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Aux origines de la communauté colombienne de Montréal

26 avril 2019

Manuelita Del Vayo serait la première personne colombienne établie à Montréal. Depuis les années 1930, de nombreux compatriotes l’y ont suivie.

La communauté colombienne prend son essor à Montréal à partir des années 1950. Cependant, on trouve dans les archives les traces d’une pionnière installée dans la métropole quelques décennies plus tôt. Était-elle alors la seule Montréalaise d’origine colombienne?

La première Colombienne de Montréal

Fête nationale Colombie 1954

Réception au consulat général de Colombie à Montréal, en 1954, pour souligner le 144e anniversaire de l’indépendance du pays
La Presse, 21 juillet 1954, p. 29.

Des documents des archives historiques dévoilent que la première personne d’origine colombienne établie à Montréal était madame Manuelita Del Vayo, une femme de Barranquilla, qui est arrivée au début des années 1930. Dans la correspondance privée du consulat colombien à Montréal, conservée par les Archives nationales de la Colombie (Archivo General de la Nación Colombia), une lettre datée du 25 février 1957 indique que madame Del Vayo « réside à Montréal depuis 25 ans ». On y lit qu’elle exerce le journalisme et travaille pour la Canadian Broadcasting Corporation. Dans sa lettre, le consul affirme qu’elle était reconnue « dans les cercles intellectuels et sociaux de cette métropole » canadienne. Le fils d’un consul, qui était à Montréal au début des années 1960 et qui a connu madame Del Vayo, mentionne qu’elle est venue à Montréal parce qu’elle s’était mariée à un ingénieur du pétrole anglais, qui travaillait en Colombie pour une entreprise étasunienne à la fin des années 1920.

Les débuts de la communauté

Dans la correspondance consulaire, quatre éléments attirent l’attention à propos des débuts de la communauté colombienne à Montréal. Le premier concerne l’inscription dans les registres du consulat de celui qui pourrait être le premier enfant d’une famille colombienne né à Montréal. Il s’agit de Juan David Daza, qui a vu le jour le 8 janvier 1952 et dont le père était l’ingénieur David Daza. De l’information à propos du probable premier mariage entre un homme colombien et une femme québécoise est aussi disponible. Il s’agit de monsieur Victor Franco, qui est allé au consulat au mois d’octobre 1952 pour se renseigner sur les exigences qu’il devait satisfaire pour voyager en Colombie avec son épouse canadienne et leur très jeune enfant né à Montréal.

La correspondance consulaire indique aussi le nom de celle qui pourrait être la première personne née en Colombie et décédée à Montréal : madame Ligia Montoya de La Torre. Cette dame, qui venait du département colombien d’Antioquia, est morte le 24 mai 1953. Elle avait alors cinq enfants, dont l’âge oscillait entre huit mois et huit ans. La lettre consulaire précise aussi que les trois derniers enfants de madame Montoya étaient nés au Canada et que son époux s’appelait Jairo Latorre. Madame Montoya de La Torre s’était installée à Montréal en juin 1949. Son passeport, classé sous la catégorie « ordinaire », avait était expédié à Medellín le 24 mai 1949. Son mari et ses enfants sont probablement retournés en Colombie, car monsieur Latorre a demandé l’autorisation du consul pour voyager seul avec ses cinq enfants.

Le quatrième élément concerne la taille de la communauté à la fin des années 1950 et le type de personnes qui l’intégraient. Dans une lettre envoyée au ministère des Relations extérieures de la Colombie le 22 décembre 1948, le consul fait valoir que les Colombiens de Montréal étaient davantage des « étudiants, des personnes en transit et des hommes d’affaires ». Une analyse plus approfondie de cette correspondance diplomatique montre que parmi les premiers Colombiens de Montréal se trouvait aussi un grand nombre de personnes cherchant l’aventure, de travailleuses domestiques et d’ouvrières. Un autre groupe important était celui des personnes appartenant à la classe aisée colombienne, qui cherchaient une destination différente de l’Europe ou des États-Unis pour s’établir. Il est important de noter qu’une grande partie des aventuriers provenait des États-Unis, particulièrement de la ville de New York.

Les étudiants et la formation de la communauté

Ligia Legault et Bertha Wilches

Photo de quatre femmes dont deux Colombiennes
Collection personnelle de Ligia Legault
Ligia Legault, la personne d’origine colombienne encore en vie ayant passé le plus grand nombre d’années à Montréal interviewée par l’auteur de ce texte, affirme qu’au moment de son arrivée, le 20 juillet 1957, les communautés colombiennes de Montréal et Toronto ne dépassaient pas, ensemble, une centaine d’individus. Elle fait valoir aussi que le début de la communauté est fortement dû à la renommée de l’école Jean-de-Brébeuf au sein des familles aisées de la Colombie de l’époque. Certaines de ces familles déménageaient à Montréal ou y envoyaient leurs enfants seuls pour qu’ils étudient dans cette école. 

Ainsi, dans une lettre datée du 14 janvier 1957, le consul informe le gouvernement colombien de la présence de 25 personnes colombiennes enregistrées dans son bureau l’année précédente. Parmi elles, 15 étaient des étudiants : 8 étudiaient la théologie dans les séminaires montréalais, 2 étaient des étudiants universitaires et 5 étudiaient à l’école secondaire, dont 1 au Collège de Loyola. À la fin de leurs études, quelques-uns de ces étudiants ont décidé de vivre dans la métropole québécoise. Parmi eux, l’infirmière Bertha Wilches Teran qui avait émigré pour faire ses études au début des années 1950. 

À partir du milieu du XXe siècle, l’émigration des Colombiens vers Montréal s’inscrit dans un large processus de déplacement d’une partie de la population latino-américaine vers le nord, et s’opère en quatre vagues.

Références bibliographiques

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CONSULAT COLOMBIEN À MONTRÉAL. Correspondance consulaire du Consulat colombien à Montréal, années : 1952, folio 103; 1953, folios 114 et 158; 1954, folio 14; 1957, folios 25 et 96, Archive historique nationale de la Colombie.

DOLIN, Benjamin, et Margaret YOUNG. Le programme canadien d’immigration, [En ligne], Division du droit et du gouvernement, 1989 (révisé en 2002).
http://publications.gc.ca/Collection-R/LoPBdP/BP/bp190-f.htm#

GOSSELIN, Jean-Pierre. « Une immigration de la onzième heure : les Latino-Américains », Recherches sociographiques, vol. 23, n° 3, 1984, p. 393-420.

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WHITAKER, Reginald. La politique canadienne d’immigration depuis la Confédération, Société historique du Canada, Ottawa, 1991.