Un site du Centre d'histoire de Montréal

Madeleine Parent, indomptable leader syndicale et résolument féministe

19 août 2016
Temps de lecture

Figure montréalaise de l’engagement civique et social, Madeleine Parent a consacré sa vie au militantisme syndical et à la lutte pour les droits des femmes.

Madeleine Parent 1946

Madeleine Parent, (leader syndical), local 100, grève contre la Montreal Cotton Co. Assemblée du 2 septembre 1946; le révérend Claude de Mestral au micro, Madeleine Parent est assise à côté de lui.
1946, Madeleine Parent, Collection Madeleine Parent et Kent Rowley, MUSO – Musée de société des Deux-Rives, Salaberry-de-Valleyfield, 1999_23_03.
Son enfance au sein d’une famille prospère ne destinait pas Madeleine Parent à la vie qu’elle a menée. C’est au couvent qu’elle est témoin, pour la première fois, d’injustices faites aux femmes. Toute jeune, elle prend conscience de l’exploitation des servantes par les religieuses, qui interdisent même aux élèves de leur parler, alors qu’elles sont du même âge. Plus tard, en 1936, son choix d’aller étudier en sociologie à l’Université McGill détermine sa carrière. Elle, qui souhaitait surtout éviter le collège classique de religieuses, s’associe à divers groupes étudiants qui l’initient à l’engagement communautaire et politique.

Vers la fin de ses études, la jeune Madeleine rencontre Léa Roback, qui l’encourage à se lancer dans l’organisation syndicale. Ces deux femmes de tête deviennent amies et compagnes d’armes. Madeleine participe bientôt à l’organisation des travailleurs et travailleuses des industries de guerre, puis s’engage dans la syndicalisation des industries du textile, milieux majoritairement féminins et aux emplois sous-payés. Une fois ses études universitaires terminées, s’impliquant ainsi auprès de la classe ouvrière, elle se rapproche des travailleuses.

Gagner le respect par l’action militante

Madeleine Parent 1951

Photos prises à la fête du travail à Valleyfield en 1951.
1951, Fête du travail à Valleyfield, Collection Madeleine Parent et Kent Rowley, MUSO – Musée de société des Deux-Rives, Salaberry-de-Valleyfield, 1999_23_05.
Durant la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses industries montréalaises en manque de main-d’œuvre ouvrent leurs portes aux femmes. Celles-ci ont plus de choix d’emplois, souvent non traditionnels, mais leur travail est moins payé que lorsqu’il est fait par des hommes. En plus, les femmes doivent s’occuper de la famille après leur journée à l’usine. Madeleine Parent constate que dans les usines de guerre, et plus tard dans les industries comme le textile, le tabac et l’alimentation, les femmes prennent conscience, en se syndicalisant, qu’elles ont plus de pouvoir qu’elles ne le croyaient. La solidarité leur vient facilement, elles découvrent des qualités insoupçonnées chez leurs compagnes de travail et les préjugés racistes tombent. Par leur action militante, elles gagnent le respect de leurs collègues et de leur famille.

Avec leur participation active dans la mise en place des syndicats, les ouvrières élargissent leurs domaines de revendication. Elles veulent non seulement de meilleures conditions de travail, mais aussi plus d’indépendance et de dignité, ce qui ouvre la voie à une démarche féministe. Madeleine Parent, constatant le changement en cours, comprend qu’il faut développer des alliances et des solidarités entre les ouvrières et les autres femmes de la société. La dure réalité des travailleuses d’usine est souvent méconnue dans les milieux féministes, et Madeleine Parent s’emploie à changer cette situation pour faire valoir les droits des moins favorisées.

