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Divertissements d’été au XIXe siècle

21 janvier 2016
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À la fin du XIXe siècle, les divertissements se démocratisent. À un point tel que les manifestations populaires et culturelles font maintenant partie intégrante du paysage estival de Montréal.

Ernest Lavigne - Parc Sohmer

M. Lavigne et son orchestre au parc Sohmer en 1890.
M. Lavigne et son orchestre, parc Sohmer, Montréal, QC, 1890, Musée McCord, MP-0000.827.6.
Lorsque revient la belle saison, les Montréalais ont rendez-vous avec le soleil et les célébrations estivales. Une multitude de festivals et de divertissements anime Montréal pendant l’été, mais il n’en a pas toujours été ainsi. C’est à la fin du XIXe siècle, avec l’industrialisation, que la notion de loisirs se développe. Jusque là réservés à l’élite, les divertissements se démocratisent et deviennent plus accessibles à la classe ouvrière.

Dès le début du XIXe siècle, les panoramas, sorte de grande fresque historique ou paysagère, provenant d’Angleterre et des États-Unis, sont présentés au public. Par exemple, les Montréalais peuvent admirer en 1809 le panorama de la bataille d’Alexandrie. Les aristocrates et les bourgeois ne sont donc plus les seuls à pouvoir s’offrir un peu d’exotisme.

Les théâtres, dangereux et immoraux

Sarah Bernhardt dans le rôle d’Hamlet en 1899

Sarah Bernhardt dans le rôle d’Hamlet en 1899.
1899, Sarah-Bernhardt (Hamlet), Library of Congress, LC-USZC4-6529.
Le théâtre demeure toutefois une activité réservée aux anglophones jusqu’à la fin du XIXe siècle, puisque les pièces sont jouées presque exclusivement en anglais. Cependant, les passages de Sarah Bernhardt à l’Academy de Montréal (1880, 1891 et 1896) ont permis aux francophones d’avoir accès au théâtre. Le clergé catholique tente par tous les moyens d’éloigner ses ouailles des théâtres, puisqu’il considère dangereux et immoraux ces endroits où les spectateurs sont plongés dans la noirceur pendant quelques heures.

Toutefois, au milieu du XIXe siècle, un type de divertissement est toléré par le clergé : le cirque! Bien avant l’avènement du Cirque du Soleil, le cirque est le divertissement le plus couru durant l’été à Montréal. Provenant des États-Unis, des cirques s’installent temporairement dans des parcs ou sur des places publiques : jardin Guilbault, parc Sohmer, Champ-de-Mars. Les cirques s’annoncent en ville par une parade qui les mène de la gare jusqu’au lieu où ils se produisent. Les animaux défilent dans les rues et des acrobates font des numéros pour attirer la foule, comme cet acrobate qui tend son fil de fer sur la place d’Armes au-dessus de la rue Notre-Dame en 1830.

Du jardin horticole au parc récréatif

Divertissement - Jardin Guilbault, publicité cirque

Publicité pour le cirque Hippozoonomadon, au Jardin Guilbault en septembre 1862
L’hippozoonomadon!, tiré du journal La Minerve, 16 août 1862, p. 4.

Au jardin Guilbault, d’abord voué à la culture des plantes et des fleurs, on organise dès 1835 des fêtes populaires inspirées de la mode européenne : feux d’artifice, illumination du jardin, concert et envol de ballons. Successivement situé près du Champ-de-Mars, puis de la place d’Armes et finalement au sud de la rue Sherbrooke entre les rues De Bleury et Saint-Urbain, le jardin Guilbault devient le premier parc d’amusement de Montréal. On y expose des curiosités animales et botaniques, en plus d’y recevoir de nombreux cirques américains. À la mort de Joseph-Édouard Guilbault, en 1882, le projet de création d’un parc populaire incluant des éléments de botanique se concrétise par la création du parc Sohmer.

Le 1er juin 1889, l’ouverture du parc Sohmer bouleverse le monde musical de Montréal. En effet, les petites fanfares de quartier sont délaissées depuis qu’Ernest Lavigne, le propriétaire du parc Sohmer, propose aux Montréalais un programme musical quotidien. Lui-même musicien et chef d’orchestre, il vise à partager sa culture musicale avec le public. Grâce à l’orchestre professionnel du parc Sohmer, Ernest Lavigne initie les Montréalais à l’opéra, ainsi qu’à la musique de Mozart, Schubert et Chopin. C’est le premier véritable orchestre symphonique à Montréal!

Célébration de la puissance de la colonie

Grande Exposition Agricole et Industrielle de la Puissance du Canada

Affiche de la Grande Exposition Agricole et Industrielle de la Puissance du Canada de 1884.
1884, Grande Exposition Agricole et Industrielle de la Puissance, Musée McCord, M977X.56.
Les expositions agricoles et industrielles vont aussi attirer les foules à Montréal entre 1860 et 1896. Elles se déroulent habituellement vers la fin de l’été. C’est au Palais de Cristal, à l’angle des rues Sainte-Catherine et Université, qu’est abritée l’exposition provinciale à partir de 1860. Reproduisant fidèlement le Crystal Palace de Londres, il est le symbole de la puissance de la colonie. On y montre des machines nouvelles et des curiosités scientifiques. L’Exposition agricole et industrielle de la puissance du Canada de 1884 surpasse les autres par sa magnificence et attire une foule importante.

Les expositions, les cirques et les autres loisirs populaires ont donc fait une apparition timide au début du XIXe siècle dans la métropole québécoise. Cependant, l’engouement des Montréalais pour les manifestations populaires et culturelles n’a cessé de croître, à un point tel qu’elles font maintenant partie intégrante du paysage estival de la ville.

Cet article est paru dans le numéro 18 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008.

Divertissement - Jardin Guilbault, 1852

Exposition horticole au Jardin Guilbault en 1852
Exhibition of the Horticultural Society, at Montreal, par James Duncan, tiré du journal The Illustrated London News, 16 octobre 1852.