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Danger! La santé des Montréalais est menacée

21 janvier 2016
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Au XIXe siècle, l’état de santé des Montréalais s’aggravant, des mesures sont prises pour enrayer les plus graves épidémies. Les autorités sont enfin convaincues de la nécessité de l’hygiène.

Bien que de multiples problèmes de santé publique nous préoccupent encore aujourd’hui, les Montréalais ont vu, depuis un peu plus d’une centaine d’années, la salubrité de leur ville et de leurs logements grandement s’améliorer.

Maison ouvrière dans Griffintown en 1903 (Houses for Mr. Meredith)

Maison en piteux état de la classe ouvrière d’un vieux quartier populaire de Montréal.
Houses for Mr. Meredith, Montreal, QC, 1903, par Wm. Notman & Son, Musée McCord, II-146359.
Il y a cent ans, certains médecins devaient encore se battre avec l’administration municipale afin de convaincre celle-ci de l’importance cruciale de l’hygiène. Cette notion d’hygiène, qui nous semble aujourd’hui évidente, n’était pas encore répandue au XIXe siècle, et le clivage entre l’opulence des bourgeois du Golden Square Mile et la pauvreté de la classe ouvrière montréalaise n’était pas pour favoriser la généralisation d’une telle notion. Dans son étude de 1896 sur les quartiers ouvriers Sainte-Anne et Saint-Antoine, Herbert Brown Ames tente pourtant de souligner l’importance des mauvaises conditions de logement et de salubrité comme facteurs potentiels de propagation d’épidémies touchant toute la population. Cette volonté de mise en garde, partagée par de nombreux membres de la profession médicale et par une certaine élite réformiste, dont Ames fait partie, aura pour effet de transformer l’opinion des administrations et de la population vis-à-vis de l’incidence de l’hygiène sur le taux de mortalité exceptionnellement élevé qui affectait Montréal au XIXe siècle.

Des logements insalubres

L’insalubrité et le manque d’hygiène sont source de bien des maux. Des problèmes, qui autrefois n’affectaient naturellement qu’une partie de la population, deviennent cruciaux, à la fin du XIXe siècle, avec l’accroissement rapide de la population montréalaise passant de 220 000 habitants en 1891 à plus de 420 000 habitants en 1921. Cette augmentation de plus de 200 % de la population de la métropole, due à l’apport de nombreux provinciaux venus travailler en ville et des nouveaux immigrants venus principalement d’Europe centrale et de l’Est, crée un entassement et oblige la construction rapide de nouveaux logements. Toutefois, ces logements construits rapidement et à peu de frais — considérant le peu de revenus dont disposait la classe ouvrière pour se loger — soulèvent l’indignation de nombreux médecins, dont ceux du Bureau de santé, car ils sont mal éclairés et peu ventilés. Ces habitations offrant de piètres conditions de vie, jumelées à l’entassement, favorisent la propagation de maladies infectieuses. C’est ainsi que des épidémies, comme celle de la variole en 1885, pourront ravager des quartiers entiers. Mais le logement n’est pas seul responsable.

Il faut considérer que l’évacuation des eaux usées, l’élimination des déchets et des carcasses d’animaux morts, sans compter la pollution industrielle et les mauvaises conditions d’hygiène régnant dans les abattoirs et les laiteries, constituaient toutes des risques accrus de mortalité pour les Montréalais au XIXe siècle.

Du lait de piètre qualité

Hôpital Sainte-Justine - Gouttes de lait

Dispensaire de la goutte de lait de l’Hôpital Sainte-Justine vers 1912.
Vers 1912, Dispensaires Goutte de Lait de l’Hôpital Sainte-Justine, Archives de l’hôpital Sainte-Justine.
Le Bureau de santé de Montréal, créé en 1876 sous le mandat du maire Hingston, a pour mission de cerner les problèmes de santé et de salubrité afin de prévenir les épidémies et de réduire la mortalité infantile élevée qui affecte tragiquement la ville à cette époque. Cette mortalité est causée principalement par des maladies diarrhéiques liées à la mauvaise alimentation des nourrissons. Le principal responsable de ces maladies mortelles est le lait qui est donné à boire aux petits. Les rapports des médecins du Bureau de santé font état de pratiques plus que douteuses de la part des laitiers : « On se sert pour accroître la gravité [...] du lait, de craie, d’empois et de cervelle de moutons »! Ces découvertes choquantes mènent directement, bien que tardivement, à la création des premiers dispensaires Goutte de lait.

