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Bienvenue dans Parc-Extension

02 juin 2017
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Dans Parc-Extension, des générations d’hommes et de femmes de diverses origines ont construit leur histoire montréalaise au quotidien.

Depuis 1910, au bout de l’avenue du Parc (situation qui a donné son nom au quartier!), ce petit territoire de 1,6 km2 a attiré des milliers de familles de condition modeste fuyant l’entassement et la pollution du centre-ville ou les difficultés de leur pays d’origine.

Vivre ensemble dans l’harmonie, grandir en santé et avec bonheur, travailler pour assurer son présent et construire son avenir sont autant de défis que lance le quartier Parc-Extension à ceux qui s’y installent. Des centaines de commerces, d’associations, de lieux de culte et d’institutions sont apparus pour répondre à leurs besoins et valoriser leur identité. Pourtant, au fil du siècle, bien peu d’entre eux ont laissé le souvenir tangible de leur présence. Tous les 10 ou 20 ans, une nouvelle population s’installe, une nouvelle couche d’histoire couvre la précédente, la voilant à jamais aux yeux des nouveaux venus.

Les multiples visages de Parc-Extension

Quartier vivant et vibrant, Parc-Extension représente pour beaucoup d’immigrants le premier contact avec Montréal et la culture québécoise. Quelque 32 000 personnes y cohabitent. Près de 70 % d’entre elles sont nées hors du Canada, sont issues de 75 communautés ethnoculturelles et ne parlent ni l’anglais ni le français. Interface entre ces cultures d’origine et la culture d’accueil, Parc-Extension regorge de petits commerces, de cafés, de restaurants et de clubs sociaux qui sont autant de lieux de rencontres pour les habitués que de lieux d’échanges avec la société d’accueil. Malgré sa réputation de « quartier de passage », le nombre de jardins et de balcons fleuris qu’on peut y voir étonne le visiteur et témoigne d’un sentiment d’appartenance.

Développé dès 1907, annexé à Montréal en 1910, Parc-Extension a vécu des débuts difficiles : rues non pavées, problèmes d’approvisionnement en eau, absence de transport en commun, enclavement. Sous la pression d’une première association de résidants, la Park Extension Municipal Reform Association (1911), les problèmes se résorbent peu à peu. Le quartier prend forme autour des rues Ogilvy, Saint-Roch et Jean-Talon. Ses premiers habitants sont des Canadiens français, des immigrants d’origine britannique et d’Europe de l’Est, des Arméniens, des juifs, puis des Italiens. Au cours des années 1960, des immigrants grecs font par milliers de Parc-Extension leur quartier. Ils sont remplacés peu à peu par de nouveaux arrivants, venus de l’Asie du Sud-Est (Inde, Pakistan, Sri Lanka, Bangladesh), des Antilles et du Moyen-Orient.

Travailler dans Parc-Extension

Depuis longtemps, plusieurs entreprises de textile, de consommation, de services publics ou ferroviaires ont donné du travail à des milliers de résidants. Le boum immobilier des années 1950 et 1960 favorise les petits commerces et le développement de la rue Jean-Talon qui devient une artère commerciale courue par les Montréalais. Les rues Ogilvy, Saint-Roch, de Liège et Jarry créent leur propre offre commerciale. À chaque époque, le paysage commercial reflète les goûts et les cultures des communautés qui habitent le quartier. Chaque commerce nous transporte dans un univers de saveurs et de parfums inédits. De nos jours, la réputation de certains restaurants indiens, pakistanais, grecs et de pâtisseries locales dépasse les frontières du quartier.

Les nombreuses petites entreprises à caractère ethnique ont fait de l’initiative individuelle et de l’entraide familiale des qualités indissociables de Parc-Extension. Malgré la crise économique des années 1980 et la désindustrialisation, on emploie encore localement 7000 travailleurs; les employeurs les plus importants étant les compagnies de textile Samuelsohn et Tommy Hilfiger.

