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Aux origines de l’Union française de Montréal

02 juin 2017
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Peut-être êtes-vous déjà entré dans la bâtisse de l’Union française, au coin des rues Viger et Berri? Si tel est le cas, vous pouvez témoigner de l’ambiance chargée d’histoire qui y règne.

Union française de Montréal

L'édifice de l’Union française de Montréal sur l'avenue Viger
Photo de Denis-Carl Robidoux, Centre d'histoire de Montréal.
L’Union française se veut, en 2016, un lieu d’accompagnement pour les immigrants francophones, mais également un espace de rencontre pour tous les francophiles de Montréal. Bien que sa mission se soit élargie au fil du temps, l’Union française demeure un symbole de la présence d’immigrants français dans la métropole. À ses débuts, elle est un véritable pôle de références pour les membres de la « colonie française de Montréal ». C’est par cette expression que plusieurs auteurs désignent leur communauté dans le Bulletin de la Chambre de commerce française de Montréal.

Les migrations françaises

L’immigration française est à la base du peuplement européen en sol canadien. Les historiens et démographes estiment qu’à l’époque de la Nouvelle-France, 32 000 Français foulent le sol du Nouveau Monde et que 9000 d’entre eux y font souche. À la veille de la conquête anglaise (1763), la Nouvelle-France compte 70 000 habitants. Après la prise du pouvoir par la Grande-Bretagne, l’arrivée des Français est réduite au minimum et réservée à certains groupes, comme les communautés religieuses.

Union française de Montréal - premier édifice

Au bas de la photo, il est inscrit : « Premier immeuble occupé par l’Union nationale française. 42 rue Cadieux, 1886-1902.
BAnQ Vieux-Montréal, MAS 8-190-a.
Au milieu du XIXe siècle, la reprise des relations commerciales et diplomatiques entre la France et le Canada permet de relancer les voyages entre les deux territoires. Entre 1870 et 1914, environ 50 000 Français débarquent sur les rives du Saint-Laurent. L’immigration française n’est alors qu’une goutte d’eau dans l’ensemble du mouvement migratoire transatlantique. Durant la même période, le Canada accueille 4,5 millions d’immigrants.

Parmi toutes ces histoires migratoires, Montréal demeure un passage quasi obligé. Que les voyageurs se déplacent par bateau ou par train, la métropole est un lieu de transit, mais aussi un espace de découvertes et, parfois, de résidence permanente.

La colonie française de Montréal

En 1886, année de fondation de l’Union française, Montréal est en pleine expansion économique, territoriale et démographique. Parmi les milliers d’immigrants qu’elle accueille, la métropole compte environ 1000 Français d’origine; en 1911, on en dénombre 3400.

Fête nationale française 1905

Comment les français célèbrent leur fête nationale à Montréal : une foule compacte assiste dans le parc à des spectacles variés.
L'album universel, Vol. 22, no 1110, pp. 389 (29 juillet 1905), Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Contrairement à d’autres groupes, comme les Italiens ou les juifs ashkénazes, les nouveaux arrivants français s’installent un peu partout dans la ville, avec une préférence pour les quartiers francophones centraux, dont Saint-Jacques et Saint-Louis. Il est alors difficile d’identifier une rue, une paroisse ou un quartier français. De par leur connivence linguistique et religieuse, les Français se fondent parmi les Montréalais francophones. Ils travaillent comme journaliers, ouvriers ou domestiques; ils sont artistes ou journalistes; ils sont religieux ou civils et œuvrent dans l’enseignement; ils sont commerçants ou notables. Certains organismes, comme l’Union française, composent la face visible de la présence française dans la métropole.

L’Union française de Montréal

Union nationale française

Page de L’album universel sur l’Union nationale française
L’album universel, vol. 19, no 11, pp. 252-253 (12 juillet 1902), Bibliothèque et Archives nationales du Québec, album de rues Édouard-Zotique Massicotte.
L’Union française de Montréal nait dans un contexte de tensions entre différentes associations françaises de la métropole. L’organisation de la fête nationale du 14 juillet 1886 est compromise par ce conflit. Certains notables prennent l’initiative de fonder un tiers organisme, l’Union nationale française, et assurent ainsi la tenue des festivités à Elmwood Grove, parc autrefois situé à l’extrémité est de l’île. L’événement est décrit dans le journal La Presse en juillet 1886 : « […], plus de cinq mille personnes avaient répondu à l’appel de l’Union nationale française […]. À neuf heures, le président, M. Victor Ollivon, et le comité d’organisation, précédés de la musique de la Cité, sont arrivés au quai et se sont embarqués sur le South Eastern pavoisé de drapeaux et de banderoles tricolores. Au moment du départ, Joe Vincent tira trois coups de canon et le bateau quitta son quai aux airs de la Marseillaise. »

Comme le souhaite le président, Victor Ollivon, les quelque 650 dollars amassés durant la fête servent à la fondation d’un refuge pour les Français de la métropole dans le besoin. L’année suivante, la maison ouvre dans les rues Saint-Constant (actuelle rue De Bullion) et de Vitré (actuelle avenue Viger) avec un dortoir de six lits, un réfectoire et une bibliothèque. L’Union française offre également un soutien direct aux familles sous forme de nourriture ou de charbon. Pour ceux qui n’ont pas pu trouver de travail, l’organisme paie aussi les frais de rapatriement en France. Sous la présidence de Jules Helbronner (1901-1909), l’organisation prend de l’ampleur. Elle déménage au square Viger, d’abord au coin de la rue Saint-Hubert, puis, en 1907, elle occupe la bâtisse qu’on lui connaît en 2016.

