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L’éducation et la culture dans la communauté portugaise

22 avril 2016

À Montréal, la culture de la communauté portugaise s’exprime énergiquement par l’éducation, les arts, les médias, mais aussi par des savoirs populaires raffinés, comme l’azulejo et la gastronomie.

Portugais - Parc du Portugal, 2016, pavillon

Parc du Portugal, Plateau-Mont-Royal.
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
La culture portugaise est vive à Montréal. En effet, pour transmettre leur langue et leur culture aux nouvelles générations, des immigrants portugais ont créé des écoles lusophones. De plus, des institutions, comme la Bibliothèque José d’Almansor, mais aussi plusieurs journaux et émissions de radio et de télévision diffusent la culture portugaise, tandis que de nombreux artistes portugais font escale à Montréal, dont certains murs sont embellis d’azulejos.

La première préoccupation des parents portugais est d’offrir à leurs enfants une formation supérieure à celle qu’ils ont eux-mêmes reçue au Portugal. Jusqu’à la fin des années 1970, l’anglais exerce une forte attraction et le système scolaire anglophone semble plus accueillant. La majorité des enfants portugais fréquentent alors les écoles Our Lady of Montreal, D’Arcy-McGee et Saint Patrick, situées dans le Plateau Mont-Royal. En 1977, la Charte de la langue française oblige les enfants d’immigrants à fréquenter des écoles francophones. Au cours des années 1980, les écoles françaises Saint-Jean-Baptiste, Jean-Jacques-Olier, Jeanne-Mance et Saint-Louis accueillent les jeunes portugais du même quartier, qui représentent alors la moitié de leurs élèves.

Des institutions d’enseignement de langue portugaise

La diversité des langues introduites dans la communauté complique un peu les relations entre les générations. Les jeunes commencent progressivement à parler une langue différente de celle de leurs parents, qui se sentent incapables de les accompagner dans leurs activités scolaires. Pour permettre la communication entre parents et enfants, transmettre leur héritage culturel ou faciliter un possible retour au Portugal, les Montréalais d’origine portugaise ont voulu préserver leur langue en créant des institutions d’enseignement de langue portugaise reconnues par les gouvernements des deux pays. Dès 1958, sous l’égide de la Commission des écoles catholiques de Montréal, l’Association portugaise du Canada (APC) offre des cours de portugais aux enfants de ses membres. C’est cependant à la Mission Santa Cruz, en 1971, que revient l’honneur d’avoir créé la première véritable école primaire portugaise, l’école Santa Cruz, qui offre d’abord quatre années d’enseignement, puis six. En 1972, l’école Português do Atlântico est fondée avec l’appui de la banque du même nom et propose la formation des neuf premières années. À partir de 1975, l’école secondaire Lusitana de Montréal offre de la septième à la onzième année. D’autres écoles du samedi apparaissent ensuite à LaSalle (1981), Brossard (1983) et Laval (1983). À cause de la baisse d’inscriptions des enfants de la troisième génération, les écoles Português do Atlântico et celle de LaSalle ferment leurs portes dans les années 2000.

En 2007, la communauté voit naître la Chaire sur la culture portugaise à l’Université de Montréal. Ce département, dédié à la recherche sur la culture visuelle portugaise, organise des expositions et conférences, et offre des bourses d’études en maîtrise et doctorat. Cette université propose aussi un programme d’études lusophones de 1er, 2e et 3e cycles au sein du département de littératures et de langues du monde, ce qui témoigne de l’importance de cette culture à travers le monde.

Diffusion de la littérature lusophone

Puis, en 2015, la Bibliothèque José d’Almansor, pseudonyme du prêtre écrivain José Maria Freitas Cardoso, ouvre ses portes avec une vaste collection de livres en portugais. Située à la Mission Santa Cruz, elle comporte une section infantile et une adulte. Diffusion de la littérature lusophone, concours de poésie, lancements de livre et cercles de lecture sont parmi les activités organisées par le groupe Amigos da Biblioteca.

Dans son combat pour exister, la communauté s’est exprimée par la voix d’écrivains, de gens de théâtre, de danse et de cinéma, de journalistes, d’historiens et de musiciens amateurs et professionnels (du fado au rock). Elle s’est aussi fait connaître grâce à un art populaire raffiné, l’azulejo, et par sa gastronomie devenue un incontournable pour les Montréalais.

Les arts comme moyens d’exister

Portugais - Bancs de pierre… et de paroles

Banc du projet Bancs de pierre… et de paroles sur le boulevard Saint-Laurent
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
L’art de l’azulejo n’est pas seulement dédié à la représentation religieuse. Aujourd’hui, plusieurs murs du quartier portugais sont embellis avec des scènes historiques, des allusions à l’identité portugaise ou tout simplement des visages, paysages, animaux, plantes, figures géométriques et objets.