Vivre ensemble dans Parc-Extension

Entre 1945 et 1970, 10 600 logements, soit plus de 88 % des logements du quartier, sont construits afin de répondre à une hausse tout aussi importante de la population. Cette dernière passe de 7000 habitants en 1941, à 27 000 en 1961 pour atteindre 35 000 résidants 10 ans plus tard.

Les paroisses et associations religieuses sont les premières à organiser la vie sociale, d’abord autour de la mission anglicane Saint-Cuthbert et son église en bois (1910). De nombreuses églises, temples catholiques et protestants et une synagogue sont construits pour desservir leurs fidèles. Mentionnons l’Armée du Salut (1922), l’église Livingstone Presbyterian (1927), les paroisses irlandaise et canadienne-française catholiques Saint-Francis et Saint-Roch (1927), la synagogue Beth Aaron (1953) et les églises orthodoxes grecques Saint-Markos (1956), Koimisis Tis Thetokou (1968), Evangelismo Tis Theodoku (1975). De nouvelles communautés de foi succèdent aux précédentes et certains temples passent d’un groupe religieux à un autre. Plus récemment, les immigrants musulmans, sikhs puis hindous se sont installés dans d’anciens locaux commerciaux ou ont construit des lieux de culte tout neufs qui font leur fierté.

Les écoles animent aussi la vie du quartier depuis sa création, que ce soit l’école Greenshields (1914), devenue Barclay, la plus importante école primaire de la commission scolaire protestante, l’école catholique Viger (1926), renommée Saint-Roch, l’école Mother Seaton (années 1960) et surtout, la polyvalente anglophone William-Hingston, avec ses 2500 élèves (1972).

S’épanouir dans Parc-Extension

L’isolement du secteur incite depuis longtemps les résidants à se prendre en mains. Dès 1911, la Park Extension Municipal Reform Association se bat pour améliorer les conditions de vie de ce quartier neuf. Des citoyens se réunissent par la suite dans des community halls (salles communautaires) improvisés pour débattre des besoins locaux. Des groupes de citoyens et des associations se forment au cours des années 1960. La crise économique des années 1980, durement ressentie dans le quartier, stimule la formation de groupes communautaires, dont plusieurs se réunissent en 1990 au sein du Regroupement en aménagement de Parc-Extension (RAMPE).

Les sports et les loisirs sont une préoccupation constante pour cette population jeune, qui bénéficie de peu de parcs et d’infrastructures sportives. Ils motivent des initiatives spontanées, comme l’aménagement de patinoires temporaires, mais aussi la création d’organismes tels le Parc-Extension Amateur Athletic Association (1951) et la Parc-Extension Youth Association ou PEYO (1967). Plusieurs clubs sportifs locaux de softball, baseball, basketball, soccer et hockey pour garçons et filles atteignent des niveaux d’excellence remarquables. Ils forment entre autres Dickie Moore, champion compteur du Canadien de Montréal des années 1950, et Larry Zeidel, un robuste défenseur qui joua pour les Flyers de Philadelphie à la fin des années 1960.

Après l’ouverture de l’aréna Howie Morentz en 1979, le quartier se dote enfin, au cours des années 1990 et 2000, de plateaux sportifs, d’une bibliothèque, d’une maison de la culture et d’une piscine dans l’ancienne polyvalente. Heureux hasard historique, ces équipements prennent place sur le site d’un célèbre terrain vague surnommé « The Piggery » où se déroulaient jadis tous les jeux, danses et fêtes de quartier! À quand une plaque historique?

Ce texte et les vidéos sont tirés de l’exposition 100 ans d’histoires. Raconte-moi Parc-Extension, réalisée par le Centre d’histoire de Montréal en collaboration avec l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension et la Corporation de développement économique et communautaire Centre-Nord. L’exposition était présentée à la mairie de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension du 23 juin au 12 décembre 2011.