1642-1792

Le mont Royal à l’horizon de la ville fortifiée
  • 1642

    Fondation de Montréal par Paul Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance.

  • 1653

    Arrivée à Montréal de Marguerite Bourgeoys, future fondatrice de la congrégation de Notre-Dame.

  • 1657

    Établissement de quatre prêtres de Saint-Sulpice (sulpiciens) à Montréal; ils ont la charge de la paroisse Notre-Dame de Montréal.

  • 1659

    Arrivée des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, à l’invitation de Jeanne Mance.

  • 1663

    Cession de la seigneurie de Montréal au Séminaire de Saint-Sulpice de Paris.

  • 1666

    Ouverture par les Sulpiciens du domaine de la Montagne sur le flanc sud du mont Royal.

  • 1694

    Ouverture aux concessions de la côte Sainte-Catherine, sur le flanc est de la montagne.

  • 1698

    Ouverture aux concessions de la côte des Neiges sur le flanc nord du mont Royal.

  • 1792

    Modification des limites territoriales de la ville afin d’y englober les faubourgs avoisinants.

"Montréal". Montréal est ceinturé de ses murs de fortification; à l’extérieur, les faubourgs commencent à se développer. Aquarelle sur mine de plomb sur papier vélin.

L’île de Montréal : un avant-poste de commerce fréquenté

Même si depuis la fin du 16e siècle, les Amérindiens n’y habitent plus de façon sédentaire, l’île de Montréal demeure un carrefour de rencontre et de traite. Des Algonquiens la fréquentent; des Français aussi, dont l’explorateur et fondateur de Québec, Samuel de Champlain, qui visite l’île à plusieurs reprises et en vante l’emplacement stratégique. La fondation de Montréal, en 1642, facilitera ces échanges : la nouvelle ville deviendra peu à peu une importante tête de pont continentale du commerce des fourrures entre les Français et les Amérindiens.

Légende : "Les pelletiers à Montréal", 1916. Montréal est l’hôte d’une foire commerciale l’été, où les nations amérindiennes viennent échanger des fourrures contre des objets européens, telles des couvertures, des armes, des parures.
Source : Bibliothèque et Archives Canada, C-011013 Pastel sur papier vélin
Credit : George Agnew Reid

La montagne, un symbole pour Montréal

La fondation de Montréal en 1642 est un projet missionnaire de la Société des Messieurs et Dames de Notre-Dame de Montréal pour la conversion des Sauvages de Nouvelle-France, fondée en France. La Société obtient toute l’île en seigneurie. Les Montréalistes, premiers habitants de la ville, s’installent à un endroit stratégique : sur la pointe de terre à la jonction du fleuve et de la Petite Rivière. Ils construisent un fort, baptisé Ville-Marie, entouré d’une enceinte de bois pour se protéger des attaques iroquoises. En décembre de cette première année sur l’île, une inondation menace d’atteindre le fort. Heureusement, ce dernier est épargné. En signe de reconnaissance, le gouverneur de la ville, Paul Chomedey de Maisonneuve, plante une croix sur le mont Royal. Ce geste renforce la valeur symbolique de la montagne. En 1648, le gouverneur Maisonneuve concède les premières terres aux censitaires de la seigneurie de Montréal, le long du fleuve. C’est cependant au moment où la seigneurie est transférée aux Sulpiciens en 1663 que s’accélère le rythme des concessions. Montréal, petite ville de commerce, compte alors environ 600 habitants. Les Sulpiciens favorisent la mise en exploitation de terres agricoles sur les flancs de la montagne, permettant à cette dernière d’intégrer l’économie de la ville.

Légende : Georges Delfosse "Maisonneuve fonde la ville de Montréal le 18 mai 1642". 1931.
Source : Collection Ville de Montréal Huile sur toile
Credit : © David Giral, 2010

