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Le Plateau Mont-Royal ravivé par la communauté portugaise

02 février 2016

Au cours des années 1960 et 1970, les familles portugaises sont nombreuses à élire domicile sur le Plateau Mont-Royal. Encore 13 % des Montréalais d’origine portugaise y vivent en 2011.

« J’ai vécu dans le Plateau parce que c’était la zone portugaise. On pouvait recevoir l’aide de nos voisins portugais ou de notre famille et avoir accès aux services et aux commerces portugais. Cela a beaucoup facilité mon intégration. »

Un immigrant portugais, clinique de mémoire, 2003

Portugais - Parc du Portugal, 2016

Parc du Portugal, Plateau-Mont-Royal.
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
Au cours des années 1960 et 1970, les familles portugaises s’installent, en raison du faible coût des logements, dans le quartier délimité par l’avenue du Parc et les rues Sherbrooke, Saint-Joseph et Saint-Denis. Jusqu’en 1950, cette zone correspond au quartier juif, mais des immigrants grecs, italiens, polonais, yougoslaves et ukrainiens l’ont peu à peu adoptée. Selon le Service de l’information communautaire, les principaux groupes du quartier représentent 41 427 personnes en 1976; 50 % d’entre elles sont francophones, 10 %, anglophones et 40 %, allophones d’origine portugaise et grecque.

La maison et le quartier

C’est un quartier relativement pauvre et les espaces verts y sont rares, mais il offre l’avantage d’être central. Bien que vieilles, ses maisons sont plutôt spacieuses et permettent la réunification des familles immigrantes et la sous-location. Pendant les années 1970, plus de 12 000 Portugais y vivent. Aujourd’hui, ses artères principales – Saint-Laurent, de Bullion, Coloniale, Hôtel-de-Ville, Rachel et Duluth – permettent encore de découvrir de petites et de moyennes entreprises, des restaurants, des agences de voyage, des succursales bancaires, des écoles ainsi que des associations communautaires qui sont les leurs.

Portugais - Azulejo religieux

Azulejo religieux, Plateau-Mont-Royal.
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
À l’aide de leurs souvenirs, les Portugais transforment le paysage montréalais. Une image religieuse en azulejo (céramique peinte à la main) à la porte, une façade colorée, un potager, le fumet de la sardine et, à l’automne, le doux parfum du vin : bâtie avec des matériaux d’ici mais enrichie de rappels de leur passé, leur maison est vivante.

« Pour moi, le jardin est la partie la plus belle et la plus joyeuse de la maison. Même s’il est petit, j’essaie de l’aménager pour y planter des fleurs et quelques légumes. »

Une immigrante portugaise, clinique de mémoire, 2003

En 1975, en l’honneur de la communauté qui a transformé le quartier en moins de 20 ans, la Commission de toponymie et d’urbanisme de la Ville de Montréal nomme « Parc du Portugal » un parc situé au croisement des rues Saint-Laurent et Marie-Anne.

Si, pendant les années 1980, le Plateau Mont-Royal abrite encore une partie importante de la communauté, en 2011 la majorité vit ailleurs, dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (17,4 %), sur le Plateau Mont-Royal (13 %) et dans Rosemont–La Petite-Patrie (10,2 %) ou en banlieue, à Laval, Brossard ou Longueuil. Malgré tout, le centre de la vie communautaire et commerciale portugaise demeure au cœur du Plateau Mont-Royal.

Un parc de style portugais

Au début des années 1990, le parc du Portugal a été reconstruit à l’image des petits parcs villageois portugais avec une calçada portuguesa (pavé portugais), un kiosque à musique, un padrão (pilier, symbole de la présence portugaise dans le monde) et une fontaine décorée avec les premiers azulejos aux thèmes non religieux créés par l’artiste luso-montréalais Rui Dias.

Portugais - Plaque 50e anniversaire

Plaque soulignant le 50e anniversaire de la première vague d'immigration portugaise au Canada en 2003.
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
Lors des célébrations du 50e anniversaire de la première grande vague d’immigrants portugais, en 2003, une plaque commémorative a été installée dans le parc du Portugal portant une citation tirée du livre À beira-Main de Manuel Carvalho :

« … nous sommes arrivés dans ces parages en quête d’une nouvelle vie et d’amples horizons… »

En 2009, le projet Bancs de pierre… et de paroles voit le jour. La communauté portugaise reçoit de la Ville de Montréal 12 bancs en granit noir qui longent le boulevard Saint Laurent entre les rues Saint-Cuthbert et Marie-Anne. Décorés avec des citations littéraires d’écrivains portugais et des azulejos réalisés par des artistes d’origine portugaise, ils sont un parfait point d’arrêt pour s’asseoir, se détendre et voir la vie de la Main défiler…

En 2010, le parc des Açores est inauguré en reconnaissance de la contribution des Açoréens au développement social et économique de la ville. Une sculpture en basalte, pierre originaire des Açores, ornée des figures gravées de l’archipel et d’un autour des palombes, témoigne de l’ancrage de la communauté dans son nouveau chez soi.

Ce texte est tiré du cahier Rencontre. La communauté portugaise de Montréal. 50 ans de voisinage, une réalisation du Centre d’histoire de Montréal, en collaboration avec le Carrefour des jeunes lusophones du Québec. Il a été mis à jour en 2016 par Nisa Remigio.

Le prix annuel de restauration domiciliaire en 1975

En 1975, leur accordant le prix annuel de restauration domiciliaire, l’Ordre des architectes du Québec récompense les efforts faits par les Portugais pour rénover le Plateau Mont-Royal.

À cette occasion, le ministère de l’Immigration salue, en 1975, la contribution de la communauté portugaise :

« Grâce à leur détermination, les Portugais du quartier Saint-Louis ont réussi à reconstituer un milieu urbain non seulement viable, mais agréable… Les façades rajeunies, discrets paravents de rénovations intérieures plus importantes, ne laissent cependant pas soupçonner la profondeur des changements qui a amené la restructuration sociale de ce voisinage, hier encore menacé. »