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Paul Buissonneau : un homme et sa roulotte

18 janvier 2016
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Actif depuis 1952, le théâtre ambulant pour les jeunes Montréalais La Roulotte est l’œuvre de Paul Buissonneau. Ce géant de la télévision et du théâtre a énergiquement influencé la scène montréalaise.

Paul Buissonneau - La Roulotte en 1953

Vue latérale du camion La Roulotte
Archives de la Ville de Montréal, VM105-Y-1_0005-06.
Depuis 1952 existe à Montréal un théâtre ambulant pour les jeunes, qui vagabonde l’été de parc en parc. Ce théâtre, qui a marqué plusieurs générations de spectateurs et de comédiens montréalais, est connu simplement sous le nom de « La Roulotte ». Il est l’œuvre d’un homme : Paul Buissonneau.

Véritable géant de l’histoire québécoise du théâtre et de la télévision au XXe siècle, Paul Buissonneau a marqué la mémoire de centaines de milliers d’enfants en incarnant le personnage de Picolo de 1956 à 1975 à Radio-Canada. Mais Paul Buissonneau, c’est encore plus que cela. C’est un des hommes qui a le plus influencé la scène artistique à Montréal, grâce à son imagination et à son talent de metteur en scène.

Une scène accessible à tous

Paul Buissonneau et Yvon Deschamps en 1959

Paul Buissonneau et Yvon Deschamps sur scène
Archives de la Ville de Montréal, VM105-Y-2_282-08.
Buissonneau commence à s’intéresser au théâtre alors qu’il vit à Paris et qu’il est membre de la formation vocale Les Compagnons de la chanson. Mais c’est une fois établi au Québec qu’il s’y consacre vraiment. Claude Robillard, alors directeur du service des parcs à la Ville de Montréal, propose en 1952 à Buissonneau, vendeur chez Archambault Musique, de s’occuper de La Roulotte. C’est à ce moment-là une simple petite scène mobile qui permet aux enfants de monter sur les planches. Buissonneau va en faire quelque chose de beaucoup plus grandiose. S’inspirant de la commedia dell’arte, il crée un véritable théâtre ambulant. La Roulotte connaît immédiatement un fort succès tant auprès des jeunes que des parents, car elle apporte la magie dans les parcs. Buissonneau monte des contes et des fables. C’est aussi une véritable école, puisqu’il fait jouer des jeunes comédiens : Gabriel Arcand, Jean-Louis Millette, Yvon Deschamps, etc.

Buissonneau demeure à la barre de La Roulotte pendant plus de 30 ans. Aujourd’hui encore, la version moderne de La Roulotte continue à vagabonder pendant les mois d’été dans les parcs montréalais. 

Paul Buissonneau - le Théâtre de Quat'sous

Façade du bâtiment abritant le Théâtre de Quat'sous, au coin des avenues Coloniale et des Pins Est.
Archives de la Ville de Montréal, VM6-D32350-002.
Tout en s’occupant de La Roulotte, Buissonneau trouve le temps de participer à des émissions télévisées, de jouer au théâtre et, bien sûr, de fonder le théâtre de Quat’sous. Dans ce théâtre d’avant-garde, il va pouvoir utiliser toute son imagination pour créer des pièces uniques et participer à la conception de spectacles, comme l’Osstidcho de Louise Forestier et Robert Charlebois en 1968.

Reconnaissance et héritage

Metteur en scène connu pour son tempérament bouillonnant et son travail acharné, Buissonneau crée durant sa longue carrière plusieurs œuvres honorées : Emmy Award à New York en 1965 pour sa mise en scène du Barbier de Séville, Prix du Gouverneur général du Canada pour les arts de la scène en 1998 et prix Denise-Pelletier remis par le gouvernement du Québec pour l’ensemble de sa carrière.

En 2010, une murale rendant hommage au créateur de La Roulotte et à l’interprète de Picolo a été réalisée au coin des rues Ontario et Beaudry. Fidèle à lui-même, l’artiste déclare à cette occasion : « Il n’y a qu’une chose qui m’énerve, c’est que je vais me geler le cul au coin de la rue, l’hiver, ça va être terrible. J’aurais peut-être aimé mieux être à l’intérieur, mais je pense qu’il passe beaucoup de monde et beaucoup de monde vont me faire des saluts. Mon côté cabotin est très satisfait. »

La Ville de Montréal lui décerne le titre de citoyen d’honneur en septembre 2014, dernière reconnaissance pour ce Montréalais d’adoption qui décède le 30 novembre suivant. Lors de ses funérailles, célébrées à la basilique Notre-Dame, les cendres de ce grand comédien étaient contenues dans une boîte à maquillage portant l’inscription « Paul Buissonneau et Picolo, ensemble pour l’éternité, 1926-2014 ».

Cet article est paru dans le numéro 18 du bulletin imprimé Montréal Clic, publié par le Centre d’histoire de 1991 à 2008. Il a été mis à jour en 2015.

Références bibliographiques

RADIO-CANADA. « Une murale en hommage à Paul Buissonneau », [En ligne], 14 décembre 2010. [http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2010/11/22/005-b... (consulté le 5 novembre 2015).