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Le Club Balattou, institution légendaire du Montréal africain

02 juin 2017

Depuis plus de 30 ans, le Club Balattou, bar-spectacle de la rue Saint-Laurent, est un endroit incontournable pour qui s’intéresse aux musiques d’ascendance africaine.

Club Balattou

Entrée du Club Balattou de soir, deux hommes se serrent la main
Centre d’histoire de Montréal. Concours photo 39e édition.
Le Club porte bien son nom. Ballatou, c’est pour « Bal à tous », pour tous les rythmes, toutes les cultures : un lieu de métissage où une faune d’origines diverses partage danses et musiques du monde dans une ambiance tropicale. Lamine Touré, fondateur de ce bar-spectacle, a réussi à créer un endroit unique en son genre, qui fait la joie des amateurs de musique d’ailleurs depuis plus de 30 ans.

Guinéen d’origine, ancien danseur et chorégraphe des ballets africains, Lamine Touré débarque à Montréal en 1974, à une époque où les Africains s’y comptent presque sur les doigts de la main. Deux ans plus tard, il crée le Café Créole, un bar qui devient vite un lieu de rencontre et d’information pour les nouveaux arrivants. Le café connait un grand succès, il ferme cependant ses portes en 1981. Mais un autre « plan culturel qui rassemble tout le monde », selon les mots de Touré, prend vie en 1985 quand le Club Balattou voit le jour dans un ancien bar de danseuses. Les miroirs d’origine du 4372, boulevard Saint-Laurent sont toujours là, mais l’ambiance et la clientèle ont bien changé!

Cette fois, Lamine Touré s’est associé avec une partenaire efficace, Suzanne Rousseau. Il n’hésite pas à dire que c’est elle qui a le sens des affaires, alors que son domaine à lui, c’est l’aspect culturel. Alors que les bars africains ont généralement la vie courte à Montréal, cette complémentarité professionnelle n’est sans doute pas étrangère au succès et à la longévité du Club Balattou, première discothèque tropicale du Canada.

De la musique pour tous les goûts

Daby Touré au Balattou en 2005

Daby Touré en concert à Montréal en 2005.
Photo de par Alain Rivet. Concours photo « Les lieux musicaux à Montréal », Centre d’histoire de Montréal, 4977.
La piste de danse du club se transforme régulièrement en scène artistique, et plusieurs vedettes de la musique du monde ont foulé ses planches. Parmi les grands, le regretté Papa Wemba et le groupe Loketo y ont fait leur première apparition à Montréal. On y a aussi remarqué les très populaires Baaba Maal, Ismaël Lo, Mahlathini & The Mahotella Queens, Yaya Diallo, Boubacar Diabaté, Ralph Tamar et Acoustik Zouk. En plus de 30 ans, des milliers d’artistes d’ici et d’ailleurs, représentants de la tradition comme de la modernité, ont fait la joie d’un public ouvert aux expériences musicales. Le Club Balattou a ainsi joué, et joue encore, un rôle unique dans l’histoire musicale de Montréal. Sa réputation dépasse d’ailleurs les frontières du Québec, puisqu’il est cité dans une vingtaine de chansons qui se font entendre un peu partout sur la planète.

Au fil des ans et des vagues d’immigration, le Balattou a vu défiler Ghanéens, Camerounais, Ivoiriens, Éthiopiens, Congolais… Selon les groupes musicaux à l’honneur, on y trouve des Maghrébins, des Latino-Américains, des Haïtiens et autres Caribéens. Les Québécois « de souche » n’y sont pas en reste, car l’endroit est un incontournable de la musique du monde : exotisme garanti à peu de frais! Le public du Balattou n’a cessé de se diversifier, pour le plus grand plaisir de son propriétaire. L’homme qui a fondé ce club en souhaitant la rencontre amicale des cultures et en voulant faire rayonner la richesse des musiques d’ascendance africaine a certainement gagné son pari!

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Foule assistant à un spectacle de Nuits d'Afrique.
Photo de Kaji Kaji. Concours photo « Montréal Nightlife », Centre d’histoire de Montréal, 2477.

Le Balattou est aussi l’hôte de spectacles s’insérant dans divers festivals, dont le plus prestigieux est sans doute le Festival International Nuits d’Afrique. Cet événement annuel majeur, fondé en 1987 par Lamine Touré, met en scène des centaines d’artistes en provenance de plusieurs pays. Avec sa programmation extérieure gratuite, il constitue l’une des rares occasions pour les Montréalais de vibrer au rythme de l’Afrique et de ses nombreuses ramifications culturelles. Le Festival de Musique du Maghreb ainsi que les Syli d’Or de la Musique du Monde se déroulent aussi au chic Balattou.

Sa contribution exceptionnelle au rayonnement de la culture africaine a valu à Lamine Touré le titre de Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2013. Voilà un honneur bien mérité pour ce Ghanéen qui n’était pas venu à Montréal pour y rester. Remercions l’ami qui l’a convaincu du contraire!