Le domaine des Sulpiciens à flanc de montagne

Les Sulpiciens font partie d’une société de prêtres, fondée en France en 1641, qui a essentiellement comme objectifs l’évangélisation ainsi que la formation du clergé dans des séminaires. Leur première fondation est celle du Séminaire de Saint-Sulpice à Paris. Celui-ci envoie en 1657 des prêtres ouvrir une succursale à Montréal; ils obtiendront la cure de la paroisse Notre-Dame. En 1663, les Sulpiciens deviennent les seigneurs de l’île. À ce titre, ils doivent concéder gratuitement des terres; ils se réservent divers emplacements sur l’île, dont un vaste domaine établi en 1666 sur le flanc sud du mont Royal. Ils y ouvrent en 1675 une mission amérindienne où quelque 200 Hurons, Iroquois et Algonquins convertis au catholicisme s’installent et cultivent le maïs et les haricots dans les champs à proximité. Les Sulpiciens construisent, six ans plus tard, une chapelle en bois et une résidence pour les missionnaires, protégées par un fort en pierre flanqué de quatre tours aux angles. Deux de ces tours sont toujours visibles aujourd’hui, rue Sherbrooke – à l’extérieur du territoire du Site patrimonial déclaré du Mont-Royal.

Au début du 18e siècle, les Sulpiciens déménagent leur mission amérindienne au Sault-au-Récollet, au nord de l’île. Ils récupèrent ainsi leur domaine sur la montagne; ils y aménagent des jardins et agrandissent les bâtiments. Leur maison de campagne est très prisée par les prêtres. Le domaine de la Montagne offre un point de vue imprenable sur le fleuve, la ville, les collines Montérégiennes.

Légende : Reconstitution de la résidence fortifiée des Sulpiciens sur le flanc du mon Royal.
Credit : © Francis Back, 1991

Le paysage de la montagne et de ses environs change

Sous l’impulsion des Sulpiciens, le territoire montréalais se développe tout particulièrement en côtes. Celles-ci sont des regroupements de longues bandes de terres étroites mais profondes, d’abord établies perpendiculairement au fleuve, puis à l’intérieur de l’île le long d’un cours d’eau ou d’un chemin. Les censitaires y vivent près les uns des autres : c’est une unité de cohérence sociale, à peu près équivalente au rang et répandue à Montréal, qui laissera sa marque sur le territoire. Autour de la montagne, les côtes Saint-Joseph, Sainte-Catherine et Notre-Dame-des-Neiges comptent parmi les premières.

Plusieurs membres de l’élite sont propriétaires de vastes domaines, dont, dans le secteur de la Côte-des-Neiges, le marquis de Vaudreuil et le procureur du roi Pierre Raimbault. Ce dernier donnera son nom à un ruisseau important qui coule de la montagne à travers ses terres, le long duquel se dresse le chemin de la Côte-des-Neiges. Ces notables, comme les Sulpiciens, confient l’exploitation de leurs terres à des fermiers.

Sur les flancs boisés de la montagne, les paysans défrichent les lopins de terre. Ils cultivent des potagers, des champs de céréales, des prairies où pousse le foin. Le couvert forestier rétrécit sur les versants les plus accessibles du mont Royal. Le bois abattu pour dégager les terres sert à la construction et au chauffage des maisons. À la fin du 18e siècle, la montagne sera entourée par des exploitations agricoles sur ses différents flancs.

Légende : "L'Isle de Montréal divisée par costes... 1702". Le détail choisi sur cette carte montre les premières côtes ouvertes autour de la montagne.
Source : Ville de Montréal, Division de la géomatique, Plan no 6787
Credit : François Vachon de Belmont

La montagne et la qualité de vie des habitants de Montréal

Entre 1700 et 1760, la population rurale de l’île de Montréal augmente beaucoup plus vite que celle de la ville fortifiée : elle se multiplie par huit alors que la population urbaine triple. Les ressources agricoles des côtes rurales assurent aux Montréalais citadins les produits frais dont ils ont besoin. Les côtes se situent près de la ville fortifiée jusqu’au tournant du 18e siècle, puis elles s’éloignent de plus en plus de l’enceinte de la ville, jusqu’à flanc de montagne. Celle-ci s’intègre ainsi progressivement dans le développement économique de la ville. À partir de 1750-1760, les vergers prennent une plus grande place sur les terres en culture. L’horticulture gagne aussi du terrain, le nombre de pâturages augmente, tout comme la production laitière.

Les côtes voient aussi s’installer non seulement des agriculteurs, mais également des artisans. C’est le cas à la Côte-des-Neiges où on retrouve des artisans du cuir à partir de 1730, près du ruisseau Raimbault, source d’eau dont a grandement besoin l’industrie naissante des tanneries.

