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Herbert Brown Ames et la philanthropie à 5 %

18 janvier 2016
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Au tournant des XIXe et XXe siècles, Herbert B. Ames fait partie des quelques industriels qui luttent pour améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière et amender ainsi toute la société.

Herbert Brown Ames

Portrait buste de Herbert Brown Ames
Tiré de Men of Canada. A Portrait Gallery of Men whose Energy, Ability, Enterprise and Public Spirit are Responsible for the Advancement of Canada [...], Edited by John A. Cooper, Montreal and Toronto, The Canadian Historical Company.
Herbert Brown Ames n’a pas suivi le parcours habituel des industriels de la fin du XIXe siècle. Sans bouleverser les normes sociales de l’époque, il s’inscrit dans un mouvement nettement minoritaire à l’époque, celui des réformistes, un mouvement originaire des États-Unis et de la Grande-Bretagne. À Montréal, les réformistes ne sont pas réunis au sein d’un mouvement unifié comme le Parti progressiste de Teddy Roosevelt aux États-Unis; il s’agit plutôt de différents groupes qui œuvrent à différents niveaux, que ce soit en politique municipale ou au sein d’organismes charitables par exemple. Toutefois, ils ont tous pour objectif premier d’améliorer les conditions de vie de la classe ouvrière.

De parents américains, Herbert B. Ames naît à Montréal en 1863. Il y commence ses études, qu’il poursuit au Amherst College, dans le Massachusetts, puis en France, où il étudie le français et la littérature. Il débute sa carrière en 1885 dans l’entreprise familiale, la Ames-Holden Limited, une importante manufacture de chaussures, qu’il délaisse en 1894, à la mort de son père, pour se consacrer aux affaires publiques et à la politique. Son intérêt pour la politique municipale se manifeste dès 1892 alors qu’il participe à la fondation de la Volunteer Electoral League, qui combat la corruption qui règne à l’hôtel de ville. Il est le conseiller municipal du quartier Saint-Antoine de 1898 à 1906 et membre du Bureau de santé de la Ville durant quatre de ces années. D’après Paul-André Linteau, son rôle « est déterminant dans l’animation du groupe réformiste au conseil municipal ».

De l’étude sociologique à la philanthropie appliquée

Herbert Brown Ames - Diamond Court

Plan d'incendie de 1909 montrant le quartier de Diamond Court.
Détail de Insurance plan of city of Montreal, Quebec, Canada, volume I, par Chas. E. Goad Co. Bibliothèque et Archives nationales du Québec. G 1144 M65G475 C3 v. 1 1909 CAR.
Herbert B. Ames fait partie des quelques hommes d’affaires qui prennent conscience que la détérioration des conditions de vie d’une partie de la population a des conséquences sur toute la société. Il est l’auteur de la seule étude sociologique montréalaise de l’époque, The City Below the Hill. Cette enquête fut réalisée en 1896 dans le quartier Sainte-Anne et dans la partie sud du quartier Saint-Antoine, secteur qui abrite la « véritable classe ouvrière » d’après Ames. La « ville en bas de la colline » s’oppose bien sûr à la ville située sur les premières pentes du mont Royal, soit le nord du quartier Saint-Antoine, qui rassemble la bourgeoisie montréalaise.

Ames s’en prend entre autres aux logements de fond de cour et aux toilettes extérieures. Ames exhorte les hommes d’affaires à construire des logements ouvriers répondant à certaines normes de qualité, d’espace et d’aération qui rapporteront tout de même un certain profit à leurs propriétaires; c’est ce qu’il appelle la philanthropie à 5 %.

Vue de Montréal 1896

Vue de la « ville d’en bas »
Vue de Montréal depuis la cheminée de la centrale de la Montreal Street Railway, QC, 1896, par William Notman & Son. Musée McCord, VIEW-2939.
Mais son message ne sera pas entendu. Ames reste le seul homme d’affaires à appliquer la philanthropie à 5 % en faisant construire un ensemble de quatre maisons, appelé Diamond Court, pouvant loger 39 familles au cœur de la « ville en bas de la colline », rue William, entre les rues Ann et Shannon (cet ensemble résidentiel n’existe plus aujourd’hui).

L’intérêt d’Ames pour la politique se transpose sur la scène fédérale, entre 1904 et 1920, comme député conservateur pour le comté de Montréal-Saint-Antoine. Sa carrière prend alors une tournure internationale : il devient directeur financier au secrétariat de la Société des Nations puis délégué du Canada à l’Assemblée de la Société des Nations. Il meurt à Montréal en 1954.

Maison ouvrière dans Griffintown en 1903

Façade d'une maison ouvrière avec un trottoir en bois devant.
J. B. Mailloux, Wood & Coal, rue Barré, Montréal, QC, 1903, par William Notman & Son. Musée McCord, II-146360.
Cet article est paru dans le numéro 36 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008.

Références bibliographiques

AMES, Herbert Brown. The City below the hill, Toronto, University of Toronto Press, 1972, 116 p.

BRADBURY, Bettina. Familles ouvrières à Montréal. Âge, genre et survie quotidienne pendant la phase d'industrialisation, Montréal, Boréal, 1995. 368 p.

LINTEAU, Paul-André. Histoire de Montréal depuis la Confédération, Montréal, Boréal, 1992. 613 p. Deuxième édition augmentée, Montréal, Boréal, 2000. 627 p.

MÉTHOT, Mélanie. « Herbert Brown Ames : Political Reformer and Enforcer », [En ligne], Urban History Review/Revue d’histoire urbaine, vol. 31, no 2, 2003, p. 18-31. [https://www.erudit.org/revue/uhr/2003/v31/n2/1015755ar.pdf] (Consulté le 9 décembre 2015).