1907-1945

Le mont Royal, un espace vert accessible, un emplacement convoité
  • 1902

    Premier terrain de jeux au Fletcher’s Field; c’est le début de l’installation d’une série d’équipements récréatifs à cet endroit, notamment les bassins pour enfants en 1908, les aires de jeux supervisées avec appareils en 1913.

  • 1910

    Congrès eucharistique international au Fletcher’s Field; dès lors, les Montréalais francophones appellent cet endroit le parc Jeanne-Mance – ce nom sera officialisé en 1990.

  • 1919

    Inauguration du monument à sir George-Étienne Cartier.

  • 1923-1925

    Construction de la maison mère des Sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie.

  • 1924

    Mise en service du circuit de tramway qui emprunte le chemin de la Côte-des-Neiges et le chemin Shakespeare (aujourd’hui Remembrance) pour rejoindre la maison Smith.

  • 1924

    Inauguration de la croix du mont Royal.

  • 1925

    Ouverture de l’hôpital Shriners pour enfants sur l’avenue Cedar.

  • 1928

    Construction du kiosque à musique au pied de la montagne.

  • 1928

    Ouverture du Collège Jean-de-Brébeuf.

  • 1930

    Mise en service du circuit de tramway qui emprunte l’avenue du Parc et se rend à la maison Smith.

  • 1932

    Ouverture du chalet de la montagne.

  • 1938

    Inauguration d’un bassin artificiel dans le parc du Mont-Royal : le lac aux Castors.

  • 1942

    Construction de la première tour de télécommunication au sommet de la montagne.

"Vue depuis le mont Royal, Montréal, QC, vers 1923". La ville resserre son empreinte autour de la montagne, un lieu fréquenté et convoité. Photographie.

Montréal, une métropole au portrait diversifié

Grande métropole canadienne, Montréal vit un âge d’or entre 1896 et 1914 : son économie connaît une formidable croissance. La ville compte 325 000 habitants en 1901; c’est en 1951 qu’elle atteindra le million.

Dans le premier tiers du 20e siècle, la bourgeoisie montréalaise est à son apogée et ses familles se regroupent dans des quartiers homogènes, particulièrement sur la montagne. Les quartiers opulents, comme le Mille Carré doré, se densifient. On évalue que la fortune des habitants de ce quartier représente près de 70 % des richesses du Canada.

La ville poursuit, dans les deux premières décennies, l’annexion de municipalités environnantes. Elle accueille de nouveaux arrivants, que ce soit les agriculteurs venus tenter leur chance dans la métropole industrielle ou les vagues d’immigration internationale qui amènent en ce début de siècle des Italiens et des Juifs d’Europe de l’Est. Ceux-ci s’installent dans l’axe du boulevard Saint-Laurent, entre l’est francophone et l’ouest anglophone, ajoutant une troisième voie à la dualité de la métropole : de 5,4 % en 1901, les gens d’une autre origine ethnique que française ou britannique passeront à 15 % de la population en 1951.

La construction connaît un véritable essor. La montée de la classe moyenne entraîne une diversification des habitations dont on verra les effets jusque sur les flancs de la montagne. Les banlieues prennent aussi de l’expansion, notamment Outremont, qui se bâtit sur les anciennes grandes terres agricoles, et Westmount.

Les premiers gratte-ciel de plus de dix étages dominent le paysage à partir de 1927 : ce sont l’édifice de la Banque Royale et celui de la compagnie Bell, suivis de l’édifice Aldred et de celui de la Sun Life peu après. Ils font une percée dans un centre-ville qui n’est plus au cœur de la vieille ville mais qui se développe vers la rue Sainte-Catherine plus au nord, à proximité des quartiers bien nantis.

Légende : "Vue depuis les écluses du canal de Lachine, port de Montréal, QC, vers 1910". Les nombreuses activités industrielles et portuaires du canal de Lachine témoignent de l’effervescence économique du début du 20e siècle.
Source : Musée McCord, MP-0000.890.6, http://www.mccord-museum.qc.ca/fr/collection/artefacts/MP-0000.890.6
Credit : Anonyme

Le paysage de la montagne et de ses environs change

Sur les flancs de la montagne, une diversité d’habitations loge les familles dans la première moitié du 20e siècle.

