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Le Petit Maghreb, un projet ambitieux

02 juin 2017

En 2009, l’association du Petit Maghreb signe une entente avec la mairie d’arrondissement qui permet de rêver à la création d’un premier quartier maghrébin en Amérique du Nord.

Vers la fin des années 1990, les Montréalais assistent à la multiplication des commerces maghrébins dans le quartier Saint-Michel alors que les marchands italiens et grecs quittent peu à peu le quartier. En raison de loyers raisonnables, une concentration importante de commerçants maghrébins s’installe sur le tronçon de la rue Jean-Talon qui se trouve entre les rues Pie-IX et Saint Michel.

Le Petit Maghreb : un projet commercial et touristique d’envergure

Petit Maghreb

Voitures stationnées sur la rue Jean-Talon. En arrière-plan le Café Safir.
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
Dans le but de faire du Petit Maghreb un quartier touristique avec une spécificité culturelle, à la façon du Quartier chinois ou de la Petite Italie, l’association du Petit Maghreb est fondée en 2008. Formée de commerçants et de gens d’affaires affiliés à la communauté maghrébine, l’association souhaite que le secteur devienne un lieu imprégné de l’esprit et de l’ambiance de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie.

Un espace où les Maghrébins d’origine, comme l’ensemble des Montréalais, viendraient profiter des commerces de spécialités nord-africaines, des pâtisseries, des restaurants rappelant les saveurs de là-bas. On veut attirer à la fois les Montréalais de tous les horizons et les touristes. En 2008, l’organisation d’un premier grand évènement, nommé Le Souk, cadre tout à fait dans cette démarche de reconnaissance des commerçants qui animent le secteur. En 2009, l’association du Petit Maghreb est reconnue par la Ville et reçoit une subvention pour développer cette artère. Les membres de l’association rêvent à l’essor d’un premier quartier maghrébin en Amérique du Nord. Des dissensions au sein du groupe ont raison de l’organisation en 2011. Si le groupe d’intérêt économique est dissout et si les visées touristiques sont mises en veilleuse, le Petit Maghreb demeure un lieu de rassemblement important pour la communauté maghrébine montréalaise.

Un pôle identitaire maghrébin

Petit Maghreb

Devanture de la boucherie Yasmine. En avant-plan, des voitures stationnées.
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
En plus des restaurants, boucheries hallal, épiceries et pâtisseries, on trouve dans le Petit Maghreb des boutiques de vêtements, des salons de coiffure, des agences de voyages et des garderies tenues par des Montréalais d’origine maghrébine. Des Montréalais originaires du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie fréquentent les cafés de l’artère et y retrouvent une sociabilité maghrébine. Ils s’y rencontrent notamment pour visionner les parties de football de leur pays d’origine. Deux mosquées ont pignon sur rue dans le quartier. Les restaurants et cafés du petit Maghreb constituent des lieux de rassemblement pendant la période du Ramadan pour l’Iftar, repas du soir, et pour les grandes fêtes de Laylat al-Qadr et Aïd al-Fitr. En 2014, sur un total de 120 commerces de la rue Jean-Talon, 46 étaient des commerces dits maghrébins. Malgré la concentration de commerces maghrébins sur l’artère, ceux-ci ne sont pas seuls à occuper le secteur.

Vivre dans le Petit Maghreb?

Petit Maghreb

Devanture de la mosquée Dar Al-Arqam ,rue Jean Talon.
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
Malgré la concentration de commerces tenus par des Montréalais d’origine maghrébine, un mince 11,1 % de la population montréalaise d’origine maghrébine résidait dans l’ensemble de l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension en 2011. Évitant de reproduire l’exemple de la ghettoïsation des banlieues françaises, les Montréalais d’origine maghrébine résident en majorité dans des quartiers multiculturels. On les trouve entre autres dans les arrondissements Ahuntsic-Cartierville, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Saint-Laurent, Saint-Léonard et Villeray–Saint-Michel–Parc Extension, ainsi qu’en périphérie de Montréal. Le Petit Maghreb constitue pour plusieurs d’entre eux un lieu de sociabilité important ainsi qu’un endroit où s’approvisionner en produits dits maghrébins, mais pas forcément un endroit où s’installer.

Collaboration à la recherche et à la la rédaction : Daisy Boustany.

Références bibliographiques

AZDOUZ, Rachida. « Les Québécois d’origine maghrébine, entre bricolage, affirmation et reconstruction identitaire », Histoire d’immigrations au Québec, Québec, Presses de l’Université de Québec, 2014, p. 233-250.

LEJEUNE, Marion. Les nouvelles dynamiques de territorialisation du fait ethnique à Montréal : le cas du Petit Maghreb, Mémoire (M. A.), Montréal, Université du Québec à Montréal, 2012, 154 pages.

MANAI, Bochra. La « Mise en scène » de l’ethnicité maghrébine à Montréal, [En ligne], Thèse (Ph. D.), Montréal, Institut national de la recherche scientifique (INRS), 2015, 313 pages. (Consulté le 21 juillet 2016)
http://espace.inrs.ca/3313/