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La communauté portugaise de Montréal et la famille

22 avril 2016

Arrivés seuls à Montréal, les Portugais choisissent leur nouveau quartier selon des liens familiaux déjà établis. Puis, le regroupement familial contribue à la forte croissance de la communauté.

« Pourquoi émigrer? Toute ma famille était déjà au Canada. J’étais le seul encore aux Açores. Puisque ma famille était la chose la plus importante pour moi, cela me semblait naturel d’émigrer ici. J’étais heureux de retrouver ma famille, mais très triste de quitter mon île, mes amis et surtout ma fiancée. Le départ a été le moment le plus difficile et émouvant de ma vie. »

Un immigrant portugais, clinique de mémoire, 2003

Portugais - Famille José et Iria Martins Rodrigues

Photographie de deux parents souriant derrière leur jeune enfant.
Collection privée famille Rodrigues.
Jusqu’aux années 1970, la vie au Portugal est essentiellement rurale, traditionnelle et fondée sur l’économie familiale. Ceux qui émigrent sont surtout originaires des Açores ou du continent. La plupart d’entre eux immigrent seuls, sans leur famille. Mais, rapidement, les liens familiaux contribuent fortement à la croissance de la communauté portugaise immigrante. Avant 1974, 88 % des immigrants entrés légalement au Canada sont parrainés par un parent, un ami ou un ancien voisin déjà au pays. Puis, des enfants naissent et grandissent; en 1986, ils représentent 28 % de la communauté portugaise canadienne. En 2011, la troisième génération, quant à elle, s’élève à 19,9 %.

Retrouver ses proches

« J’ai émigré parce que j’ai dû accompagner mon mari. Mais je ne voulais pas émigrer. »

Une immigrante portugaise, clinique de mémoire, 2003

Le choix de la ville ou du quartier dépend souvent des liens familiaux et communautaires. Ainsi, les Açoréens de São Miguel sont largement prédominants à Toronto tandis que, dans la région montréalaise, le nombre d’Açoréens est comparable au nombre de Portugais du continent. Au cours des années 1960, 95 % des Portugais de Gatineau sont originaires de la paroisse de Maia, dans l’île de São Miguel. La plupart de ceux qui vivent dans la ville de Québec sont originaires de l’île de Faial et ont fui l’explosion du volcan des Capelinhos en juillet 1959.

Portugais - scène de balcons

Amis et familles portugais sur les balcons d'un duplex.
Collection privée Amadeu de Moura.
Dans la maison montréalaise des immigrants, la vie de famille est intense même s’il y a un monde de différences entre les parents et leurs enfants. Les plus vieux cherchent généralement à léguer à ceux qui les suivent leur héritage culturel, car ils ont travaillé dur pour faire leur place et mettre sur pied commerces, institutions, médias et écoles, où leur langue ainsi que leurs traditions culturelles et religieuses seront conservées.

De nombreux enfants fréquentent l’église, la catéchèse, l’école du samedi en portugais, les troupes de danses folkloriques et les ensembles philharmoniques. Quand ils atteignent l’adolescence, ce système idyllique fondé sur la famille et la communauté s’effrite. Certaines traditions sont rejetées, d’autres sont conservées et remodelées. Ceux qui sont nés à Montréal revendiquent une identité métissée, construite à partir de leur héritage portugais et de la culture québécoise. On trouvera, par la suite, et de plus en plus, des unions mixtes et interethniques.

Ce texte est tiré du cahier Rencontres. La communauté portugaise de Montréal. 50 ans de voisinage, une réalisation du Centre d’histoire de Montréal, en collaboration avec le Carrefour des jeunes lusophones du Québec.