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La Mount Royal Spinning Wool Company

20 septembre 2017
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En 1908, la Mount Royal Spinning Wool Company fait construire l’une des premières usines de Côte-Saint-Paul. Elle sera l’un des moteurs du développement du quartier.

Lieu : 5524, rue Saint-Patrick

1908 : Construction de l’usine 

Annexé à Montréal en 1910, le quartier Côte-Saint-Paul s’est développé dès la fin du XIXe siècle. Entre 1887 et 1911, on construit le long de la rue de l’Église un véritable centre-ville, avec une église, un presbytère, un pensionnat et un hôtel de ville. Sur un plan de 1912, on remarque que plusieurs commerces et institutions ont également ouvert leurs portes dans la rue de l’Église, notamment une pharmacie, une banque et une boulangerie. Les principales industries sont à l’époque la Canadian Car & Foundry Co., la Montreal Light, Heat and Power Co. et la Mount Royal Spinning Company, construite dans le vaste espace compris entre les rues Saint-Patrick, Briand, Le Caron, Hadley et de l’Église. L’arrivée de cette dernière entreprise, en 1908, attire des travailleurs et leurs familles et contribue au développement subséquent du quartier.

L’arrivée de la Mount Royal Spinning Wool Company

C’est en mars 1907 que la revue The Canadian Engineer annonce la construction imminente d’une usine de transformation du coton dans la rue Saint-Patrick. La Mount Royal Spinning Wool Company, dirigée par W. T. Whitehead et présidée par William C. McIntyre, pourrait employer jusqu’à 800 personnes dans sa future usine. En janvier 1908, la revue Tissus et Nouveautés indique que la construction de la nouvelle manufacture, dessinée par l’architecte David Jerome Spence, est presque achevée. La compagnie, comprenant une filature de coton, une blanchisserie et des ateliers d’impression sur tissu, « sera sur le marché avec ses produits vers le milieu de 1908 », selon la même revue. En 1910, la compagnie est rachetée par la Canadian Cottons Limited, puis plus tard par la Dominion Textile, qui détient dès 1905 le quasi-monopole de l’industrie du textile au Canada. 

Dès le début des années 1920, les ouvriers de l’usine Mount Royal de la Dominion Textile se mobilisent pour améliorer leurs conditions de travail. En 1921, la Dominion Textile annonce une baisse de 15 % des salaires. Le Syndicat catholique national des ouvriers réunit en octobre les employés des usines de Côte-Saint-Paul et de Saint-Henri au collège Saint-Henri afin d’y adopter une résolution. Le Syndicat parvient en novembre à récolter 3000 signatures parmi les employés des usines d’Hochelaga, de Côte-Saint-Paul, de Saint-Henri, de Sainte-Anne et de Magog, et demande que la Dominion revienne sur sa décision. En 1923, un nouveau règlement de la Dominion exigeant des employés qu’ils se présentent à l’usine une heure plus tôt est également contesté à Côte-Saint-Paul, forçant la compagnie à revenir à ses heures habituelles.

La grève éclate!

Mount Royal Spinning Wool Company

Photo médaillon de la Mount Royal Spinning Company sise sur le bord du canal de Lachine.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Collection Édouard-Zotique Massicotte. P750, MAS-7-79-b.
Les tensions entre patrons et ouvriers sont encore davantage alimentées au cours de la Grande Dépression. Les salaires sont bas : on estime que, au courant des années 1930, un ouvrier obtient en moyenne 15 $ pour 60 heures de travail par semaine (ce qui représente en 2017 environ 4,50 $ de l’heure). En 1937, une commission d’enquête royale met en lumière l’exploitation dont sont victimes les employés de l’industrie du textile. La même année, des grèves sont déclenchées dans les différentes usines de textile en Ontario et au Québec. À Montréal, en janvier 1937, les Syndicats catholiques nationaux envoient une lettre à la Dominion Textile, lui demandant de négocier une convention collective avec ses employés. La Dominion refuse de négocier, affirmant ne pouvoir signer aucune entente qui nuirait à la compétitivité de l’entreprise sur le plan international. En réponse au rejet de la compagnie, une grève est votée en 1937. Environ 10 000 employés, partout à travers la province, refusent de rentrer travailler. Les usines montréalaises de Côte-Saint-Paul, Saint-Henri et Hochelaga deviennent le théâtre de violentes confrontations entre policiers et manifestants. Après des mois de négociations houleuses, le conflit se règle finalement en décembre 1937 par la signature d’un nouveau contrat de travail, améliorant les conditions des ouvriers.

D’autres tensions surviennent en 1939, alors que les employés de l’usine de Côte-Saint-Paul s’insurgent contre l’implantation de nouvelles méthodes de production. Plus tard, en 1943, les Ouvriers unis des textiles d’Amérique tentent d’organiser un syndicat pour les employés de la Mount Royal. Selon un article de La Presse, ceux-ci auraient acquis un « vif intérêt » pour les activités et opinions de la célèbre militante syndicaliste Madeleine Parent. Des grèves éclatent de nouveau à la Dominion Textile en 1946 et en 1952.

L’usine de Côte-Saint-Paul au XXe siècle

Mount Royal Spinning Wool Company

Bâtiment de l'ancienne usine encore existante en 2017.
Photo de Denis-Carl Robidoux. Centre d'histoire de Montréal.
Peu de traces permettent de dresser une histoire complète de l’usine de Côte-Saint-Paul. On sait grâce aux journaux montréalais que l’usine avait dans les années 1920 une équipe sportive qui jouait dans la « ligue des manufactures ». Plusieurs articles rapportent également des événements malheureux qui se seraient produits dans l’usine, notamment des bagarres et des accidents de travail. Ces articles mentionnent parfois le nom d’employés italiens, confirmant la présence de ce groupe au sein de la main-d’œuvre du secteur.

Dans les années 1980, la Dominion Textile ferme une grande partie de ses usines, avant d’être rachetée par le groupe Polymer en 1997. En 1966, l’usine de Saint-Henri cesse ses activités. Vers 1982, les entrepôts de l’ancienne Mount Royal Spinning Wool Co. sont démolis. Témoignages du passé industriel du secteur, certaines parties de l’usine sont cependant toujours debout dans la rue Saint-Patrick.

Contribution à la recherche : Société d'histoire Saint-Paul-Émard.