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Expo 67. Le pavillon du Québec

03 mai 2017

Pour Expo 67, le Québec redéfinit son identité face au monde. Loin d’une vision folklorique de la culture québécoise, le pavillon du Québec présente une nation moderne et tournée vers l’avenir.

Pavillon du Québec - CAN_MT1967-PH-3299

Photo fisheye montrant le pavillon du Québec avant de l'eau à l'avant-plan et le minirail
Collection personnelle Roger La Roche
Bien que le Canada ait officiellement été désigné hôte de l’Exposition universelle de 1967, le gouvernement québécois a annoncé dès 1964 que le Québec allait disposer de son propre pavillon. À l’automne de la même année, un concours d’architecture a retenu la proposition de la firme Papineau, Gérin-Lajoie, LeBlanc et Durand.

C’est sur l’île Notre-Dame, entre les pavillons de la France et de l’Ontario, qu’est érigé le pavillon du Québec. S’inspirant du flottage de cages et de radeaux de bois équarri qui a marqué l’histoire économique de plusieurs régions du Québec, le pavillon est constitué d’un grand cube de verre supporté par quatre piliers, le tout posé sur une plate-forme entourée d’eau. L’édifice est accessible par une passerelle surélevée. Le jour, les murs vitrés inclinés reflètent le ciel, alors que, le soir, on aperçoit à travers ceux-ci l’intérieur éclairé du pavillon. L’intérieur est composé d’une grande salle d’exposition située en hauteur, accessible par quatre ascenseurs aux parois vitrées. Au-dessus se trouve le restaurant, d’une capacité de 200 places.

Jean Octeau, le commissaire du pavillon, est chargé de définir l’image du Québec que le pavillon doit donner aux visiteurs. On souhaite alors présenter le Québec comme une nation à part entière, engagée dans une transition caractérisée à la fois par des éléments traditionnels et modernes. Après de vifs débats entre les architectes et les différents ministères impliqués, un scénario d’exposition est finalement établi.

Défi, combat et élan

Pavillon du Québec de nuit

Vue de nuit du pavillon du Québec
Collection personnelle Madeleine Maltais
Le programme est élaboré selon un circuit ininterrompu constitué autour de trois grandes étapes : le défi, le combat et l’élan. Le défi se rapporte aux difficultés imposées par le milieu naturel, le combat fait allusion à la façon dont le peuple québécois est parvenu au cours de son histoire à maîtriser les éléments, tandis que l’élan renvoie aux aspirations de la société contemporaine et à son avenir.

De l’intérieur des ascenseurs, les visiteurs peuvent observer une représentation stylisée de la forêt québécoise évoluant au rythme des saisons, qui représente le défi.

À l’étage principal, le combat occupe la plus grande surface de l’exposition. Axé principalement sur l’exploitation des ressources naturelles, le développement industriel et l’urbanisation, il se divise en sept sous-thèmes : la conquête (du territoire), l’eau, la forêt, le sol, le sous-sol, l’industrie et la ville. Si la conquête du territoire est avant tout illustrée par des outils et véhicules ayant marqué l’histoire québécoise (ancres de bateau, traîneaux inuits, canots d’écorce, raquettes, pneus de camions géants, motoneiges), le défi est surtout représenté par des éléments liés à l’exploitation des ressources naturelles et au développement industriel (fourrures, cylindres suspendus symbolisant la production de papier, cubes de minerais, seaux à sève d’érable, rouleaux d’acier, photographies illustrant l’industrialisation des campagnes).

Pavillon du Québec - intérieur

Vue intérieure du pavillon du Québec
Bibliothèque et Archives nationales du Québec. P97S1P05431.
Le centre de la salle est consacré à l’élan. On peut y lire en introduction : « L’élan, c’est celui d’un peuple qui, en dépit de tous les obstacles, désire conserver son patrimoine, son identité et s’affirmer comme une nation véritable en terre d’Amérique, soit une nation en pleine métamorphose. » Alors que le patrimoine met essentiellement en scène l’héritage français, les arts traditionnels et la vie quotidienne en Nouvelle-France, la métamorphose vise à illustrer la société québécoise contemporaine. Sont alors présentés les différentes vagues d’immigration, l’essor économique, le développement scientifique, la vie politique et le rayonnement culturel. L’élan se termine par une anticipation de l’avenir du Québec intitulée Québec, An 2000, dans laquelle on trouve différents montages graphiques illustrant le développement économique et démographique à venir, une carte du réseau routier projeté, une photographie d’enfants, ainsi qu’un court film éponyme.

Projections et sons électroniques

Pavillon du Québec - entrée (CAN_MT1967-PH-3933)

Vue sur l'entrée du pavillon du Québec.
Collection personnelle Roger La Roche
On peut également admirer, le long du parcours, 13 films silencieux projetés en continu, de même qu’une centaine de photographies, œuvres de Pierre Beaudin et Dick Nye. La sonorisation est quant à elle réalisée par le compositeur Gilles Tremblay. Nommée Centre-Élan, cette œuvre est constituée de sons naturels et industriels enregistrés aux quatre coins du Québec et de sons électroniques. La trame varie selon le trajet et les arrêts du visiteur.

Pour sa part, le restaurant offre une cuisine inspirée de la gastronomie québécoise. Son conseiller principal est Abel Benquet, chef propriétaire du restaurant Chez Pierre. On y offre notamment du filet de sole à la crème, des timbales de filet de veau aux truffes, des palourdes Cherrystone au gratin, du homard de Gaspé belle aurore, du faisan d’Oka en chartreuse et de la tourtière du Québec sauce bigarade. Chaque soir, de 20 h 30 à 22 h, des spectacles de chanson populaire y sont présentés. D’avril à octobre, Tex Lecor, Louise Forestier, Renée Claude, Nicole Perrier, Monique Gaube, Les Cabestans, Gaétane Létourneau, Christine Charbonneau et Claude Forestier se succèdent sur la scène.

Pavillon du Québec gros plan - CAN_MT1967-PH-3403

Gros plan sur la surface transparente du pavillon du Québec de nuit
Collection personnelle Roger La Roche
Si plusieurs visiteurs québécois se montrent davantage intéressés à découvrir les divers pavillons étrangers, le pavillon du Québec n’en demeure pas moins le huitième pavillon le plus visité de l’Expo. On estime à environ 5,5 millions son nombre de visiteurs. Parmi ceux-ci, au moins la moitié proviendrait de l’extérieur du pays.

Résolument moderne, tant dans son architecture que dans son exposition, le pavillon reçoit essentiellement des critiques positives. Le New York Times le qualifie notamment de révélation, saluant son architecture audacieuse, la pertinence de son exposition et l’utilisation habile de jeux de lumières et de sons électroniques. Certains lui reprochent en revanche sa trop grande sobriété et son exposition jugée trop conceptuelle, voire froide. La Société des artistes professionnels du Québec dénonce pour sa part la faible place accordée à l’art au détriment des aspects économiques et industriels. Alors que la presse tend à faire l’éloge du pavillon, de l’avis des hôtesses, bon nombre de visiteurs québécois le critiquent sévèrement.

Référence bibliographique

LA ROCHE, Roger. Expo 67. Pavillons nationaux : Québec, Villes-éphémères – Terre des Hommes (Expo 67-1984), 2012, 32 p. [En ligne]. http://www.villes-ephemeres.org

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