D’initiative privée, les Goutte de lait apparaissent à partir de 1910 dans les paroisses montréalaises afin d’offrir conseils et soutien aux mères de nouveau-nés. Dès 1913, 26 de ces centres sont en fonction et distribuent du lait pasteurisé en plus de fournir des services d’instruction. En moins d’un an, le taux de mortalité des enfants dont les mères fréquentaient les Goutte de lait diminua de 19 % à 5 %, ceci prouvant que de simples mesures sanitaires permettaient de changer radicalement les chances de survie de la portion la moins favorisée de la population montréalaise.

Des bains publics fort utiles

Bains publics - Bain Lévesque

Reportage photographique sur un groupe de jeunes filles du High School au bain Lévesque. On y voit les jeunes filles dans la piscine et au plongeoir sur la présente photo.
Archives de la Ville de Montréal. VM105-Y-1_0113-004.
Afin d’améliorer l’hygiène des classes laborieuses, une autre mesure allait être prise, dès le début du XXe siècle, sous la forme des bains publics. Sachant que les logements d’ouvriers étaient dépourvus de salle de bain et croyant que la propreté corporelle était à l’origine d’une bonne santé, la bourgeoisie initia des pressions qui incitèrent les autorités montréalaises à construire le bain Lévesque en 1909. De nombreux autres bains publics sont alors construits dans les quartiers ouvriers montréalais afin de permettre à la population n’ayant pas de salle de bain à la maison de se laver.

C’est donc à la suite de l’aggravation de l’état de santé des Montréalais, à la fin du XIXe siècle, que des mesures furent prises pour enrayer les risques les plus graves de propagation d’épidémies. Grâce surtout au travail acharné d’une poignée de philanthropes et de réformistes, les autorités municipales parvinrent à juguler, certes tardivement, les principaux maux, indissociables de la condition sociale, qui affectaient l’ensemble de la société de par leurs répercussions.

Cet article est paru dans le numéro 36 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008.

Des poules, des vaches et des cochons

Pendant bien longtemps, il n’y aura aucune réglementation concernant la présence d’animaux dans la ville de Montréal. Comme nous l’apprend l’historienne Bettina Bradbury, il n’était pas rare, dans certains quartiers montréalais, de voir déambuler autant de poules, de cochons et de vaches que d’enfants. Ces animaux constituaient une source d’alimentation et un revenu d’appoint essentiel pour les familles ouvrières. Mais de l’avis de certains, ils représentaient surtout un danger pour la santé publique. À partir des années 1860, des arrêtés municipaux vinrent réglementer de telles pratiques. Par exemple, les cochons furent interdits en 1874. Plus chanceuse, la volaille pourra encore circuler librement dans la ville puisque aucune loi ne l’interdit au XIXe siècle.

De la bonne viande à Montréal? Pas si sûr au XIXe siècle!

Les conditions sanitaires des abattoirs à Montréal, tout au long du XIXe siècle, en feraient devenir plus d’un végétarien si elles prévalaient encore aujourd’hui. En effet, jusqu’en 1886, l’abattage des animaux n’était pas contrôlé. Les gens pouvaient retrouver dans leur assiette un morceau de viande provenant d’un animal malade. Deux abattoirs publics sont ouverts en 1887 par la Ville de Montréal avec chacun un inspecteur, mais la salubrité dans les abattoirs privés reste difficile à contrôler. Dans un texte de L’Abeille médicale d’août 1879, on lit que « le sang et les débris de boucheries sont écoulés dans les canaux, et exhalent, surtout pendant les chaleurs de l’été, une odeur des plus nauséabondes. [...] Les émanations des boucheries sont surtout une cause fréquente de fièvres typhoïdes, de diphtéries et de maladies du tube intestinal chez l’enfant. » En 1892, on qualifie encore ces abattoirs de « sinistres tueries ».