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Communauté sino-montréalaise : Timothy Chan

26 mai 2021

Gardien de la mémoire collective du Quartier chinois, le personnage de Timothy Chiu Man Chan demeure aujourd’hui une source de sagesse et un symbole de résilience. 

Dans le cadre de l’exposition Dialogue avec la communauté sino-montréalaise, le MEM est allé à la rencontre de personnes de la communauté. Ici, le parcours de Timothy Chiu Man Chan.

Tout immigrant en sait long sur les joies et les peines de quitter ses repères pour se faire un avenir à la hauteur de ses rêves. Reconnu comme l’historien de facto par sa communauté, Chan a dévoué plus d’un demi-siècle à documenter et à préserver les récits des lo wah kiu (vieux Chinois d’outre-mer) afin de les transmettre aux prochaines générations.

Un « fils sur papier »

Timothy Chan

Photo couleur plein pied d’un homme âgé debout devant un édifice commercial du Quartier chinois.
Photographe : Jennifer Li. MEM - Centre des mémoires montréalaises.
Né à Taishan en 1937, Timothy Chiu Man Chan fait escale à Hong Kong à l’âge de 16 ans pour prendre un bateau à vapeur américain vers San Francisco. De là, il embarque dans un périple de deux jours en train pour arriver à Vancouver, et par la suite, de quatre jours pour arriver à la gare Windsor de Montréal.

Comme environ 11 000 Chinois, Timothy est arrivé au Canada en tant que « fils sur papier ». En effet, après l’abrogation de la Loi d’exclusion, les restrictions sur l’immigration chinoise se sont poursuivies : seuls les conjoints et les enfants des citoyens canadiens ainsi que les résidents permanents ont le droit d’entrer au pays. Grâce à des documents achetés par son oncle, Timothy adopte l’identité d’une personne née sur le territoire canadien. Comme la plupart des « fils sur papier », il doit garder secrète sa véritable identité et limiter ses interactions sociales sous crainte de déportation.

La découverte d’une nouvelle culture

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Exemplaires d'un journal en chinois
Collection personnelle de Timothy Chiu Man Chan
Au milieu des années 1950, on compte moins de 2000 Chinois d’outre-mer à Montréal, avec une moyenne d’âge de plus de 60 ans. La majorité d’entre eux travaillent dans l’industrie de la restauration et de la buanderie. Chan imite ses compatriotes et fait du service au fameux Jardin du Cerf (Lee’s Garden) pendant deux ans. « Les vieux Chinois travaillaient plus de 12 heures par jour, ils n’avaient pas de vie sociale et étaient souvent victimes de discrimination. Je voulais trouver une façon de défendre notre dignité et de tailler notre place dans la société », confesse Chan. Ainsi, lui et plusieurs jeunes aux valeurs similaires se réunissent pour échanger des nouvelles de leur ville natale et du monde. Ils discutent aussi des enjeux de la diaspora chinoise et reconnaissent la responsabilité de lutter pour l’égalité et de sauvegarder leur culture.

L’appel du vent de l’Est

Timothy Chan 3

Cette image montre deux photos en noir et blanc. Celle du haut montre un homme d’origine chinoise debout derrière une table, un micro devant lui, et une dame assise à ses côtés. Celle du bas un homme debout au micro et de chaque côté des hommes assis.
Collection personnelle de Timothy Chiu Man Chan
Rapidement, leur enthousiasme et leur volonté de fer se font ressentir dans la communauté. Leur forum d’échanges devient officiellement la Dongfeng Society (« la société du Vent de l’Est »), dont les bureaux sont situés près de l’intersection Viger et Clark. En 1959, cette société lance son premier journal et rencontre un succès prometteur auprès des lo wah kiu. « Grâce à notre publication chinoise, les Chinois d’outre-mer qui ne comprenaient pas le français ont pu enfin s’informer sur l’actualité locale et internationale », explique Chan, l’éditeur en chef. Pour promouvoir des échanges interculturels, la société demande à ses membres de participer aux activités de la communauté anglo-française, en particulier celles qui ont lieu durant les élections, afin de créer des liens d’amitié. Sous la direction de Chan, la société Dongfeng joue également un rôle indispensable dans les relations diplomatiques entre le Canada et la Chine pendant plus de 15 ans. En septembre 1959, elle organise un rassemblement à l’hôtel Guanhua dans le Quartier chinois pour célébrer les 10 ans de la fondation de la République populaire de Chine. En tant que président, Chan accueille les politiciens chinois et sert de traducteur sur place durant cet événement de grande envergure. En août 1960, la société reçoit la troupe de l’Opéra chinois et la troupe de chant de Beijing pour leur tournée canadienne. Encore une fois, Chan est à la tête d’un événement historique, car c’est la première fois qu’une délégation culturelle de la nouvelle république visite le Canada.