Sur Redpath Crescent, un domaine résidentiel est créé en regroupant dans un même ensemble des maisons unifamiliales en pierre, dans une rue en croissant formant une impasse.

Des maisons de ville en rangée se retrouvent notamment sur la rue University, avenue des Pins et avenue du Docteur-Penfield.

La classe moyenne aisée peut se loger dans des immeubles d’appartements comme le Trafalgar et le Gleneagles sur le chemin de la Côte-des-Neiges qui, de leur position avantageuse, offrent des panoramas attrayants. Les premiers immeubles d’appartements fournissent aussi des services en plus d’un logis – ascenseur, chauffage central, garage… comme à l’hôtel. Ils se démocratiseront dans l’entre-deux-guerres. Côte-des-Neiges comptera plusieurs de ces immeubles.

Tant du côté francophone que du côté anglophone, les institutions religieuses, les établissements de santé et d’éducation continuent à investir la montagne et à tirer profit de ses bienfaits et de son prestige. Au Collège Notre-Dame (BI-12-01) déjà bien implanté viennent s’ajouter le Montreal High School en 1914 et le Collège Jean-de-Brébeuf en 1928. Les Sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie installent leur maison mère sur le boulevard du Mont-Royal en 1923‐1925 et ouvriront, quelques années plus tard, une importante école de musique. L’Hôtel-Dieu et l’Hôpital Royal Victoria construisent de leur côté de nouveaux bâtiments; l’hôpital Shriners pour enfants est inauguré en 1925 sur l’avenue Cedar.

Un élément fait une entrée remarquée dans le paysage en 1924 : la croix érigée sur le sommet du mont Royal, qui deviendra un repère majeur du paysage montréalais.

L’Université McGill, sur le flanc sud, agrandit son campus alors que de généreux mécènes lui permettent d’acquérir des terrains et de construire des pavillons pour ses différents programmes.

Sur le flanc nord, l’Université de Montréal établit son nouveau campus sur un immense terrain, dans une zone résidentielle de Côte-des-Neiges. Son histoire témoigne des difficultés entraînées par la crise économique des années 1930 alors que les travaux doivent être complètement arrêtés. L’imposant pavillon central, œuvre de l’architecte Ernest Cormier, est finalement inauguré en 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale.

Toujours sur le flanc nord, l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal est fondé en 1904 par le frère André. Une petite chapelle reçoit, dès 1905, les premiers pèlerins. Le long chantier de construction de la basilique débute en 1922. L’édifice imposant est un lieu de pèlerinage majeur et hautement fréquenté. La vocation institutionnelle du mont Royal s’affirme clairement. Ces grands bâtiments ceinturent désormais en quelque sorte le parc.

Légende : Maison du Redpath Crescent.
Credit : © Alain Laforest, 2012

La montagne et la qualité de vie des habitants de Montréal

Pour satisfaire les besoins grandissants de la population, la Ville de Montréal met en place différentes infrastructures qui améliorent son système de distribution d’eau, notamment la station de pompage McTavish sur l’avenue du Docteur-Penfield, en 1932. À compter de 1938, les réservoirs d’eau à ciel ouvert sont recouverts. Leur large surface gazonnée s’ajoute aux espaces verts de la montagne.

L’amélioration des transports entraîne le développement de nouveaux territoires suburbains en favorisant la mobilité de la population. À cet effet, l’ouverture en 1918 du tunnel ferroviaire creusé sous la montagne a un impact sur l’urbanisation des banlieues nord, qui obtiennent un accès direct au centre-ville.

Dès 1893, des tramways sillonnent le flanc nord de la montagne, puis, à partir des années 1920, le flanc ouest et le secteur de Westmount, en plus du centre-ville et des autres quartiers.