En 1991, les azulejos qui décorent le Parc du Portugal ont été rénovés. En 2004, la Mission de Santa Cruz, par l’intermédiaire de son programme de l’Université des Temps Libres, offre des ateliers. Puis, en 2008, les Bancs de pierre… et de paroles sur le boulevard Saint-Laurent ainsi que le panneau représentant le quartier sur la rue Rachel ont rendu cet art encore plus visible.

On trouve aussi des artistes visuels de renommée internationale tel Joe Lima, spécialiste en gravures, bois gravé et peintures et lauréat du 1er prix de la 13e Biennale européenne d’art graphique, à Bruges (Belgique), en 2012.

Au plein cœur de la communauté portugaise sur la rue Clark, entre Rachel et Duluth, une magnifique murale réalisée par Kevin Ledo s’érige. Cette œuvre, en peinture en aérosol et feuille d’or, intitulée Portrait de Mary Socktish, a été réalisée lors du festival MURAL 2014.

Des liens culturels élargis

De nos jours, nombreux artistes portugais en tournée font escale à Montréal pour le grand plaisir du public da saudade et des Montréalais, comme, entre autres, les fameux chanteurs de fado actuel, Mariza, Camané et Cristina Branco, le groupe folk alternatif Dead Combo, les pianistes de jazz contemporain Maria João Pires, Mário Laginha et Pedro Burmester.

D’importants noms de la littérature portugaise, dont Lídia Jorge, participent à Métropolitain Bleu, et les écrivains de la relève, João Tordo, Walter Hugo Mãe et João Lucas Pires, font régulièrement des visites. Le cinéma portugais prend rendez-vous aux festivals de cinéma et dans les salles commerciales de Montréal.

Plusieurs de ces spectacles et activités sont produits par des entreprises artistiques québécoises. D’autres sont des coproductions Québec-Portugal. L’Institut Camões, un organisme portugais responsable de la promotion de la culture nationale à l’étranger, est à l’origine de grand nombre de ces évènements.

Le 10 juin est la date dédiée au Jour du Portugal, de Camões et des Communautés portugaises. Cette fête laïque célèbre l’identité portugaise partout dans le monde. À Montréal, de nombreuses activités culturelles ont lieu pendant toute une semaine.

Les médias lusophones de Montréal

Les premiers journaux communautaires naissent dans la tourmente de conflits idéologiques entre la droite et la gauche. Le premier journal de langue portugaise est le Luso-Canadiano; créé en 1958, il affiche son anti-salazarisme jusqu’en 1971. La droite luso-montréalaise ne tarde pas à réagir en fondant la Voz de Portugal, un journal favorable aux gens d’affaires et au régime de Salazar. Publié pour la première fois le 25 avril 1961, il délaisse rapidement les guerres idéologiques pour devenir un journal d’information. C’est ce type de journalisme qu’on pratique aussi dans les pages du Journal do Emigrante (1978) et dans celles du Luso-Presse (1996).

Sur les ondes de la radio montréalaise, la présence portugaise remonte à 1962. Hora Portuguesa, la toute première émission portugaise, est alors diffusée tous les dimanches sur les ondes de CFMB. La très colorée émission Portugalissimo prend ensuite la relève et touche encore aujourd’hui un public fidèle. Communautaire et multilingue, Radio Centre-Ville (102,3 FM) fait une entrée remarquée dans le paysage montréalais en 1972 et intègre, dès ses débuts, une équipe portugaise. Encore aujourd’hui, elle offre à ses auditeurs portugais une programmation quotidienne comportant chansons, nouvelles, interviews et annonces communautaires.

C’est au début des années 1970 que les Portugais de Montréal créent une télévision à leur image. Diffusée en 1971, Reflets du Portugal est la première émission de télévision en portugais produite au Québec. La Televisão Comunitária Portuguesa de Montreal diffuse ensuite Estamos no Quebeque et Luso-Québécois, qui présentent des nouvelles du Portugal et de la vie communautaire luso-québécoise, et les fameuses telenovelas brésiliennes écoutées religieusement par bon nombre de Portugais au cours des années 1980. Au début des années 2000, l’émission Luso-Montreal a pris la relève sur la chaîne Global TV. En 2013, elle est devenue LusaQ TV, diffusée cette fois-ci par ICI Télévision. Le Magazine Montréal fait son apparition quant à lui sur les ondes de SIC Internacional en 2004.

L’intégration à la société québécoise a transformé les immigrants portugais et, par conséquent, la diffusion de leur culture a évolué. Les Montréalais d’origine portugaise ont préservé leur langue en fondant des institutions d’enseignement lusophones, mais, à cause de la baisse des inscriptions, certaines écoles ont dû fermer. Au début des années 1970, les Portugais de Montréal ont créé une télévision qui leur correspond et, depuis, plusieurs émissions se sont succédé sur différentes chaînes. En quelques décennies et sous diverses formes, ces Montréalais ont ainsi apporté leur part à l’identité culturelle de la métropole québécoise.