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Le Studio Nincheri, l’atelier d’un maître verrier

02 juin 2017
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Guido Nincheri fabrique des vitraux dans un local du boulevard Pie-IX, dès le milieu des années 1920. Il crée des centaines d’œuvres exceptionnelles dans cet atelier maintenant accessible au public.

Guido Nincheri - Studio

Bâtiment de briques blanches à deux étages avec s fenêtres.
Collection Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga Maisonneuve.
Après s’être initié à l’art du vitrail avec Henri Perdriau, l’artiste peintre et architecte Guido Nincheri devient lui-même maître verrier. À la fermeture de l’atelier de Perdriau, il a besoin d’un nouvel espace de création. C’est dans Hochelaga-Maisonneuve, au 1832, boulevard Pie-IX, qu’il établit ses pénates. Le local lui est prêté, car il pratique un échange de services avec les frères Oscar et Marius Dufresne, propriétaires de l’immeuble. Lors d’un voyage en Italie, son pays d’origine, Nincheri aurait fait connaissance avec les deux Montréalais de passage à Florence. Impressionnés par les fresques florentines de Nincheri, ces derniers lui proposent de décorer leurs luxueuses demeures jumelles, l’actuel Château Dufresne, en échange de l’utilisation du rez-de-chaussée de la maison du boulevard Pie-IX.

De retour à Montréal, le verrier installe donc son matériel dans ce bâtiment sobre mais élégant, reconnaissable à ses fenêtres verticales en rangées. À l’étage se trouvent les bureaux de la Dufresne Construction et de la Dufresne Engineering. L’édifice est situé dans ce qu’on appelait autrefois la Cité de Maisonneuve, ancienne municipalité indépendante caractérisée par ses entreprises florissantes et par la présence de superbes bâtiments de style Beaux-Arts, dont le Château Dufresne.

Un atelier très occupé

Guido Nincheri - Studio

Grande pièce d'un atelier. Plusieurs œuvres sont accrochées au mur ou déposées sur des tables.
Collection Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga Maisonneuve.
Le travail ne manque pas au studio. Même durant la crise économique des années 1930, les activités se poursuivent. Durant les années 1950, au plus fort de la production, l’atelier compte jusqu’à 10 d’employés. Le fils de Nincheri, Gabriel, gère les opérations depuis 1948. Au milieu des années 1960, Nincheri fait l’acquisition de la maison. Gabriel et son épouse habitent à l’étage pendant quelque temps. Jusqu’à son décès en 1973, Guido Nincheri travaille au moins une partie de l’année dans son studio, où il crée environ 2000 peintures et vitraux. À la mort du maître, c’est l’un de ses protégés, son fidèle employé Matteo Martirano, qui assure la relève pendant une vingtaine d’années.

Fondé en 1925, l’atelier de vitrail de Nincheri est le plus ancien encore existant au Québec. Il a aussi été l’un des plus importants en Amérique du Nord, produisant plus de 1000 verrières que l’on peut admirer aujourd’hui dans plusieurs églises montréalaises, ainsi qu’ailleurs au Québec, au Canada et aux États-Unis. Le studio a cessé ses activités en octobre 1996 et est demeuré fermé durant plusieurs années. La Société du Château Dufresne, faisant l’acquisition du bâtiment en 2013, permet maintenant l’accès à l’atelier, ainsi qu’aux luxueux appartements de l’étage. Le studio est resté tel qu’il était à sa fermeture, presque comme si Nincheri venait de le quitter. On y découvre des plans, des dessins préparatoires, des maquettes, des reproductions de fresques… Un four, des morceaux de verre et divers outils spécialisés nous rappellent qu’ici d’énormes vitraux richement colorés ont vu le jour. Ces tableaux de verre ont quitté l’atelier, soigneusement emballés en pièces détachées, pour enluminer environ 200 lieux de culte en Amérique du Nord.

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Table de travail au premier plan, avec matériel artistique. Au deuxième plan, des vitraux et des  esquisses sont accrochées au mur.
Collection Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga Maisonneuve.

Une visite de l’atelier de Nincheri ne saurait être complète sans un passage par le Château Dufresne, où l’on peut admirer les magnifiques fresques du grand maître italien. On a ainsi une vue d’ensemble des résultats d’un troc créatif qui a laissé sa marque dans l’histoire : un local devenu studio d’artiste pour Nincheri contre la décoration du château pour les frères Dufresne.

Références bibliographiques

LAROCHE, Ginette, Pierlucio PELLISSIER et Michèle PICARD. Guido Nincheri. Un artiste florentin en Amérique, Montréal, Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve, 2001, 56 p.

MICILLO VILLATA, Sylvana. Guido Nincheri maître verrier. Les vitraux des églises montréalaises, Montréal, Société de diffusion du patrimoine artistique et culturel des Italo-Canadiens éditeur, 1995, 79 p.