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Une nouvelle église paroissiale : la seconde église Notre-Dame

16 août 2016
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Reconnue pour son importance symbolique et architecturale, la basilique Notre-Dame accueille de nombreuses cérémonies pour des personnalités québécoises et des centaines de milliers de visiteurs.

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Aquarelle montrant la place d’Armes avec les deux églises Notre-Dame, l’ancienne devant et la nouvelle derrière
La place d’Armes, Montréal, QC, 1828, par Robert Auchmuty Sproule. Musée McCord. M385.
En 1824, la reconstruction de l’église Notre-Dame débute sur la place d’Armes. La nouvelle église est construite selon les plans d’un architecte new-yorkais d’origine irlandaise.

Au début du XIXe siècle, la taille de l’église Notre-Dame, construite en 1683, ne répond plus aux besoins de la paroisse. En plus d’avoir une capacité d’accueil insuffisante, l’église empiète sur la rue Notre-Dame et nuit à la circulation. La rivalité opposant les Sulpiciens à l’évêque auxiliaire du diocèse de Québec à Montréal alimente aussi la volonté de reconstruire. En 1820, le district de Montréal est créé et un premier évêque auxiliaire est nommé pour venir en aide à l’évêque de Québec. Les Sulpiciens craignent que ce nouveau venu n’empiète sur leur autorité dans la ville. Lorsque l’évêque exprime son souhait de bâtir une cathédrale, les Sulpiciens défendent leur projet de reconstruire l’église paroissiale. En 1822, l’évêque de Québec approuve deux projets architecturaux à Montréal : la cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur et la nouvelle église paroissiale. Alors que la construction de la cathédrale débute dans le faubourg Saint-Jacques, les Sulpiciens et les marguillers de la paroisse se prépare à reconstruire Notre-Dame.

Construction et démolition

Pour construire la cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur, l’évêque a fait appel à un artisan maçon d’origine régionale, qui a conçu des plans selon le style classique en vogue pour les églises bas-canadiennes de l’époque. Les Sulpiciens souhaitent se démarquer de l’évêque : ils choisissent James O’Donnell, un architecte new-yorkais d’origine irlandaise pour dessiner les plans du nouveau lieu de culte. Pour la première fois au Bas-Canada, l’église sera construite selon le style néo-gothique. Les Sulpiciens souhaitent que leur église se distingue de l’architecture locale et qu’elle s’inscrive dans une tradition internationale.

La pierre angulaire de l’église est posée le 3 septembre 1824. La construction s’échelonne ensuite pendant cinq années. Le 15 juin 1829, la première messe est célébrée dans l’église paroissiale. Les clochers ne sont toutefois pas encore édifiés. En 1830, on détruit la précédente église paroissiale, en prenant soin de conserver le campanile jusqu’à ce que les clochers de la nouvelle église soient achevés, en 1843. Ces clochers sont complétés par l’architecte John Ostell, puisque James O’Donnell est décédé en 1830. De confession protestante, il s’était converti au catholicisme peu avant sa mort et a été enterré dans la crypte de Notre-Dame. 

L’intérieur de l’église

Basilique Notre-Dame

Vue aérienne de la basilique Notre-Dame et de la place d'Armes.
Gracieuseté de Denis-Carl Robidoux.
La première décoration de l’église Notre-Dame est réalisée dans les années 1830. Jugée inadéquate pour une église de cette envergure, la décoration est reprise dans les années 1870 par Henri Bouriché et Victor Bourgeau. Ce dernier supervise au même moment le chantier de la nouvelle cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur qui a déménagé dans l’ouest de la ville. La chapelle du Sacré-Cœur, située à l’arrière de l’église Notre-Dame, est construite à partir de 1888, selon les plans de Maurice Perrault et d’Albert Meynard. Cette chapelle est érigée pour répondre aux souhaits des paroissiens qui désirent un lieu de culte pour les cérémonies à caractère intime, comme les mariages et les réunions d’associations pieuses. Victime d’un incendie en 1979, la chapelle est reconstruite à partir de l’année suivante.

Deux ans avant son passage à Montréal, le pape Jean-Paul II accorde le titre de basilique mineure à l’église Notre-Dame, reconnaissant ainsi son importance symbolique dans la ville ainsi que la qualité de son architecture. Depuis les funérailles de Georges-Étienne Cartier en 1873, l’église a été choisie pour célébrer un grand nombre de mariages et de funérailles de personnalités québécoises de la scène politique ou artistique. Haut lieu du tourisme religieux dans la ville, la basilique Notre-Dame reçoit des centaines de milliers de visiteurs chaque année.

L’église Notre-Dame, cathédrale?

Jean-Jacques Lartigue est sacré évêque auxiliaire de Montréal en 1821 au cours d’une cérémonie qui se tient dans la première église Notre-Dame. Ce lieu est alors désigné comme première cathédrale de la ville. Les tensions entre l’évêque auxiliaire et les Sulpiciens le forcent à déménager l’année suivante. L’évêque s’installe alors à l’Hôtel Dieu : la chapelle des religieuses fait office de cathédrale jusqu’à ce que la cathédrale Saint-Jacques soit achevée en 1825.

Références bibliographiques

LACHAPELLE, Jacques. La première église Notre-Dame de Montréal. L’architecture d’un monument disparu, Montréal, Les Éditions de la paroisse Notre-Dame de Montréal, 2011, 55 pages.

LACHAPELLE, Jacques. « Stratégies culturelles sulpiciennes : l’architecture », dans DESLANDRES, Dominique, John DICKINSON et Ollivier HUBERT (dir.), Les Sulpiciens de Montréal. Une histoire de pouvoir et de discrétion 1657-2007, Montréal, Fides, 2007, p. 557-580.

MONTPETIT, Richard. « La construction de l’Église Notre-Dame de Montréal : Quelques pistes pour une interprétation socio-historique », Montréal au XIXe siècle, Des gens, des idées, des arts, une ville, Montréal, Leméac, 1990, p. 149-198.

PINARD, Guy. Montréal, son histoire, son architecture, Montréal, Éditions du Méridien, 1991, t. 2, p. 142-157.

TOKER, Franklin. The Church of Notre-Dame in Montreal. 2nd Edition, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1991, 124 pages.

TRUDEL, Jean. Du passé au présent. La chapelle Notre-Dame du Sacré Cœur de la basilique Notre-Dame de Montréal, Montréal, Les Éditions de la paroisse Notre-Dame de Montréal, 2009, 57 pages.

Avant-après : la basilique Notre-Dame

Aquarelle montrant la place d’Armes avec les deux églises Notre-Dame, l’ancienne devant et la nouvelle derrièreBasilique Notre-Dame sur la place d’Armes

110, rue Notre-Dame Ouest

Avant

1828. La place d’Armes, Montréal, QC, 1828, par Robert Auchmuty Sproule. Musée McCord. M385.

Après

2014. Basilique Notre-Dame sur la place d’Armes, par Denis-Carl Robidoux.