Kent Rowley

R. Kent Rowley, à Valleyfield durant la fête du travail entre 1947 et 1951.
Entre 1947 et 1951, Kent Rowley, Collection Madeleine Parent et Kent Rowley, MUSO – Musée de société des Deux-Rives, Salaberry-de-Valleyfield, 1999_23_11.
En 1943, Madeleine Parent fait une autre rencontre marquante, celle du syndicaliste Kent Rowley. Il devient l’homme de sa vie, son mari et son partenaire professionnel. Ensemble, ils organisent la grève à la Dominion Textile en 1946. Ce conflit, dont les travailleurs sortent victorieux, dure 100 jours et touche 6 000 femmes et hommes employés par les usines de Montréal et Valleyfield. À partir de là, le couple est dans la mire du premier ministre Maurice Duplessis. Tous deux sont traqués, jetés en prison, traînés en cour, accusés de sympathies communistes. En 1952, ils quittent le Québec pour l’Ontario, où ils continuent leur combat.

Améliorer le statut de la femme

Madeleine Parent s’active toujours contre la discrimination des femmes en milieu de travail et milite pour faire adopter la loi sur l’équité salariale, tant au niveau provincial que fédéral. Tout en continuant d’œuvrer dans le milieu syndical, elle s’implique au sein du Comité canadien d’action sur le statut de la femme (CCA) dès sa création en 1972. Elle tient mordicus à ce que les ouvrières aient une voix dans cette nouvelle organisation féministe. Elle y soutient aussi les femmes autochtones, appuyant par exemple les revendications de la Mohawk Mary Two-Axe Early, qui dénonce le fait que les femmes perdent leurs droits d’Indiens lorsqu’elles épousent un Blanc.

Kent Rowley meurt en 1978, mais Madeleine poursuit son militantisme syndical et sa lutte pour les droits des femmes. Elle siège au comité exécutif du CCA et elle s’active aussi dans les coulisses, ne négligeant pas la relève et prodiguant trucs et conseils aux futures générations militantes. Elle ne cesse de lutter pour une meilleure qualité de vie des femmes, qu’elles soient travailleuses, immigrantes, handicapées, âgées ou défavorisées.

Avec les femmes du Québec

Après avoir pris sa retraite du monde syndical, en 1983, Madeleine Parent revient s’installer à Montréal. La travailleuse a pris congé, mais pas la militante. On la voit marcher, en 1989, lors d’une manifestation en appui à Chantal Daigle pour le droit à l’avortement. En 1992, en vue du Forum pour un Québec pluriel, elle facilite les rencontres entre les groupes de femmes immigrantes, puis entre ces groupes et la Fédération des femmes du Québec. Pour une première fois, les femmes des communautés culturelles participent en grand nombre à des discussions sur l’avenir des femmes au Québec. Parce qu’elle s’est acquis la confiance des femmes, Madeleine Parent agit comme médiatrice et favorise le dialogue entre des groupes qui auparavant n’auraient pu se rencontrer. Depuis, les revendications des femmes immigrantes font partie des préoccupations de la Fédération des femmes du Québec.

Cet organisme met sur pied en 1995 la campagne Du pain et des roses. Madeleine Parent participe à cette manifestation contre la féminisation de la pauvreté, au cours de laquelle des milliers de personnes marchent entre Montréal et Québec durant trois jours. On la retrouve aussi à la Marche internationale des femmes, en 2000, puis au Sommet des peuples des Amériques, à Québec, en 2001, en soutien aux peuples autochtones.

Après avoir tant travaillé pour les femmes, Madeleine Parent a beaucoup marché pour elles, et avec elles, cheveux blancs au vent. Née à Montréal en 1918, elle s’y éteint des suites d’une maladie en 2012. Lors de son décès, plusieurs personnalités ont souligné son rôle capital dans l’orientation du mouvement des femmes au Canada et au Québec.

Références bibliographiques

LÉVESQUE, Andrée (dir.). Madeleine Parent militante, Montréal, Les Éditions du remue-ménage, 2003, 126 p.

LACELLE, Nicole. Entretiens avec Madeleine Parent et Léa Roback, Montréal, Les Éditions du remue-ménage, 2005, 173 p.