1946-1980

Le mont Royal, un lieu de loisirs au cœur d’une métropole régionale diversifiée
  • 1953

    Création du service des parcs à la Ville de Montréal.

  • 1954

    Coupe massive d’arbres et de buissons sur la montagne.

  • 1958

    Inauguration de la voie Camillien-Houde.

  • 1958

    Inauguration du pavillon du lac aux Castors.

  • 1963

    Ouverture du Centre d’art du Mont-Royal, installé dans la maison Smith jusqu’en 1983.

  • 1964

    Tenue du Symposium international de sculptures organisé par le Centre d’art du Mont-Royal.

  • 1973

    Démolition de la maison Van Horne, rue Sherbrooke; début d’un mouvement citoyen de protection du patrimoine.

  • 1975-1976

    Célébrations de la fête de la Saint-Jean-Baptiste dans le parc du Mont-Royal.

  • 1977

    Érection d’une tour de télécommunication de la Ville de Montréal sur le sommet du Mont-Royal.

Images de publicité touristique, vers 1960. La montagne offre quiétude, panoramas et activités récréatives qui attirent les foules, et ce, dans une ville qui se densifie sur ses flancs.

Montréal, une ville internationale et cosmopolite

Après la Seconde Guerre mondiale, Montréal entre dans une ère de prospérité qui favorise l’enrichissement collectif et l’amélioration des conditions de vie. Si la ville perd son titre de métropole canadienne au profit de Toronto, elle est sans conteste la figure de proue du développement économique québécois. Le centre-ville se métamorphose rapidement : les gratte-ciel, où s’établissent les sièges sociaux de compagnies du secteur tertiaire, se mettent à concurrencer le sommet de la montagne.

Montréal est une ville ouverte sur le monde et accueille des événements d’envergure qui font défiler dans ses rues des gens de partout : en 1964, le Symposium international de sculpture sur le mont Royal, le premier du genre en Amérique; l’Exposition universelle de Montréal (Expo 67), la grande fête multiculturelle où les visiteurs ont rendez-vous avec 62 pays; les Jeux olympiques de 1976, au cours desquels des athlètes des quatre coins de la planète se mesurent les uns aux autres.

L’effervescence de cette période s’accompagne d’une croissance de la population montréalaise, qui dépasse le million en 1951, et même plus avec la banlieue. À ce moment, 34 % de la population du Québec vit dans la région métropolitaine; en 1976, la proportion atteint 45 %. Les années 1950 sont marquées par le baby-boom. L’immigration se diversifie : Montréal voit arriver des gens de l’Europe du Sud, puis, après les années 1960, de l’Asie, des Antilles et de l’Afrique du Nord. L’espace urbain s’étire d’abord dans les quartiers du nord et de l’est, puis très rapidement dans les banlieues plus éloignées. Le centre-ville poursuit son développement en s’approchant des limites sud de la montagne.

Légende : "Vue de Montréal". Érigée en 1962, la tour de Place Ville Marie, édifice cruciforme à gauche de la photo, est devenue un des symboles visuels majeurs de la ville.
Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 06M_E6S7SS1_P661682
Credit : Gabor Szilasi, 1966

Le paysage de la montagne et de ses environs change

Les changements majeurs apportés aux paysages entourant la montagne surviennent tout particulièrement au tournant des années 1960 : Montréal se modernise!

Cette modernisation se traduit, entre autres, par la valorisation des déplacements en automobile. À compter de 1958, une route panoramique traverse la montagne de part en part : c’est la voie Camillien-Houde (TO-42). Elle est décriée par plusieurs car elle dévie du concept ayant inspiré l’aménagement du parc du Mont-Royal : accéder avec lenteur au sommet. Des échangeurs aux carrefours d’entrée s’y ajoutent afin d’assurer la fluidité des déplacements dans l’axe nord-sud de la ville. De vastes espaces de stationnement près de la maison Smith, dans le parc du Mont-Royal, complètent ces aménagements adaptés aux véhicules motorisés. Une autre intervention effectuée sur la montagne transforme profondément l’environnement paysager. Dans un souci de sécurité publique, et à la demande de citoyens, l’administration du maire Jean Drapeau effectue en 1954 une coupe radicale d’arbustes et de bosquets dans le parc, afin d’éviter que certains comportements indésirables ne s’y produisent. L’effet est saisissant : la montagne est surnommée « le mont Chauve ». Des actions de reboisement devront être entreprises dans les années 1960 pour éviter la forte érosion ainsi engendrée. Le pourtour des trois sommets de la montagne est maintenant fortement urbanisé, le flanc sud étant même densément peuplé en raison du nouveau centre-ville qui s’y déploie. Les terrains sont convoités par les promoteurs qui veulent, entre autres, y ériger des tours d’habitation. Heureusement, le sommet du Mont-Royal est protégé de l’envahissement urbain par le parc. Plusieurs familles nanties quittent le Mille Carré doré pour s’établir dans les banlieues ouest. De grandes demeures bourgeoises sont alors vendues ou léguées à l’Université McGill (BI-02-00), qui étend les limites de son campus, et certaines sont vendues à l’Université Concordia, née de la fusion de deux établissements en 1974. La démocratisation de l’enseignement supérieur dans les années 1960 amène la construction ou l’aménagement d’une quinzaine de nouveaux pavillons à McGill et d’une dizaine à l’Université de Montréal (BI-09-00). Comme l’ensemble des intervenants en santé au Québec, les hôpitaux sur la montagne, l’Hôtel-Dieu (BI-01-00) et le Royal Victoria (BI-10), connaissent une période d’expansion à la suite de la prise en charge des soins par l’État, avec l’assurance-hospitalisation en 1961 et l’assurance-maladie en 1970. Ils érigent des pavillons pour répondre aux besoins croissants. Un établissement de santé déménage en 1955 dans un vaste immeuble sur le flanc sud : l’Hôpital général de Montréal (BI-11).

