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Les Di Feo, immigration et lutte syndicale

21 novembre 2017

Comme beaucoup d’Italiens, la famille Di Feo a quitté son pays en quête d’une vie meilleure. Installé à Montréal, Francesco a poursuivi cet idéal en s’engageant dans la lutte syndicale.

Di Feo

Photo d'un homme portant des lunettes, les bras croisés
Collection personnelle Francesco Di Feo
Au début des années 1950, plusieurs Italiens, principalement originaires du sud de la péninsule, ont quitté leurs terres pour chercher une vie meilleure ailleurs. La plupart d’entre eux étaient des paysans qui ont intégré la classe ouvrière dans les grandes villes industrialisées de l’Amérique du Nord, d’Europe et même d’Australie.

Une des destinations était la Belgique. Là, en 1956, dans une mine de charbon de Marcinelle, 262 travailleurs, dont la plupart étaient des Italiens, sont décédés à cause d’un incendie. Parmi les survivants, on comptait Mario Di Feo, qui avait émigré de la province d’Avellino et qui, après cette terrible tragédie, a décidé d’immigrer à Montréal. Celui qui me raconte cette histoire est son frère Francesco âgé, aujourd’hui en 2017, de 84 ans :

« La vie dans les mines était trop dure. Les travailleurs tombaient malades ou décédaient dans de graves accidents. C’est pour cela que mon frère est venu ici, à Montréal, pour travailler dans les campagnes, étant donné qu’en Italie nous étions des paysans. Moi, je suis allé en Suisse et puis en Allemagne. Mon expérience d’émigrant dans ces pays a été déprimante et les gens étaient réactionnaires. Sur les portes des bars, il était écrit : ‟Défense d’entrer aux chiens et aux Italiens.” Avant d’émigrer, j’avais étudié pour devenir prêtre, mais j’ai perdu la foi et je suis devenu communiste. Mon frère m’a fait venir ici, à Montréal, et moi, j’ai appelé mes sœurs et mes parents, qui sont morts ici. Personne de ma famille n’est rentré vivre dans notre village en Italie. »

Travailler comme syndicaliste

Di Feo

Page couverture d'une brochure du gouvernement du Québec, Québec Monde, présentant Francesco Di Feo
Collection personnelle Francesco Di Feo

Francesco Di Feo a d’abord habité dans la Petite Italie, puis près de la rue Fleury où il demeure encore dans une maison modeste qui est sa propriété. Il a un beau et grand jardin de deux étages digne d’un vrai paysan italien. Il a exercé plusieurs métiers avant d’entrer en contact avec la centrale syndicale de la CSN qui lui a proposé de travailler comme syndicaliste. « Moi, j’étais de gauche et, eux, ils étaient près des valeurs socialistes. Cela faisait mon affaire et j’ai accepté. Ils voulaient que j’aide les Italiens qui travaillaient dans la construction. Leurs conditions de travail étaient pénibles. » Di Feo est apparu aussi dans le documentaire d’Arthur Lamothe Le mépris n’aura qu’un temps de 1969, commandité par la CSN. Le film a été produit à la suite d’un accident meurtrier dans un chantier de Montréal dans lequel plusieurs ouvriers, surtout italiens, étaient décédés.

Di Feo a vécu toute sa vie dans le militantisme et aux côtés des Italiens de Montréal. Avec des amis, il a fondé la Federazione Italiana Lavoratori Emigranti e Famiglie (FILEF) ou Fédération italienne des travailleurs émigrants et de leurs familles. Son siège a été incendié par des inconnus. Di Feo et des camarades soupçonnent la Mafia ou des éléments de l’extrême droite italienne de Montréal. Di Feo a aussi dirigé le syndicat italien de Montréal, INCA CGIL, qui offre encore aujourd’hui assistance juridique et gratuité aux émigrants italiens. Il a également milité dans la Caravane d’amitié Québec-Cuba. Di Feo raconte : « Elle a été fondée par des Québécois, mais il y avait aussi des Italiens. Pendant des années, nous avons amené à Cuba du matériel didactique et médical. »

Aujourd’hui, Francesco Di Feo est à la retraite. Il produit son propre vin. Il prend soin de son jardin, où il cultive des tomates, du basilic et plusieurs sortes de légumes. Il me dit qu’il est resté pour toujours un paysan. Il s’assoit sur une chaise au centre de son jardin et ajoute : « Le vieux paysan a besoin de repos. » Il reste ainsi en silence, puis il va chercher une bouteille de vin, pour m’offrir un verre.