Au cœur de l’action

Union nationale française 1908

Au bas de la photo, il est inscrit « Troisième immeuble (actuellement) occupé par l’Union nationale française. 71 avenue Viger, Montréal, Canada, 1908 »
BAnQ Vieux-Montréal, MAS 8-148-b.
L’Union française est fédératrice et touche un éventail d’immigrants français. Entre son ouverture et 1950, ses dortoirs accueillent quelque 8000 personnes. Ses espaces sont, à différentes époques, occupés par plusieurs organismes, dont le consulat français, la Chambre de commerce française de Montréal et la Mutuelle française. Sa direction est parfois l’objet de diverses tensions politiques. Ces conflits font écho aux bouleversements vécus en France et témoignent de l’hétérogénéité des Français de Montréal.

Avec une pareille histoire, les murs de l’Union française en ont certainement long à nous raconter!

Merci à Jean Isseri, président de l'Union française, d'avoir contribué à la recherche et à la validation du contenu de cet article.

L’Union française durant la Première Guerre mondiale

Le 2 août 1914, un avis de déclaration de guerre et de mobilisation est envoyé au consulat français de Montréal, alors situé dans les locaux de l’Union française. Exprimant un vif sentiment d’appartenance envers la mère patrie, quelque 5000 Français de partout au Canada répondent à l’appel. L’Union française joue un rôle de centre d’accueil pour ces milliers de réservistes en attente de leur départ. Un témoin de l’époque nous raconte les événements dans Le livre d’or des réservistes français du Canada :

« Pendant toute la journée du lundi, les bureaux du Consulat furent assaillis par les réservistes qui venaient demander des renseignements et des ordres et faire viser leurs papiers avant de se mettre en route. […]

Ce flot grossissant envahissait le Consulat de France à Montréal, qui avait à résoudre le difficile problème de pourvoir à la subsistance de la masse de ces réservistes jusqu’au moment de leur embarquement. Le dortoir du refuge français bien vite rempli, la municipalité montréalaise ouvrit les portes de son asile de nuit […].

Le 18 août au soir, une grandiose démonstration se déroula dans les rues de Montréal; un immense concours de population se pressait autour de notre tricolore et acclamait avec délire les Français qui devaient partir le lendemain. Musique en tête, une retraite aux flambeaux suivie de plus de 30 000 personnes se déroulait dans les principales rues de la ville et se disloquait sous les fenêtres de notre consulat, aux cris mille fois répétés de Vive la France! »

Le 14 juillet à Montréal

En 1880, la France décrète le 14 juillet comme fête nationale. Dès cette année-là, les Français de Montréal soulignent l’événement. En 1886, l’Union française de Montréal prend en charge l’organisation des célébrations. Pour les années à venir, les festivités du 14 juillet sont la principale source de financement de l’organisme de bienfaisance.
La fête nationale française s’échelonne sur deux ou trois jours et compte différentes activités, dont un banquet et une messe solennelle à l’église Notre-Dame. La principale kermesse se tient dans un parc de l’île. La foule peut atteindre une ampleur dépassant largement le nombre de Français établis dans la métropole. En 1906, plus de 20 000 Montréalais célèbrent le 14 juillet.

Références bibliographiques

HARVEY, Fernand. « Les relations culturelles entre la France et le Canada (1760-1960) », dans JOYAL, Serge, et Paul-André LINTEAU, (dir.), France-Canada-Québec. 400 ans de relations d’exception, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2008, p. 95-126.

KITTEL, Fanny. Les immigrants français à Montréal d’après le recensement de 1911, Mémoire de master I, histoire, Université Pierre Mendès France, Grenoble II, 2009, 114 p.

LINTEAU, Paul-André. « Quatre siècles d’immigration française au Canada et au Québec », dans JOYAL, Serge, et Paul-André LINTEAU, (dir.), France-Canada-Québec. 400 ans de relations d’exception, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2008, p. 165-181.

LINTEAU, Paul-André. Histoire de Montréal depuis la Confédération, Montréal, Boréal, 2000, 627 p.

PLEAU, Marcel. Histoire de l’Union française. 1886-1945, Union française, Montréal, octobre 1985, p. 8.

Le livre d’or des réservistes français du Canada, Montréal, Sac-au-dos de 1914 (Société des Vétérans Français de la Grande Guerre), 1921, p.15-18, [En ligne].
http://collections.banq.qc.ca/bitstream/52327/1986916/1/0000086877.pdf