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Le bain Hogan, un équipement nécessaire

02 octobre 2017
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Construit en pleine crise économique, le bain Hogan, ouvert de 1932 à 1991, a marqué la mémoire des habitants de Pointe-Saint-Charles.

Lieu : 2188, rue Wellington

1932 : Ouverture du bain

Bain Hogan

Vue extérieure du bain public Hogan
Archives de la Ville de Montréal. VM094-Z182-06.
Le jeudi 26 novembre 1931, l’échevin municipal Frank Hogan visite le bain public qui porte son nom, peu avant son inauguration officielle. Situé dans la rue Wellington au coin de la rue Liverpool, le bâtiment, d’un style « tout à fait moderne » selon La Presse, accueille une vaste piscine de 75 pieds sur 30, une superficie idéale pour tenir des compétitions et des concours. On compte aussi 16 douches, 68 cabines, des tremplins, des baignoires privées et des vespasiennes installées autour du bâtiment. La Presse du 27 novembre 1931 conclut : « Nul doute que le bain Hogan sera l’un des plus beaux de la ville sinon le mieux aménagé. » Outre la beauté et la grandeur du bâtiment, dessiné par l’architecte David Jerome Spence, le bain Hogan répond aux importants besoins de la population de Pointe-Saint-Charles. En pleine Grande Dépression, la construction du bâtiment permet, entre autres, aux chômeurs de trouver du travail.

Les quartiers ouvriers et la nécessité des bains publics

Bain Hogan

Vue intérieure du bain public Hogan
Archives de la Ville de Montréal. VM094-Z182-02.
En 1897, Herbert Brown Ames publie une étude sur le quartier Sainte-Anne dans laquelle on indique que la grande majorité des logements du secteur ne possèdent pas de cabinet d’aisances. Les ménages ouvriers qui ont, chez eux, accès à une baignoire et à l’eau chaude sont très rares. Dans ces circonstances, on choisit souvent de se baigner dans les rivières ou dans le fleuve Saint-Laurent, à l’époque très pollués. Les problèmes de santé publique qui en résultent sont nombreux. Plusieurs s’inquiètent aussi de la nudité des baigneurs : un article de 1889 du journal La Patrie qualifie de « honteuse promiscuité » la baignade d’un groupe de jeunes gens réunis sur une île en face de Montréal. La ville de Montréal commence donc, au tournant du XXe siècle, à financer l’édification de bains publics gratuits. Entre 1883 et 1933, on en construit 22, répartis dans différents quartiers.

Le bain Hogan et la mémoire collective

Bain Hogan - club water-polo

Un groupe d'environ une trentaine d'hommes pose sur le bord de la piscine.
Archives de la Ville de Montréal. VM105-Y-1-D0188.
« All you have as your toilet is your toilet bowl in a little three foot by three foot closet, that’s your toilet and you’ve got your kitchen sink, so if you want to take a bath, well, you can’t. You’ve got to heat up gallons and gallons of water or go to Hogan’s bath. » [« Tout ce que vous avez comme salle de bains, c’est votre cuvette de toilette dans un petit placard de trois pieds sur trois pieds, c’est ça votre toilette et vous avez votre évier de cuisine, donc si vous voulez prendre un bain, eh bien, vous ne pouvez pas. Vous devez chauffer des gallons et des gallons d’eau ou aller au bain Hogan. »]

Denis Smyk, interviewé par la chercheure Jessica Mills en 2008, se rappelle ainsi l’importance du bain Hogan dans le quartier. Plusieurs autres résidants de la partie sud de Pointe-Saint-Charles se souviennent aussi du lieu comme d’un endroit ludique où, enfants, ils s’étaient amusés. D’autres, comme Donna Leduc, interviewée par Steven High en 2012, mentionnent que le bain Hogan était clairement associé à la communauté anglophone; les francophones, eux, fréquentaient plutôt les bains et piscines situés au nord du chemin de fer qui traverse Pointe-Saint-Charles. La rivalité qui existait entre ces deux groupes se manifestait donc aussi au sein des différentes institutions du quartier.

La fermeture du bain Hogan

En 1991, le bain Hogan ferme ses portes après près de 60 ans d’activité. Le quartier Pointe-Saint-Charles a perdu une importante part de sa population. D’autres institutions, comme les écoles et usines du secteur, ont aussi fermé dans les années précédentes. En 1996, le bâtiment est mis en vente. S’ensuit une véritable mobilisation citoyenne pour tenter d’empêcher la conversion du bâtiment en appartements en copropriété, mais sans succès. Le groupe Sauvons Montréal obtient toutefois la préservation de la façade Art déco du bain Hogan, finalement transformé en lofts.

Contribution à la recherche : Société d’histoire de Pointe-Saint-Charles.

Références bibliographiques

AMES, Herbert Brown. “The City Below the Hill”: A Sociological Study of a portion of the City of Montreal, Canada, Montréal, Bishop, 1897.

BAILLARGEON, Denyse. Ménagères au temps de la crise, Montréal, Éditions du remue-ménage, 1993.

COATES-DAVIES, Mab. The Hogan Bath: Understanding Space, Place and Memory through the Point Saint Charles Public Bath. Recherche universitaire (histoire), Université Concordia, 2015, 28 p.

LABONNE, Paul. « Soins du corps, santé publique et moralité : Les bains publics de Montréal », Cap-aux-Diamants, no 70, été 2002, p. 21-25.

MILLS, Jessica. What’s the Point? The Meaning of Place, Memory, and Community in Point St. Charles, Quebec, Mémoire (M.A.), histoire, Université Concordia, 2011, 112 p.

VÉZINA, Raymond. Bains publics de Montréal 1835-2002, [En ligne], Société pour la Promotion des Arts Gigantesques, 2002. https://unites.uqam.ca/spag/bains/index.htm