L’avènement du transport en commun joue un rôle crucial dans la démocratisation de l’accès à la montagne. Certaines élites voisines du parc du Mont-Royal souhaitent restreindre l’accès populaire aux espaces verts de la montagne. Les édiles municipaux croient plutôt que tous devraient pouvoir en bénéficier; leur point de vue primera. À partir de 1930, des tramways amènent même directement les gens dans le parc du Mont-Royal, à la maison Smith.

Le parc du Mont-Royal, lieu fort prisé d’activités sportives et de plein air, est doté dans les années 1930 d’aménagements qui deviendront des lieux de rencontre importants. Ces équipements font partie de l’effort de la Ville pour contrer les effets de la crise économique en réalisant des programmes de travaux publics.

Le chalet de la montagne est ouvert en 1932 près du belvédère. Il attire les foules lors d’événements spéciaux comme les concerts populaires d’été de l’Orchestre symphonique dans les années 1940.

Le lac aux Castors, un bassin artificiel, est aménagé entre 1936 et 1938, selon les plans de l’architecte paysagiste Frederick Todd . Les visiteurs seront nombreux à en parcourir les berges.

Légende : "Tunnel du CN sous le mont Royal, Montréal, QC, vers 1918".
Source : Musée McCord, VIEW-6423, http://www.mccord-museum.qc.ca/fr/collection/artefacts/VIEW-6423
Credit : Wm. Notman & Son

Des traces toujours visibles

Cette période voit se construire plusieurs immeubles et des équipements récréatifs qui marqueront le paysage montréalais jusqu’à aujourd’hui.

Légende : "Traces d'intérêt historique, de 1870 à 1930". Les étoiles bleues indiquent les traces présentées dans cette section.
Source : "Étude de caractérisation de l'arrondissement historique et naturel du Mont-Royal", Commission des biens culturels du Québec, 2005, carte 8.2
Credit : © Guy Mongrain, INRS

Sources consultées

Études sur le site patrimonial déclaré du Mont-Royal

COMMISSION DES BIENS CULTURELS DU QUÉBEC. Étude de caractérisation de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal. 2005.

POITRAS, Claire. L’arrondissement historique et naturel du Mont‐Royal, une montagne dans la ville. Une identité façonnée par les interactions entre les activités humaines et un milieu naturel. Rapport présenté au Bureau du Mont‐Royal et au ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, Institut national de la recherche scientifique, Montréal, juillet 2011.

 

Publications

DE LAPLANTE, Jean. Les parcs de Montréal : des origines à nos jours. Montréal, Éditions du Méridien, 1990, p. 86-90.

LINTEAU, Paul-André. Brève histoire de Montréal. Montréal, Boréal, 1992.

LINTEAU, Paul-André. Histoire de Montréal depuis la Confédération. Montréal, Boréal, 2000.

RÉMILLARD, François et Brian MERRETT. Demeures bourgeoises de Montréal. Le Mille carré doré 1850-1930. Montréal, Éditions du Méridien, 1986.

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global, Libre Expression, 1994.

Pour en savoir plus

Grand Répertoire du patrimoine bâti de Montréal : le Mille carré doré
Service de la mise en valeur du territoire et du patrimoine de la Ville de Montréal

Montréal en quartiers : quartier Square Mile
Réalisé par Héritage Montréal

Notre histoire : l’Université de Montréal

Musée McCord
690, rue Sherbrooke Ouest
Montréal (Québec) H3A 1E9
Renseignements généraux : 514 398-7100
info@mccord.mcgill.ca

Les amis de la montagne et la maison Smith
1260, chemin Remembrance
Montréal (Québec) H3H 1A2
Téléphone : (514) 843-8240, poste 0
info@lemontroyal.qc.ca

Centre d’histoire de Montréal
335, place D’Youville (coin Saint-Pierre)
Vieux-Montréal (Québec) H2Y 3T1
Renseignements : 514 872-3207
chm@ville.montreal.qc.ca

Exporail, le Musée ferroviaire canadien
110, rue Saint-Pierre
Saint-Constant (Québec) J5A 1G7
Téléphone : 450 632-2410
info@exporail.org