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Le Centre de santé des femmes de Montréal, un organisme résolument féministe

03 octobre 2016
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Véritable pionnier des pratiques parallèles en santé gynécologique, le Centre de santé des femmes de Montréal est l’un des premiers à offrir gratuitement des interruptions volontaires de grossesse.

C’est durant l’Année internationale de la femme, en 1975, que le Centre de santé des femmes du quartier du Plateau-Mont-Royal ouvre ses portes, rue De Lanaudière. L’organisme, communautaire, autonome et exclusivement féminin, s’adresse d’abord à la population féminine défavorisée de ce quartier. On y parle de contraception et d’autosanté, on y pratique des examens collectifs, joignant ainsi un mouvement déjà présent en Europe et aux États-Unis. Les années 1970 sont fertiles en changements dans le domaine de l’appropriation par les femmes de leur santé gynécologique. Les grands questionnements féministes jettent la lumière sur les lacunes en matière de contraception et d’avortement, la surmédicalisation, le sexisme et les abus du pouvoir médical.

Pionnier en la matière au Québec, le Centre de santé met en place des autoexamens qui se déroulent en petits groupes, inspirés du célèbre ouvrage Our Bodies, Ourselves du collectif de santé de Boston. Parue en 1971, cette bible de la santé des femmes est toujours disponible, mise à jour et traduite en plusieurs langues. Ces examens nouveau genre permettent aux femmes d’observer leurs organes génitaux externes et leur col de l’utérus en utilisant elles-mêmes miroir, spéculum et lampe de poche. Des professionnelles de la santé les accompagnent et font les prélèvements. Ce genre de pratique favorise l’autonomie des femmes et une meilleure connaissance de leur corps.

Centre de santé des femmes de Montréal

Photo montrant l'édifice du Centre de santé des femmes de Montréal.
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
Après quelques années, l’organisme élargit sa clientèle et devient le Centre de santé des femmes de Montréal. En 1981, il est maintenant établi sur le boulevard Saint-Joseph, et on y pratique les premiers avortements illégaux faits par des femmes médecins au Québec. Au cœur de la controverse politique et juridique régnant à l’époque, le Centre milite activement pour l’accès à l’avortement libre et gratuit. La lutte se poursuit durant de nombreuses années, puisque ce n’est qu’en 2008 que les services d’avortement libres et gratuits, peu importe le lieu de l’intervention, sont garantis par le gouvernement du Québec. Le Centre de santé des femmes a quand même bénéficié de subventions pour la pratique d’interruptions volontaires de grossesse à compter du début des années 2000. Le nombre de femmes ayant recours à ce service s’élève à plus de 1000 par année à partir de 2003.

La santé gynécologique des femmes, par et pour les femmes

La défense et la promotion de l’avortement libre et gratuit ne constituent qu’un des volets de la mission du Centre de santé des femmes. L’organisme vise aussi l’appropriation par les femmes de leur santé gynécologique, et il défend et revendique le respect des droits des femmes en matière de santé auprès des autorités concernées.

Toujours bien vivant après plus de 40 ans d’histoire, le Centre offre, en plus des services d’interruption volontaire de grossesse, un service d’information et de référence en santé gynécologique, des publications, une série d’ateliers, des formations pour les infirmières sur l’examen gynécologique de dépistage, etc. Les actions du Centre sont marquées par ses valeurs, qui contribuent à la qualité de ses services : collaboration, respect, engagement, ouverture d’esprit et empathie. Les femmes y trouvent une oreille attentive et des réponses à leurs questions, même les plus embarrassantes!