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La Cité du Havre, un brise-glace

05 février 2016
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Depuis la fin du XIXe siècle, une digue brise-glace retient les inondations printanières et protège le Vieux-Montréal. Fortement réaménagée pour l’Expo 67, elle est alors baptisée Cité du Havre.

Pont Jacques-Cartier et port, 1963

Entre le pont Jacques-Cartier et le pont Victoria, on aperçoit les quais du port, les bassins près de l’entrée du canal Lachine et la jetée McKay, 1963.
Archives de la Ville de Montréal. VM94-AD-5-048.
Localisation: Arrondissement Ville-Marie

Le mois d’avril évoque pour tous les Montréalais le retour du printemps. Mais jusqu’à la fin du XIXe siècle, ce mois était aussi synonyme d’inondations. Car la débâcle des glaces fluviales entraînait presque automatiquement la crue des eaux du fleuve Saint-Laurent. Le Vieux-Montréal se trouvait donc régulièrement inondé. Au début du XIXe siècle, les débâcles saisonnières endommagent annuellement les quais de bois, lorsqu’elles ne les emportent pas tout à fait. En 1831, Montréal devient, sous la pression de marchands anglais, le port d’entrée officiel du Canada : l’agrandissement des jetées et la construction de nouveaux quais ne font pas disparaître les inondations qui se répètent d’année en année.

Faire face à la montée des eaux

Cité du Havre et port, 1965.

Travaux d’agrandissement de la jetée en préparation d’Expo 67.
Archives de la Ville de Montréal. VM94AD69-024.
Le problème survient surtout au printemps et les causes sont multiples : apparition de frasil (glace toute fraîche qui se défait rapidement lorsqu’en contact avec une pluie un peu plus chaude) qui fait gonfler les eaux du fleuve en obstruant certains débouchés naturels sur l’île; fonte rapide des neiges; embâcles soudains; ou une combinaison de ces facteurs.

Les commissaires du havre avaient bien tenté de remédier à la situation en construisant un mur le long de la rue de la Commune en 1841. Mais les inondations continuaient de se succéder annuellement.

La jetée Mackay

Le pire débordement du fleuve survient en 1886 : le secteur du Vieux-Montréal au sud de la rue Notre-Dame est en grande partie recouvert par une inondation de plus de 4 pieds d’eau! C’est littéralement la goutte qui fait déborder le vase : les commissaires et les marchands du port relancent un projet datant de quelques décennies visant à créer une jetée devant le Vieux-Montréal pour le protéger des glaces et des autres caprices du fleuve.

Cité du havre, le port et le centre-ville de Montréal, 1966

L’agrandissement de la jetée et la construction du pont de la Concorde sont complétés, plusieurs pavillons d’Expo 67 sont visibles.
Archives de la Ville de Montréal. VM94-Ad127-013.
S’élançant de la pointe des Moulins à l’entrée du pont Victoria, la jetée s’avance sur plus de 1600 mètres jusqu’à l’extrémité est de l’actuel Habitat 67. Cette digue brise-glace est parallèle au rivage : elle empêche le très fort courant du Sault-Normand, en aval du pont, de pousser la glace vers le port. Construite entre 1891 et 1898 et payée en très grande partie par la Commission du havre, elle est connue d’abord sous le nom de quai de Garde, avant de prendre le nom de jetée McKay. Les inondations printanières, menace constante sur le Vieux-Montréal depuis la fondation de la ville en 1642, sont enfin contenues.

Le renouvellement du secteur

Cité du havre, port et centre-ville 1966

Habitat 67 est en construction sur la jetée, on aperçoit les élévateurs à grain dans le port.
Archives de la Ville de Montréal. VM94-Ad127-006.
Jusqu’aux années 1960, la jetée fait partie des infrastructures portuaires : elle est reliée au réseau ferroviaire, ce qui en fait d’abord un lieu de transbordement et de chargement des marchandises. À partir de 1965, l’aménagement de l’Expo 67 change grandement l’aspect de cette partie du port. La jetée est élargie et reliée par le pont de la Concorde aux îles Sainte-Hélène et Notre-Dame. Rebaptisée la Cité du Havre, on y érige le pavillon administratif de l’exposition universelle et surtout Habitat 67, un complexe résidentiel avant-gardiste construit avec 354 modules préfabriqués en béton. Qui aurait pu prévoir en 1898 qu’une digue brise-glace abriterait quelques décennies plus tard un des symboles architecturaux de Montréal?

Cet article est paru dans le numéro 22 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008. Il a été complété et mis à jour en 2015.

Références bibliographiques

« Cité du Havre », Grand répertoire du patrimoine bâti de Montréal, [En ligne]. [http://patrimoine.ville.montreal.qc.ca/inventaire/fiche_zone.php?batimen... (Consulté le 8 janvier 2016).

DESJARDINS, Pauline. Le Vieux-Port de Montréal, Montréal, Éditions de l’Homme, 2007, 220 pages.

LABELLE, Ernest. « Histoire du port de Montréal », Montréal portuaire et ferroviaire, Association québécoise pour le patrimoine industriel, novembre 1993, p. 4-11.