Légende : "City at the Foot of the Mount Royal - La ville au pied du mont Royal", 1960. En 1960, le paysage est dominé par les tours des années 1920.
Credit : © The (Montreal) Gazette, Photo Archives

La montagne et la qualité de vie des habitants de Montréal

Dans le Montréal de l’après-guerre, les familles ont de plus en plus accès à une voiture qui facilite les déplacements vers les espaces verts récréatifs sur l’île et même à l’extérieur, comme dans les parcs de la banlieue ou les régions de villégiature telles les Laurentides. Facilement accessible en auto, la montagne compte parmi les espaces urbains où se divertir, avec la kyrielle d’activités et d’équipements qui font le bonheur d’une grande variété d’usagers au parc du Mont-Royal. Ce dernier constitue un attrait touristique majeur de la ville; il acquiert même une vocation métropolitaine.

On construit entre 1955 et 1958 un pavillon restaurant à l’architecture moderne, adjacent au lac aux Castors. L’innovation architecturale caractérise plusieurs bâtiments érigés sur la montagne à cette période, tant dans les résidences privées que dans les institutions.

Été comme hiver, le lac aux Castors attire les visiteurs. Les activités foisonnent : festival de pêche, observation d’animaux, pique-nique, location d’embarcation, promenade à pied, à cheval, en balade motorisée; patinage, glissade, ski, raquettes. Des balançoires sont installées à proximité. En 1975 et 1976, les Montréalais célèbrent la Saint-Jean-Baptiste sur la montagne avec de mémorables spectacles de chansons et des feux d’artifice.

Le parc Jeanne-Mance, à l’arrière des bâtiments de l’Hôtel-Dieu, profite également de la vague de modernisation d’après-guerre : ses équipements de jeux sont réaménagés dans les années 1960, une pataugeoire est ajoutée et l’aire de sports repensée.

Légende : Vue du mont Royal, Montréal.
Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 06M_E6S7SS1P780878_007
Credit : Adrien Hubert, 1978

Des traces toujours visibles

Cette période voit se construire des équipements récréatifs et sportifs dont profiteront des générations de visiteurs, qui viendront nombreux se divertir sur la montagne. Le pouvoir d’attraction du mont Royal ne se dément pas.

Légende : "Traces d’intérêt historique, de 1930 à 1980". Les étoiles bleues indiquent les traces présentées dans cette section.
Source : Étude de caractérisation de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal, Commission des biens culturels du Québec, 2005, carte 9.2.
Credit : Guy Mongrain, INRS

Sources consultées

Études sur le site patrimonial déclaré du Mont-Royal

COMMISSION DES BIENS CULTURELS DU QUÉBEC. Étude de caractérisation de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal. 2005.

POITRAS, Claire. L’arrondissement historique et naturel du Mont‐Royal, une montagne dans la ville. Une identité façonnée par les interactions entre les activités humaines et un milieu naturel. Rapport présenté au Bureau du Mont‐Royal et au ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, Institut national de la recherche scientifique, Montréal, juillet 2011.

 

Publications

LINTEAU, Paul-André. Brève histoire de Montréal. Montréal, Boréal, 1992.

LINTEAU, Paul-André. Histoire de Montréal depuis la Confédération. Montréal, Boréal, 2000.

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global, Libre Expression, 1994.

Pour en savoir plus

La petite histoire du mont Royal
Les amis de la montagne

Musée McCord
690, rue Sherbrooke Ouest
Montréal (Québec) H3A 1E9
Renseignements généraux : 514 398-7100

Les amis de la montagne et la maison Smith
1260, chemin Remembrance
Montréal (Québec) H3H 1A2
514 843-8240, poste 0

Centre d’histoire de Montréal
335, place D’Youville (coin St-Pierre)
Vieux-Montréal (Québec) H2Y 3T1
Renseignements : 514 872-3207