmes immigrantes, autochtones et pour agir contre les discriminations faites aux femmes. On assiste entre autres pendant ces années à la fondation du Collectif des femmes immigrantes, du Centre de santé des femmes et de Femmes autochtones dans la métropole. La presse féministe, des maisons d’édition, des librairies, des organismes culturels et des centres de documentation voient le jour.

Dans les années 1980, plusieurs centres de femmes sont mis sur pied à Montréal. Ils proposent un espace non mixte, féministe, d’entraide, d’éducation populaire et d’action collective. Ce sont des espaces de formation et d’information. En 1985, 80 centres de femmes de partout au Québec fondent le R des centres de femmes, un regroupement provincial ayant pignon sur rue à Montréal. Les centres de femmes ont pour objectif d’outiller les femmes pour améliorer leurs conditions de vie. Différents groupes communautaires s’ajoutent aux groupes existants et proposent de l’aide, par exemple en matière de logement, d’itinérance, de santé, d’intégration, de travail, de contraception, de sécurité ou pour la défense des droits des femmes. Un foyer pour femmes autochtones est créé à Montréal en 1987. La Table des groupes de femmes de Montréal voit le jour en 1996 et regroupe des organismes qui visent à promouvoir les droits et les intérêts des femmes en célébrant leur diversité. Certains sujets divisent au sein du mouvement des femmes, dont celui de la prostitution. Alors que certaines militantes y voient l’exploitation du corps des femmes, d’autres y voient un travail salarié permettant de gagner sa vie. Des organismes qui défendent l’une ou l’autre de ces visions émergent pour outiller les femmes dans cette situation, que ce soit pour défendre les droits des travailleuses du sexe ou pour aider les femmes à sortir de cette activité.

Au printemps 1995, la Fédération des femmes du Québec organise la marche Du pain et des roses, pour dénoncer la pauvreté qui afflige les femmes. Plusieurs organismes montréalais qui s’adressent aux femmes participent à la marche. Parties de Montréal, les marcheuses se dirigent vers Québec et sont soutenues par plusieurs groupes communautaires de lutte contre la pauvreté. Quelques années plus tard, le 14 octobre 2000, la Marche mondiale des femmes, qui vise à dénoncer l’oppression des femmes à travers le monde et à créer de nouvelles solidarités, traverse les rues de Montréal, alors qu’elle mobilise aussi des femmes à travers le monde.

L’action des groupes communautaires qui se consacrent aux femmes se poursuit dans les années qui suivent alors que les besoins sont tout aussi criants. De nombreux nouveaux organismes voient le jour pour y répondre. En 2004, le projet des Femmes-Relais est créé dans le quartier Saint-Michel et propose aux femmes immigrantes de gagner de l’expérience et des qualifications en s’impliquant dans la vie de leur quartier. Elles reçoivent une formation de base, puis deviennent des relais qui peuvent outiller d’autres femmes provenant du même pays d’origine qu’elles et vivant dans leur quartier. De nombreux nouveaux organismes aident également les femmes à acquérir davantage d’autonomie ou à fuir des milieux violents. En 2020, la pandémie accentue ces besoins et les organismes communautaires qui accompagnent les femmes jouent un rôle plus essentiel que jamais.

Références bibliographiques

BAILLARGEON, Denyse. Brève histoire des femmes au Québec, Montréal, Boréal, 2012, 281 p.

BRODEUR, Violette, et autres. Le mouvement des femmes au Québec : étude des groupes montréalais et nationaux, Montréal, Centre de formation populaire, 1982, 77 p.

http://bv.cdeacf.ca/bvdoc.php?no=2004_11_0500&col=EA&format=htm&ver=old

ROBERT, Camille. « ‟Toutes les femmes sont d’abord ménagères” : discours féministes sur le travail ménager au Québec (1968-1985) », Revue Histoire, Idées, Sociétés, UQAM.

https://revuehis.uqam.ca/editions-colloque/toutes-femmes-dabord-menagere...

MILLS, Sean. « Québécoises deboutte! Le Front de libération des femmes du Québec, le Centre des femmes et le nationalisme », Mens, Volume 4, Numéro 2, printemps 2004, p. 183-210.