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La vie portuaire à Montréal

21 janvier 2016
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Jusqu’en 1964, pendant tout l’hiver, les navires ne pouvaient plus rejoindre Montréal, emprisonnée dans la glace. L’arrivée du premier bateau de l’année amorçait alors un véritable retour à la vie.

L’hiver et la navigation

Port - Embacle

Photographie d'un monticule de glace en embâcle le long d'une rue, surmonté de personnes.
Entre 1870 et 1920. Glaces au port de Montréal - rue des Commissaires, Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Cote : MAS 1-152-b.

Avant le milieu du XIXe siècle, à l’époque où les navires représentaient pour les Montréalais le seul moyen de communication avec l’Europe, la ville était coupée du monde extérieur de la mi-décembre jusqu’au mois d’avril, emprisonnée dans un étau impénétrable de glace.

L’arrivée du premier bateau de l’année signifiait un véritable retour à la vie pour Montréal. Pour les Montréalais, l’ouverture de la saison de navigation, et plus particulièrement l’arrivée du premier navire, était un événement qui se transformait rapidement en une grande fête populaire. Les élégantes et leurs escortes, ainsi que les ouvriers qui le pouvaient, se rendaient sur les quais pour apercevoir l’arrivée du bateau et, bien sûr, voir le déchargement de sa précieuse cargaison. Ce navire apportait les produits nécessaires à la colonie et bien souvent des biens de luxe venus d’Europe qui commençaient à se faire rares à la fin de l’hiver. Les cales étaient pleines d’épices, de vins et d’autres denrées alimentaires. Mais les élégantes venaient aussi pour voir autre chose... C’étaient les dernières créations de la mode de Paris et de Londres qui les intéressaient. De plus, le bateau transportait la correspondance qui s’était accumulée durant les longs mois d’hiver.

Port - Goélettes prises dans les glaces

Illustration de goélettes prises dans la glace au port. Plusieurs travailleurs se mettent à l'ouvrage sur la glace autour des goélettes.
Goélettes prises dans les glaces dans le port de Montréal, gravure tirée du journal L’opinion publique, vol. 2, no 50, 14 décembre 1871, p. 604.

Les capitaines des navires à destination de Montréal poussaient donc à fond leurs navires et leurs équipages pour avoir l’honneur d’être le premier de l’année à accoster à Montréal. Les commissaires du port avaient eux aussi tout intérêt à ce que la saison de navigation débute le plus tôt possible. Ils décidèrent donc d’offrir un présent au capitaine du premier navire de la saison. Ainsi naquit la tradition de la « Canne à pommeau d’or ».

Nous ne connaissons pas exactement la date de la première remise de ce prix, mais elle remonte vraisemblablement aux alentours de 1840. Jusqu’aux environs de 1880, le prix offert était un chapeau haut de forme. 

Port - Le premier bateau de la saison

Illustration du bateau dans le port, avec une foule qui accueille les arrivants.
Montréal : le premier bateau de la saison, gravure tirée du journal L’opinion publique, vol. 8, no 18, 3 mai 1877, p. 207.

Puis on commença à décerner une canne à pommeau d’or aux capitaines des bâtiments qui avaient bravé le plus hâtivement les glaces du fleuve. Ce n’est toutefois qu’en 1920 qu’un navire canadien, le Canadian Aviator de la marine marchande du gouvernement du Canada, eut l’honneur d’obtenir la récompense tant convoitée. Tous les navires récipiendaires jusque-là étaient d’origine britannique (à l’exception d’un navire allemand et d’un navire italien).

La tradition de la Canne à pommeau d’or allait toutefois connaître un changement important en 1964. C’est depuis cette date que le port de Montréal est ouvert toute l’année grâce au travail des brise-glaces de la Garde côtière canadienne. Ainsi la compétition pour l’obtention de la canne-trophée s’effectue désormais dans les premières heures de l’année, le 1er janvier.

Les travailleurs du port

Port - Débardeur à l'œuvre

Photographie d'un employé débardeur tirant un bateau vers le quai du port.
Photographie tirée du journal L’Album universel, vol. 22, no 1108, 15 juillet 1905, p. 331, Bibliothèque et Archives nationales

L’ouverture du port durant l’hiver est bénéfique pour l’économie de la métropole. En plus de favoriser les échanges commerciaux, elle permet aux débardeurs, qui étaient autrefois des travailleurs saisonniers, de travailler toute l’année. Apparus à Montréal au début du XIXe siècle, les débardeurs sont à l’origine embauchés majoritairement parmi les immigrants irlandais. Fiers et costauds gaillards, ils sont aisément reconnaissables par leur outil de travail, un crochet, suspendu à leur ceinture ou à l’épaule.

Pendant les années 1920, environ 4000 débardeurs chargent et déchargent les navires à la force des bras, dans de rudes conditions de travail qui les inciteront à se syndiquer. Leur traditionnel crochet, désuet depuis l’apparition des conteneurs et de la machinerie automatisée, peut toujours être vu sur le logo de leur syndicat! Si les débardeurs ne ressemblent plus guère à leurs ancêtres qui hantaient la taverne de Joe Beef au XIXe siècle, ils rêvent probablement encore aujourd’hui aux horizons lointains d’où proviennent les navires...

Cet article est paru dans le numéro 21 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008. Il a été mis à jour en 2015 par Charles Turgeon.

Une horloge... à deux fonctions

Au bout de la jetée Victoria, une tour domine l’entrée du Vieux-Port. C’est la tour de l’Horloge. Elle a été construite entre 1919 et 1922 pour commémorer la disparition des marins canadiens au cours de la Première Guerre mondiale. La tour servait bien sûr à donner l’heure aux marins, mais avait aussi une fonction d’écran visuel : elle cachait les installations de la jetée Victoria, jugées peu esthétiques par les commissaires! Restaurée durant les années 1980, la tour de l’Horloge est désignée en 1996 « édifice fédéral classé du patrimoine ». Cet exemple illustre bien le réaménagement du secteur historique du Vieux-Port, réalisé pour le 350e anniversaire de Montréal en 1992 afin de donner au quartier son actuelle vocation touristique et culturelle.

Références bibliographiques

DESJARDINS, Pauline. Le Vieux-Port de Montréal, Montréal, éditions de l’Homme, 2007, 266 pages.

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