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La manufacture Macdonald Tobacco

08 juillet 2016
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Fondée à Montréal en 1858, la Macdonald Tobacco prospère rapidement en transformant et en commercialisant du tabac. Dans les années 1880, elle emploie 1000 personnes, dont de nombreux enfants.

Manufacture Macdonald Tobacco, 1877

Des employés de la manufacture Macdonald Tobacco pose devant l'édifice en 1877
La manufacture Macdonald Tobacco, 1877. Archives de la Ville de Montréal, VM94-D352-001. 
Au 2455, rue Ontario Est, les employés sont rassemblés devant la toute nouvelle usine de la Macdonald Tobacco pour la photo de groupe. Inauguré en 1876, le bâtiment a été dessiné dans un style néo-Renaissance par Alexandre Cowper Hutchison à qui l’on doit aussi, notamment, le musée Redpath. Pour William Christopher Macdonald et son frère Augustine, qui ont fondé la compagnie en 1858 dans la rue de la Commune, le succès est au rendez-vous. Leur tabac à pipe et à chiquer est populaire, sans doute grâce à leur recette secrète. Après la mort de William Christopher en 1917, la compagnie qui enregistre alors un bénéfice net de 750 000 dollars passe aux mains de Walter Stewart.

Au fil des ans, l’entreprise innove en offrant aux consommateurs des cigarettes, de plus en plus populaires, et des cartes illustrées à collectionner dans les paquets. Les cigarettes ont en effet un succès croissant depuis la fin de la Première Guerre mondiale et le retour des soldats. Pendant le conflit, ceux-ci en ont reçu plusieurs envois et y ont pris goût. Ce n’est qu’à partir de 1922 que la Macdonald Tobacco commence à vendre des cigarettes roulées et empaquetées à l’usine. Cette production s’ajoute à celle du tabac à chiquer, du tabac à pipe et du tabac fin à cigarette. En 1974, David M. Stewart vend la compagnie à la multinationale R.J. Reynolds Tobacco Co. au coût de 100 millions de dollars. Celle-ci sera par la suite rachetée par la Japan Tobacco Inc. en 1999. L’usine de la rue Ontario est quant à elle toujours active.

Au travail!

Manufacture Macdonald Tobacco, 1877 - détail

Enfants travaillant à la manufacture Macdonald Tobacco en 1877
La manufacture Macdonald Tobacco, 1877 (détail). Archives de la Ville de Montréal, VM94-D352-001.
Au XIXe siècle, l’industrialisation transforme le marché du travail et entraîne l’arrivée massive à Montréal de ruraux et d’immigrants à la recherche d’un emploi. La manufacture Macdonald Tobacco emploie pour sa part plus de 1000 personnes dans les années 1880. Pour arriver à subvenir aux besoins de la famille, tout le monde doit mettre la main à la pâte, y compris les femmes, qui constituent plus de la moitié de la main d’œuvre de Macdonald Tobacco, et… les enfants. Malgré l’entrée en vigueur de l’Acte des manufactures de 1885 qui établit l’âge minimal pour travailler à 12 ans pour les garçons et 14 ans pour les filles, il n’est pas rare de trouver des enfants dans les manufactures. Les employés de la Macdonald Tobacco travaillent généralement du lundi au samedi de 7 heures à 18 heures pour un maigre salaire hebdomadaire de 6 à 8,50 dollars pour les hommes et de 1,50 à 4,25 dollars pour les femmes. En 1942, un syndicat est mis sur pied à la Macdonald Tobacco, ce qui permet d’améliorer, avec le temps, les conditions de travail des ouvriers, par exemple en augmentant leur salaire ou en réduisant les heures de travail.

Une habitude très ancienne

Macdonald Tobacco - publicité

Publicité des produits de la Macdonald Tobacco
Centre d'histoire de Montréal. 1989.65.

Utilisé depuis longtemps par les Autochtones, le tabac rencontra un fort succès auprès des premiers explorateurs qui arrivèrent en Amérique aux XVe et XVIe siècles. Dès les débuts de la colonisation, on en fait le commerce à Montréal, et des plantations de tabac voient le jour dans le sud des États-Unis. Macdonald s’approvisionne pour sa part au Kentucky et fait sécher et transformer son tabac à Montréal. En 1870, le Québec est ainsi le premier producteur de tabac au pays et fabrique annuellement plus d’un million de livres de tabac. Au commencement du XXe siècle, Montréal profite toujours d’un statut privilégié dans la production canadienne de tabac : 73 % de la production totale du pays est montréalaise. Pendant tout le premier tiers du XXe siècle, le tabac occupe d’ailleurs le septième rang de la production industrielle québécoise.

Macdonald se distingue en apposant sur ses produits une étiquette avec la mention « Tobacco with a heart » (le tabac qui a du cœur). En 1934, toutefois, une nouvelle effigie fait son apparition. Peinte par l’artiste Rex Woods et inspirée par le modèle Betty Annan, la Macdonald Lassie devient la marque de commerce de l’entreprise et annonce, encore aujourd’hui, les cigarettes de la compagnie.

Manufacture Macdonald Tobacco, 2004

Vue sur la manufacture Macdonald Tobacco et la rue Ontario en 2004.
Photo de Normand Rajotte. Centre d’histoire de Montréal.
Au début du XXe siècle, le tabac n’a pas encore mauvaise presse. Il se trouve bien quelques organismes, médecins et personnalités pour dénoncer ses méfaits, cependant très peu s’y montrent sensibles. Dès les années 1950, on commence à dénoncer publiquement les effets nocifs du tabac, mais la Loi sur le tabac, qui réglemente entre autres la publicité des produits, ne sera adoptée finalement qu’en 1997. 

Cet article a été rédigé par Maryse Bédard. Il est paru dans la chronique « Montréal, retour sur l’image », dans le Journal de Montréal du 23 novembre 2014 et dans le livre Promenades historiques à Montréal, sous la direction de Jean-François Leclerc, les Éditions du Journal, 2016, 240 pages. Il contient aussi des passages d'une chronique parue en 2013 et en p. 202 du livre Promenades historiques à Montréal.

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