Apprentis historiens


Irma LeVasseur

À l’aube du XXe siècle, Montréal figure au triste palmarès mondial des villes où la mortalité infantile est la plus élevée. Parmi les nombreuses voix qui s’élèvent pour remédier à cette situation déplorable, celle d’Irma LeVasseur se distingue par sa détermination inébranlable, et mènera à la création d’un des premiers hôpitaux pour enfants de Montréal.

Sur ce portrait, datant de 1900, Irma LeVasseur pose fièrement à la remise de son diplôme de médecine de l’Université St. Paul [aujourd’hui l’Université du Minnesota]. Première Canadienne française à devenir médecin, la jeune femme habite pendant ses études chez le docteur Canac-Marquis, un ami de la famille. C’est probablement lui qui lui a conseillé de venir étudier aux États-Unis, où la formation médicale est plus complète que celle offerte au Bishop College, la seule université québécoise acceptant les femmes en médecine au tournant du XXe siècle. Toutefois, comme son diplôme américain ne lui permet pas d’exercer sa profession au Québec, Irma dépose un projet de loi privé à l’Assemblée législative du Québec. Attendant trois ans la reconnaissance de ses compétences, Irma pratique à New York aux côtés de la docteure Mary Putman Jacobi, militante féministe et pionnière en pédiatrie. Touchée par le dévouement de la docteure Jacobi pour les enfants malades, Irma a une révélation lors de son retour en 1903 : la vie des petits Montréalais ne tient qu’à un fil.

La fondation de Sainte-Justine

Au début du XXe siècle, la mortalité infantile est un véritable fléau à Montréal. La pauvreté, la mauvaise qualité de l’eau, du lait et de la nourriture et les maladies tuent un nourrisson sur quatre!

Face à tant de détresse, Irma décide d’étudier la pédiatrie en Europe, la discipline n’étant pas encore enseignée au Québec. De retour en 1907, la docteure LeVasseur cherche des appuis pour fonder un premier hôpital pour les enfants malades canadiens-français. Sa rencontre avec Justine Lacoste-Beaubien est déterminante. Cette dernière en a ainsi témoigné :

« Je me rappellerai toujours ce samedi après-midi, c’était un vingt-six novembre, où une jeune fille reçue médecin aux États-Unis, mademoiselle Irma LeVasseur, venait me demander de l’aider à réaliser un projet cher à son cœur : fonder un hôpital pour enfants. C’est bien loin et il me semble que c’était hier. Je me revois encore aller trouver mon mari qui lisait le journal, et lui exposer le projet. Nous n’avions pas d’enfants et il lui sembla tout naturel que je fasse quelque chose pour les déshérités de la vie. Dès cet instant, il approuva le projet et jamais il ne cessa de s’y intéresser, l’appuyant de son prestige et de ses dons. »

Trois jours plus tard, Justine fonde, avec sept femmes, Le Refuge des petits malades dans une maison au 3778, rue Saint-Denis, prêtée par le frère de son amie Euphrosine Rolland. Irma y amène un bébé gravement malade qu’elle gardait chez elle pour mieux le soigner. Si des hommes médecins avaient déjà lancé l’idée d’un hôpital pour enfants, ce sont des femmes qui mettent en œuvre concrètement le projet. En mai 1908, l’hôpital, déjà bondé, déménage sur l’avenue De Lorimier. Il devient ainsi le pendant francophone du Montreal Children’s Hospital, ouvert en 1904 sur la rue Guy.

Du lait frais au dispensaire

Au dispensaire Goutte de lait, il est possible de recevoir des pintes de lait. Affilié à l’Hôpital Saint-Justine, situé à quelques pas au sud de la rue Rachel, ce dispensaire prouve que, selon les médecins, la santé des enfants passe d’abord par la prévention. Il n’est pas rare que les mères, débordées de travail, préfèrent nourrir leur bébé au biberon plutôt qu’au sein. Comme elles ignorent la présence de bactéries dangereuses dans le lait non pasteurisé, les nourrissons décèdent fréquemment de diarrhées mortelles.

Au dispensaire, les infirmières de la Goutte de lait assurent un suivi hebdomadaire auprès des mères et leur donnent des conseils sur l’alimentation et l’hygiène. De plus, des bouteilles de lait frais pasteurisé sont offertes à un prix minime pour chaque nourrisson inscrit. Entre 1910 et 1914, les infirmières suivent 800 bébés. Toutefois, la coutume d’aller à la clinique prend du temps à s’inscrire dans les mœurs, les mères ne sont pas aussi assidues que les médecins le voudraient.

 

Liens vers d'autres sites intéressants sur Irma LeVasseur

• Émission De remarquables oubliés sur le site de Radio-Canada :
http://ici.radio-canada.ca/radio/profondeur/RemarquablesOublies/LeVasseur.htm

• Bibliothèque et Archives Canada :
http://www.collectionscanada.gc.ca/women/030001-1408-f.html


Information complémentaire sur l'époque du personnage (pour l'activité après la visite au musée)

• Montréal, 500 ans d'histoire en archives:
http://www2.ville.montreal.qc.ca/archives/500ans/portail_archives_fr/accueil.html 
Voir les chapitres 8 et 9.

Source de l'image : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Irma LeVasseur

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