Scandale! Vice, crime et moralité à Montréal, 1940-1960.




Du 15 novembre 2013 au 30 décembre 2016

Le monde venait de partout pour venir à Montréal. Ça partait des États-Unis. Ils savaient qu’ils auraient du fun, ils venaient passer une fin de semaine. Tout était ouvert tout le temps! - Gilles Latullipe, comédien.



Apogée et déclin de la « ville ouverte » du divertissement et des plaisirs illicites

Source : Carte postale, rue Sainte-Catherine, 1952. Centre d’histoire de Montréal

Métropole du Canada au milieu du 20e siècle, Montréal était comme aujourd’hui une ville portuaire et un centre majeur de transit, de commerce et d’immigration. Ostensiblement religieuse le jour, c’était la nuit une capitale du spectacle et du divertissement pour adultes. Le Québec ayant refusé la prohibition imposée aux États-Unis au début des années 1920, Montréal avait acquis une réputation de « ville des plaisirs », au nightlife exubérant, où les touristes d’Amérique du Nord pouvaient venir s’amuser et s’encanailler en toute impunité. Outre les blind pigs et bars ouverts toute la nuit, elle comptait d’innombrables restaurants, cinémas, clubs et cabarets.

Source : La majorité des showgirls de l’époque venaient des États-Unis, 1951. Photographie : Louis Jacques (Weekend Magazine). Bibliothèque et Archives Canada, e005477044

Hello Montreal!

C’était un arrêt obligé pour les vedettes nord-américaines des variétés, attirant les grands noms de la chanson, du jazz et du burlesque, comme la célèbre stripteaseuse américaine Lili St. Cyr, que certains osaient surnommer la « reine de Montréal ».

Source : Lili St-Cyr, vers 1950. Centre d’histoire de Montréal

L'envers de la médaille

En symbiose avec cette ville glamour vivait un Montréal souterrain de la criminalité et des transgressions. Le « petit Paris d’Amérique » était l’une des dernières villes nord-américaines à avoir un Red Light encore en activité durant la Deuxième Guerre mondiale. Sa centaine de bordels fonctionnaient ouvertement, à deux pas des cabarets les plus en vue. Les maisons de jeu et de pari proliféraient au centre-ville et essaimaient aux quatre coins de la métropole, enrichissant une pègre qui s’était aussi mise au trafic de l’héroïne. La police faisait trop peu pour calmer les inquiétudes des honnêtes gens, jusqu’à ce que des événements-chocs viennent faire éclater le scandale.

Source : « Les maisons de chambres étaient problématiques pour l’escouade de la moralité », article « Morality Squad Canada’s Largest City Proves Vice Can Be Conquered », The Standard, 2 août 1947. Bibliothèque et Archives Canada, e011067355

Le meurtre du roi du jeu, Harry Davis

À l’été de 1946, Harry Davis, un chef de la pègre, est assassiné en plein jour, au centre-ville, dans une scène digne du plus pur Chicago. On confie alors l’escouade de la moralité à un jeune avocat incorruptible, Pacifique Plante, qui commence un nettoyage énergique, mais se voit bientôt renvoyé pour son zèle.

Source : Harry Davis, le roi du jeu, milieu du 20e siècle. Archives de la Ville de Montréal, P43,S3,SS2,vol.77,E-385-01

Scandale! Les citoyens se mobilisent

Ce justicier malmené devient le héros des ligues de citoyens s’inquiétant depuis la dernière guerre de la prolifération du « vice commercialisé », qu’on liait aux problèmes urbains envenimés par le conflit (crise du logement, bruit et délinquance). Avec l’aide de Plante et d’une presse toujours aux aguets, ces associations parviennent à obtenir l’enquête publique tant attendue. Derrière les policiers cités à l’enquête Caron (1950-1953), ce sont les plus hautes autorités municipales qu’on accuse de s’être laissées corrompre par le crime organisé.