En 1973, la société Dongfeng ferme ses portes et cesse la publication de son journal. « Les membres ont commencé à avoir des familles, et on ne pouvait s’occuper du journal que dans la soirée. Je suis vraiment fier de tout ce qu’on a accompli durant ces années. Je pense qu’on a renforcé les relations diplomatiques entre les deux pays, et on a pu permettre aux Canadiens de mieux comprendre nos combats », déclare Chan.

Écrire le périple sino-canadien

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Gros plan sur les mains d’un homme montrant des photos anciennes dans un dossier.
Photo de Jennifer Li

Depuis que Chan a posé les pieds au Canada, il s’est engagé à défendre son héritage et à faire valoir la contribution des Chinois d’outre-mer à la société canadienne. Après avoir participé à de nombreuses organisations et occupé des postes importants, il se donne la mission d’écrire l’histoire sino-canadienne, trop souvent ignorée. Il visite alors plusieurs personnes âgées, documente leur vie et recueille des textes, des images et d’autres empreintes culturelles qui conservent tous de précieux souvenirs. La réputation de maître Chan dans le domaine de l’étude sino-canadienne se fait connaître : il est en demande et donne de nombreuses conférences universitaires à travers le pays. En 2007, Chan fait une présentation à l’exposition de photos de l’histoire canadienne-chinoise inaugurée au musée McCord. « Cette exposition s’est terminée en avril 2008. Les visiteurs sont venus du monde entier. J’ai été vraiment ému. Après l’exposition, j’ai fait don des photos au musée », explique Chan.

En 2013, l’historien se rend en Chine avec le maire de Montréal et fait une visite distinguée à Guangzhou pour y présenter le premier numéro du journal Dongfeng au musée des Chinois d’outre-mer de Guangdong. La même année, il organise des visites guidées dans le Quartier chinois pour raconter l’histoire de chaque bâtiment, arcade et rue qui ont marqué les pages de sa jeunesse.

Au fil de sa carrière, Chan accumulera plus de 400 reliques culturelles dont il fait don à plusieurs institutions canadiennes et chinoises.

Le souhait d’un vieil historien

Malgré ses 85 ans, Chan reste vif d’esprit et continue à étudier et à écrire sur l’histoire des Chinois d’outre-mer. Son plus grand souhait « est de préserver cette histoire afin de la transmettre aux prochaines générations. » Il espère que le système d’éducation intègrera ces récits dans ses programmes d’enseignement et que la société canadienne n’oubliera jamais la contribution des Chinois qui ont fait preuve de courage et de résilience pour surmonter le racisme et d’autres formes de discrimination sociale.

陈超万

加拿大华人历史文化学会
「我是唐人街历史学家,已经记录了唐人街的发展和历史超过60年。」

「我在加拿大见证华人历史已有60多年。不幸的是,因为在学校里并没有教授相关的知识,人们对此知之甚少。我最大的愿望是能够保留这段历史,并传给我们的后代。我希望我们的孩子意识到并牢记祖先对加拿大社会所做出的宝贵贡献。这整段历史里包含了许多艰难且痛苦的时刻,但正是经历了这些挑战,我们才从中找到了力量和韧性。这些故事塑造了我们的身份,是不容忘记的。」- 陈超万

La traduction en chinois simplifié a été faite par Serena Xiong (熊吟) et révisé par Philippe Liu (刘秦宁).

陳超萬

加拿大華人歷史文化學會
「我是唐人街歷史學家,已經記錄了唐人街的發展和歷史超過60年。」

「我在加拿大見證華人歷史已有60多年。不幸的是,因為在學校沒有教授,人們了解不多。我最大的願望是能夠保留此歷史,傳給我們的後代。我希望我們的孩子意識到並牢記祖先對加拿大社會所做的寶貴貢獻。每個故事都經歷過艱難的時刻、痛苦的時刻,但是經過這些挑戰,我們鍛煉到能量和應變能力。這些故事塑造了我們的身份,是不容忘記的。」- 陳超萬

Traductrice : Wai Yin Kwok.