Les chemins tracés pour relier la ville et les côtes forment les premières trames sinueuses du réseau viaire de la montagne; certains, dont les chemins de la Côte-des-Neiges et de la Côte-Sainte-Catherine, existent toujours aujourd’hui. La zone urbanisée se rapproche peu à peu de la montagne.

Légende : Dès la Conquête, les peintres gravissent la montagne et commencent une longue tradition de représenter la ville du point de vue de la montagne.
Source : Bibliothèque et Archives Canada, Collection de Canadiana Peter Winkworth, e000835923 Aquarelle, plume et encre sur papier vélin
Credit : James Peachey, 1784

Des traces toujours visibles

Cette période de l’histoire a laissé son empreinte dans la toponymie et le tracé des rues de la ville. Quelques rares autres éléments permettent aussi de saisir un peu de cette époque.

Légende : "Traces d’intérêt historique, de 1642 à 1790". Les étoiles bleues indiquent les traces présentées dans cette section.
Source : Étude de caractérisation de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal, Commission des biens culturels du Québec, 2005, carte 5.2.
Credit : Guy Mongrain, INRS

Sources consultées

Études sur le site patrimonial déclaré du Mont-Royal

COMMISSION DES BIENS CULTURELS DU QUÉBEC. Étude de caractérisation de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal. 2005.

POITRAS, Claire. L’arrondissement historique et naturel du Mont‐Royal, une montagne dans la ville. Une identité façonnée par les interactions entre les activités humaines et un milieu naturel. Rapport présenté au Bureau du Mont‐Royal et au ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, Institut national de la recherche scientifique, Montréal, juillet 2011.

Publications

BENOÎT, Michèle et Roger GRATTON. Pignon sur rue. Les quartiers de Montréal. Montréal, Guérin éditeur, 1991.

BOUDREAU, Claude, Serge COURVILLE, Normand SÉGUIN. Le territoire. Atlas historique du Québec. Sainte-Foy, Les Archives nationales du Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1997.

DECHÊNE, Louise. Habitants et marchands de Montréal au XVIIIe siècle. Montréal, Boréal, 1988.

Sous la direction de Dominique DESLANDRES, John A. DICKINSON, Olliver HUBERT. Les Sulpiciens de Montréal. Une histoire de pouvoir et de discrétion – 1657-2007. Les Éditions Fides, 2007.

Sous la direction de Phyllis LAMBERT et Alan STEWART. Montréal, ville fortifiée au XVIIIe siècle. Montréal, Centre canadien d’architecture, 1992.

LINTEAU, Paul-André. Brève histoire de Montréal. Montréal, Boréal, 1992.

MARSAN, Jean-Claude. Montréal en évolution : historique du développement de l’architecture et de l’environnement montréalais. Montréal, Fides, 1976.

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global, Libre Expression, 1994.

Pour en savoir plus

Les amis de la montagne
1260, chemin Remembrance
Montréal (Québec) H3H 1A2
514 843-8240, poste 0
info@lemontroyal.qc.ca

Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal
Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française

François Dollier de Casson, supérieur des Sulpiciens
Ville de Montréal. Site Internet du Vieux-Montréal

Les Montréalistes en 1642
Ville de Montréal. Site Internet du Vieux-Montréal

Montréal en quartiers : Côte-des-Neiges
Héritage Montréal

280, rue Notre-Dame Est
Montréal (Québec) H2Y 1C5
Téléphone : 514 861-3708
Info@chateauramezay.qc.ca

Centre d’histoire de Montréal
335, place D’Youville (coin St-Pierre)
Vieux-Montréal (Québec) H2Y 3T1
Renseignements : 514 872-3207
chm@ville.montreal.qc.ca

Musée McCord
690, rue Sherbrooke Ouest
Montréal (Québec) H3A 1E9
Renseignements généraux : 514 398-7100
info@mccord.mcgill.ca

Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal
350, place Royale
Vieux-Montréal (Québec) H2Y 3Y5
Téléphone : 514 872-9150
info@pacmusee.qc.ca

Société d’histoire de la Côte-des-Neiges
5347, chemin de la Côte-des-Neiges, 3e étage
Montréal (Québec) H3T 1Y4
Téléphone : 514 342-6754