Source : « L’avocat de la police de Montréal, Pacifique “Pax” Plante», article « Morality Squad Canada’s Largest City Proves Vice Can Be Conquered », The Standard, 2 août 1947. Bibliothèque et Archives Canada, e011067351

Les tolérants vs les réformateurs

Les révélations sensationnelles de l’enquête permettront à de jeunes politiciens réformistes comme Jean Drapeau, élu maire en 1954, de prendre le pouvoir au nom de la nécessité de nettoyer, moderniser et démocratiser Montréal. Au même moment, l’essor de l’automobile, des banlieues et de la télévision sonne le glas des grands divertissements nocturnes au centre-ville.

Mathieu Lapointe, chercheur invité, Institut d'études canadiennes, Université McGill

Les témoins

Le Centre d’histoire de Montréal a pu compter sur la contribution exceptionnelle de différents experts, acteurs, artistes et témoins qui ont généreusement livré leur témoignage à la caméra. Venez-les entendre dans l'exposition.

Réal BEAUCHAMP, policier de la Ville de Montréal (1955-1961).
Anouk BÉLANGER, professeure au département de sociologie de l’UQAM et spécialiste de la culture urbaine populaire.
Cmdt Sylvain BISSONNETTE, commandant de police (en service) et historien de la police de Montréal.
Joseph BLUMER, avocat, étudiant à l’Université McGill entre 1952 et 1961.
Magaly BRODEUR, chargée de cours à l’Université de Sherbrooke et auteure du livre Vice et corruption à Montréal, 1892-1970.
Ethel BRUNEAU, chanteuse et danseuse de claquettes (Miss Swing). Elle débute sa carrière à Montréal dans les cabarets en 1953.
André CÉDILOT, journaliste et auteur de Mafia Inc.
Line CHAMBERLAND, professeure titulaire de la Chaire de recherche sur l'homophobie de l’UQAM et spécialiste de l’histoire lesbienne.
Jean-Pierre CHARBONNEAU, journaliste et auteur de l’ouvrage La Filière canadienne.
Jérôme CHOQUETTE, avocat et ancien ministre au gouvernement du Québec.
Robert CÔTÉ, policier de la Ville de Montréal (1959-1990).
Charles DARVEAU, chauffeur de taxi à Montréal (1948-1967).
Claude FLEURENT, policier de la Ville de Montréal (1961-1986).
Francine GRIMALDI, chroniqueure culturelle de la scène montréalaise actuelle et fille de Jean Grimaldi.
Karen HERLAND, chargée de cours à la Faculté des Arts et des Sciences de l’Université Concordia et spécialiste de l’histoire de la prostitution.
Scarlett JAMES, productrice et artiste burlesque de la scène montréalaise actuelle.
Oliver JONES, pianiste de jazz montréalais. Il a commencé sa carrière dans les années 1940.
Monique LAJEUNESSE-TOUPIN, cliente régulière des clubs et cabarets de Montréal dans les années 1950.
Émilie-Cloé LALIBERTÉ, directrice de l'organisme Stella qui milite pour les droits des travailleuses du sexe.
Mathieu LAPOINTE, historien et membre du comité scientifique de l’exposition.
Mario LATRAVERSE, policier de la Ville de Montréal (1958-1987).
Charles-André LATULIPPE, policier de la Ville de Montréal (1946-1988).
Gilles LATULIPPE, comédien.
Armand LARRIVÉE MONROE, animateur de spectacles et figure importante de la scène gaiemontréalaise des années 1950 et 1960.
Claude LAVALLÉE, policier de la Sûreté du Québec (1964-1972).
Anne ROCKHEAD, épouse de Kenny Rockhead, propriétaire du Rockhead’s Paradise.
Gaston SAINT-GERMAIN, client régulier des clubs et cabarets à Montréal dans les années 1950.
Thérèse VALLÉE-FIORILLI, cigarette girl du Faisan Doré (1948-1950).
Marcelle VALOIS-HÉNAULT, résidente du centre-ville de Montréal entre 1928 et 1950.
William WEINTRAUB, journaliste, réalisateur et auteur du livre City Unique.